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La France lance JUNN, son jumeau numérique des territoires
Par Alessandro Ciolek, publié le 15 avril 2026
Fruit d’un consortium de 14 partenaires publics et privés piloté par l’IGN, le Cerema, l’Inria et 1Spatial France, le programme JUNN ambitionne de doter le pays d’un socle technologique souverain pour simuler l’avenir de ses territoires face au changement climatique. Budget : 40 millions d’euros sur trois ans, dont 25 financés par France 2030.
Le 13 avril 2026 marque officiellement le lancement de JUNN, un programme national dédié aux jumeaux numériques de territoires. Qualifié « d’outil sans équivalent au niveau européen » par le ministre délégué chargé de la transition écologique Mathieu Lefèvre, JUNN fédère déjà plus de 200 acteurs, collectivités pionnières, bureaux d’études, PME, startups, industriels et instituts de recherche, réunis au sein d’une « Équipe de France des jumeaux numériques de territoires ».
En gestation depuis plusieurs mois (nous en parlions déjà l’an dernier), le projet ne part pas de zéro. Plusieurs territoires français, comme la Vendée, le port autonome de Bordeaux, la métropole de Lille, Angers Loire Métropole ou Rennes disposent déjà de jumeaux numériques locaux. Mais ces initiatives fonctionnent en silos, avec des données et des outils hétérogènes. JUNN vise à les interconnecter via un socle commun, pour passer d’expérimentations locales à une capacité de simulation à l’échelle nationale. La ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, Anne le Hénanff, voit grand pour JUNN. « Notre ambition est claire : faire de la France un leader européen des jumeaux numériques territoriaux » affirme-t-elle.
Un socle technique souverain pour un « territoire augmenté »
JUNN repose sur un socle technologique pensé comme un patrimoine national commun. Concrètement, l’outil sera une plateforme mutualisée qui regroupera des données 3D à différentes échelles, des outils de visualisation immersive (2D, 3D, 4D), des services d’orchestration de simulations en calcul haute performance (HPC), des connecteurs d’interopérabilité et des interfaces d’interaction via intelligence artificielle. « Ce socle va se présenter comme une bibliothèque de logiciels et de données génériques ouvertes », a détaillé Issam Tannous, PDG de 1Spatial France et chef de file industriel du programme. « On y trouvera des données 3D très précises sur des territoires d’expérimentation, des services de visualisation avancée permettant l’utilisation de technologies immersives, des outils d’orchestration de simulation et de calcul haute performance, ou encore des outils d’interopérabilité et des connecteurs ».
Pour Bruno Bonnet, secrétaire général pour l’investissement, JUNN fait entrer la France dans un nouveau paradigme, celui du « territoire augmenté ».

Des cas d’usage au cœur de la méthode
JUNN s’appuiera sur des cas d’usage concrets pour orienter les choix techniques du socle, affiner les modèles métiers et garantir que les services développés répondent à des besoins réels. Ces cas d’usage, pré-identifiés grâce à un appel à communs lancé en 2024, couvrent un large spectre : aménagement urbain durable, résilience face aux risques naturels, optimisation de la mobilité, adaptation des forêts au réchauffement climatique, gestion des ressources hydriques, déploiement des énergies renouvelables ou encore lutte contre la propagation d’épidémies. Leur sélection définitive passera par des appels à contributions ouverts à l’écosystème.
L’exemple d’Angers Loire Métropole montre ce que peut déjà produire un jumeau numérique territorial. « Pour la première fois, on simulait tous les jours les crues à une, deux, trois journées afin de donner les consignes aux élus et aux services de secours pour prévenir et secourir la population » explique Constance Nebula, vice-présidente de la région Pays de la Loire. Si ce type d’outil reste aujourd’hui réservé aux grandes collectivités, le programme vise à corriger le tir. « Demain, les plus petites collectivités pourront bénéficier de ce socle commun numérique », souligne de son côté le ministre Mathieu Lefèvre. Pour les territoires déjà équipés, JUNN permettra d’enrichir leurs jumeaux existants sans repartir de zéro.

Une feuille de route en trois temps
Si le projet semble prometteur, il faudra néanmoins s’armer de patience. La première phase de JUNN (2026-2029) est consacrée à la R&D. Côté financement, l’investissement total est de près de 40 millions d’euros, dont 25 financés par France 2030 via la Banque des territoires.
Le travail a démarré dès avril 2026 sur quatre territoires pilotes : Les Alpes-Maritimes, la Charente-Maritime, la Gironde et l’Ille-et-Vilaine. Il débute par la production des premiers jeux de données 3D et la mise en place des outils de base : environnement de développement, catalogage des sources de données, plateforme de visualisation. Les premières applications métier viendront se connecter au socle en deuxième année, avant de viser en troisième année un système complet intégrant des simulations avancées et utilisable à grande échelle.
Un premier appel à contributions sera lancé fin 2026 pour sélectionner les fournisseurs de solutions à intégrer au socle, avec une annonce des lauréats prévue en mars 2027. L’exploitation opérationnelle ne débutera quant à elle qu’à partir de 2029, si le calendrier, serré, ne prend pas de retard.
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