Comment les infrastructures et les applications déployées dans le Cloud peuvent fonctionner à l’échelle de la planète ? Un mélange de mécanique de puissance et de précision.

Vu depuis ce côté-ci du clavier, le Nuage c’est très simple. Des ressources informatiques – des serveurs, du réseau, de l’espace de stockage, des applications – convoquées à la demande et payées à l’unité. Les applications ont une interface épurée, quelques gros boutons colorés, des fonctions élémentaires d’édition, de partage et de chat. What else ? Mais le soupçon commence lorsqu’on regarde le nombre d’utilisateurs des services installés dans le nuage. Un milliard pour Facebook, près de 500 millions chacun pour Twitter et G

mail. Beaucoup dépassent 100 millions. Comment peut-on servir autant de monde avec une fiabilité somme toute très bonne ? Derrière son apparente simplicité, le Cloud cache une fantastique machinerie.

Le Cloud, c’est d’abord de la quincaillerie, de la puissance à l’état brut. Des hangars immenses remplis de serveurs, de baies de stockage et ceints de barbelés. Ils sont alimentés par deux lignes à haute tension et des groupes électrogènes qui pourraient mouvoir le Titanic. Ils sont connectés à l’infosphère par deux fourreaux distincts de fibres optiques, au cas où une excavatrice en couperait un. Ici, la devise est : « We are unsinkable » (Nous sommes insubmersibles).

« Au contraire de beaucoup de systèmes dans les entreprises qui ont été assemblés au fil des besoins, les datacenters du Cloud sont pensés dès leur conception pour apporter un haut niveau de disponibilité et la continuité des opérations. Les systèmes sont dupliqués sur plusieurs sites et basculent automatiquement en cas de panne », résume Gérôme Billois, senior manager au cabinet Solucom.

L’infrastructure comme un service

Pour commercialiser au détail cette informatique de gros, on y installe des logiciels qui cachent la réalité concrète et présentent aux utilisateurs ou aux applications des machines, des réseaux et des disques virtuels. Parce que ces « matériels virtuels » peuvent être (re)configurés, déplacés et dupliqués par un autre programme informatique. L’ajout de Gigaoctets sur votre Dropbox ne nécessite ainsi aucune opération manuelle. Seul change votre quota sur les blocs d’un périphérique virtuel.

La virtualisation de systèmes est une technique ancienne, quarante ans au moins, mais l’automatisation de la gestion de milliers de machines virtuelles d’un centre de données, le contrôle des accès, l’utilisation des ressources et leur facturation est plus récente. Les solutions actuelles s’appellent VMWare, Openstack…

NoSQL pour les applications

Pour leurs applications déployées à l’échelle de la planète, Facebook, eBay, Google ont dû s’affranchir des bases de données relationnelles, sûres mais lentes, en simplifiant le modèle de données et en relâchant les contraintes d’intégrité. À ces conditions, les nouvelles bases (MongoDB, Voldemort…), peuvent être réparties sur un nombre très grand de serveurs. Et comme les applications qui fonctionnent avec, elles sont conçues en prévision de la panne qui est considérée comme probable. Leur devise pourrait être : « Jamais sans ma bouée ».