« Dans une stratégie de développement durable, les solutions numériques apportent différents avantages aux acteurs de l’énergie et aux entreprises de services publics :  amélioration de l’efficacité des actifs, évolution du métier, ou encore renforcement des engagements environnementaux, sociaux et de gouvernance », explique Karine Calvet, Senior VP Europe du Sud AVEVA.

Le secteur de l’énergie traverse une période de mutation sans précédent. Au moment où les règlementations environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) commencent à prendre effet, les producteurs subissent une pression croissante pour imaginer de nouvelles méthodes de génération, de stockage et de distribution de l’énergie toujours plus respectueuses de l’environnement.

Face à cet objectif majeur, les dirigeants des entreprises de services publics ont déjà commencé à adapter leur modèle pour préserver leur légitimité sans altérer leurs résultats financiers. Aux quatre coins du monde, les producteurs d’électricité se sont ainsi lancés dans de nombreux projets axés sur le développement durable, que ce soit en restructurant leur mix énergétique ou en modernisant les infrastructures existantes.

Comme c’est le cas dans d’autres secteurs, les technologies numériques représentent une solution incontournable pour améliorer les performances et renforcer la stratégie de développement durable dont ce secteur a désespérément besoin. À titre d’exemple, le cabinet IDC prévoit que d’ici à 2024, 80 % des entreprises de services publics, tous sous-secteurs confondus, se seront dotées d’un modèle de développement durable reposant sur leur transformation numérique et la transformation de leur cœur de métier.

Le fait que les avantages de la transformation digitale dépassent le cadre de simples mises à niveau informatiques explique également cette évolution : considérée comme un programme d’évolution du travail de grande envergure, l’accélération numérique profite à l’ensemble de l’entreprise sur de nombreux aspects comme la réduction des coûts, l’augmentation de la productivité, ou encore l’amélioration de la sécurité, de la fiabilité et de l’efficacité.

Mais dans les faits, comment cette démarche fonctionne-t-elle ? Les technologies numériques renforcent la fiabilité et l’efficacité des réseaux électriques tout en générant de nouvelles opportunités de création de valeur, soutenant ainsi les stratégies de développement durable dans les différents services des entreprises de services publics.

Améliorer l’efficacité des actifs pour atteindre les objectifs de décarbonation

Les autorités et les entreprises de services publics adoptent actuellement des stratégies de décarbonation de leurs réseaux d’électricité en vue d’atteindre le « zéro émission nette ». De plus en plus d’acteurs historiques du secteur investissent ainsi dans des capacités renouvelables en mettant tout en œuvre pour améliorer leur efficacité et réduire l’intensité carbone de leurs activités nécessitant des combustibles fossiles. En parallèle, les défis que soulève la gestion des sources d’énergies renouvelables imposent des approches flexibles permettant d’équilibrer l’offre et la demande en temps réel.

Deux grands noms du secteur se sont appuyés sur la transformation numérique pour concilier développement durable et résultats positifs.

L’entreprise américaine Duke Energy exploite un vaste parc de production d’énergie couvrant tout le spectre technologique : nucléaire, charbon et gaz, éolien, solaire et hydroélectrique. Dans le cadre des investissements qu’il consacre de longue date à l’excellence opérationnelle, le groupe basé à Charlotte (Caroline du Nord) est passé d’une approche d’origine axée sur l’analyse et le reporting du fonctionnement des turbines à combustion à une démarche centrée sur la surveillance de l’ensemble de son parc, doublée d’une analyse prédictive de ses actifs hydroélectriques et à combustibles fossiles.

Grâce à l’intégration de nouvelles solutions, une seule et unique équipe est désormais capable de surveiller 40 GW d’énergie produits par 237 sites répartis dans sept États, un processus intégré combinant plus de 33 000 nouveaux capteurs et 11 000 modèles de défaillance alimentés par 500 000 points de données. Ce système de « guichet unique » accélère la détection des problèmes au niveau des équipements en s’appuyant sur la maintenance prédictive. Par exemple, l’une de ces alertes a permis à Duke Energy d’économiser plus de 34 millions de dollars en une seule fois. Grâce à cette approche, l’entreprise est aujourd’hui en bonne voie pour diviser son empreinte carbone par deux entre 2005 et 2030, et ainsi atteindre ses objectifs de neutralité carbone à l’horizon 2050.

Certifier les données de durabilité en appui des rapports ESG

En assurant une traçabilité de bout en bout, les outils numériques permettent de satisfaire aux exigences de conformité environnementale, sociale et de gouvernance (ESG), voire de générer de nouvelles sources de revenus. Des capteurs peuvent désormais recueillir et suivre d’importantes quantités de données d’exploitation variables issues d’actifs distants et d’appareils industriels connectés à l’Internet des objets industriels (IIOT) au sein d’un environnement opérationnel décentralisé. Lorsqu’elles sont diffusées sur une plateforme de gestion des données en cloud, les différents intervenants peuvent visualiser ces données rapidement et en toute sécurité dans leur contexte, grâce à l’utilisation d’outils d’analyse prédictive et, dans certains cas, d’intelligence artificielle (IA). Résultat, les prestataires peuvent fournir leurs services en « temps réel », ce qui rationalise les coûts d’exploitation. De leur côté, les clients ont la possibilité de consulter ces données pour vérifier qu’elles proviennent effectivement de sources d’énergie bas carbone.

Pour sa part, l’énergéticien Dominion Energy vise le « zéro émission nette » pour le carbone et le méthane dans ses opérations de production d’électricité et de gaz naturel d’ici à 2050, ainsi que le « net zéro » en dehors de ses activités directes. L’utilisation d’outils numériques lui assure de solides atouts pour atteindre cet objectif.

En intégrant la collecte et le partage des données à l’ensemble de ses activités, l’entreprise a divisé par deux les délais de mise à disposition des données environnementales essentielles. Cette visibilité de l’approvisionnement en énergie permet à ses clients d’apporter aux investisseurs et aux auditeurs la preuve de leur conformité aux règlementations environnementales, sociales et de gouvernance (ESG). S’agissant de l’opérateur basé à Richmond (État de Virginie), le flux de données certifiées a ouvert de nouveaux horizons et accéléré la transition vers les énergies bas carbone en Amérique du Nord.

La transformation numérique génère des gains dans l’ensemble des entreprises

L’expérience de pionniers tels que Duke et Dominion doit servir de modèle à l’ensemble du secteur. En fait, IDC prévoit que d’ici à 2025, plus de 50 % des entreprises de services publics augmenteront les dépenses consacrées à l’automatisation de leurs activités en accordant la priorité aux technologies déployées en périphérie du réseau (edge), à l’intelligence artificielle (IA) et à l’apprentissage automatique (ML _ machine learning), multipliant ainsi par deux le taux de pénétration de la maintenance prédictive et prescriptive.

À l’image d’autres secteurs, les entreprises de services publics qui intègrent des solutions numériques au cœur de leur structure en récolteront les fruits, que ce soit en rationalisant leurs opérations, en générant davantage de valeur ou en pérennisant leur efficacité. Des transformations menées avec succès pourraient donner lieu à la prochaine courbe en S des performances métier, tout en améliorant les résultats environnementaux et sociaux.