Une architecture qui permet de bâtir des applications plus réactives à bon prix, mais qui a l’inconvénient d’obliger à tout redévelopper de manière spécifique.

Le Paas est un environnement d’exécution en ligne conçu pour que l’entreprise déploie ses propres applications en dehors de sa salle informatique. Les trois offres les plus importantes sont Force.com de Salesforce, Windows Azure de Microsoft et App Engine de Google. A mi-chemin entre l’application autonome en ligne de type Saas et les serveurs Iaas que l’on active sur internet pour absorber des pics d’activité ponctuels, le Paas est le parent pauvre des offres cloud ; selon Forrester Research, 26 % des entreprises écartent spontanément son utilisation. Pour Guillaume Plouin, consultant cloud chez Octo Technology, « les DSI freinent le Paas, car elles redoutent à la fois d’externaliser l’exploitation de leurs applications et de devoir réduire leurs équipes. »

En réalité, ce type de cloud pose surtout des contraintes techniques. La réussite d’un tel projet dépend de deux facteurs : les compétences en développement dont dispose l’entreprise cliente et le type d’applications qu’elle souhaite mettre en Paas, les deux étant intimement liés. Une plate-forme comme App Engine, par exemple, nécessite un niveau de technicité élevé, car elle est peu fournie en accessoires de développement et propose une méthode de stockage des données non conventionnelle (Big Table). Sur Force.com, au contraire, le développement est assez intuitif, mais se limite principalement à des applications de gestion qui complè­tent l’offre CRM de Salesforce.

De manière générale, la migration d’applications existantes vers ce cloud se révèle compliquée, à commencer par le fait qu’il faille réécrire l’application selon le type de Paas visé. Or, les langages de programmation sont parfois propriétaires, comme Apex sur Force.com, et seuls les modules logiciels (workflow, base de données, framework) disponibles sur la plate-forme sont utilisables. Comme l’explique Guillaume Plouin : « Développer pour App Engine équivaut à écrire en Java sous Eclipse mais avec des limitations. Certaines librairies n’existent pas et un traitement trop long sera tué par Google, qui protège ainsi sa plate-forme des boucles infinies. »

Un cloud plutôt destiné aux techniciens

Ceux qui se lancent dans le Paas sont principalement des professionnels du développement, comme les éditeurs ou les intégrateurs, ou encore les start up technologiques. Bertrand Masson, responsable des offres Windows Azure chez Logica Business Consulting, observe ainsi que les clouds Paas « intéressent de nombreux éditeurs indépendants car ils les aident à développer l’offre Saas d’un logiciel existant ». Les entreprises françaises qui ont déjà franchi le pas s’avouent ravies. L’agence web Sfeir a ainsi déployé son site sur App Engine et prévoit maintenant d’y créer son système de gestion des congés. « Le Paas nous permet également de réaliser des projets urgents ou qui nécessiteraient des ressources informatiques à la demande », explique Didier Girard, directeur des opérations et de l’innovation chez Sfeir.

De son côté, l’éditeur Esker, un client du CRM Salesforce, utilise Force.com pour héberger une cinquantaine d’applications internes telles que la gestion des véhicules, celle des ressources humaines ou encore l’administration des ventes. « Dans ce dernier cas, nous utilisions un logiciel en fin de vie. Nous avons donc décidé de tout redévelopper sur Force.com. L’avantage, c’est que nous n’avons pas d’infra­structure à maintenir », explique Nicolas Bragard, DSI d’Esker.
Chez les grands comptes, en revanche, le Paas n’est pas encore à l’ordre du jour. « Les directions des études restent méfiantes, car elles privilégient l’approche industrielle et ne veulent pas se plonger dans de nouvelles logiques de développement. Pour elles, le Paas c’est encore une technologie de « geek » », estime Marc Boulier, directeur associé de So­lu­com.

Points Forts

– Déploiement automatisé.
– Délai de mise en œuvre plus court et moins coûteux.
– Mise à jour automatique.

Points Faibles

– L’application doit être programmée pour la plate-forme cible.
– Effet boîte noire : le fonctionnement interne n’est ni connu, ni maîtrisé.
– La récupération des données peut être difficile.