L’Afrique est un marché en pleine mutation digitale où la révolution numérique bat son plein et où l’usage des nouvelles technologies se répand de plus en plus. Depuis quelques années, de nombreuses entreprises européennes cherchent à s’y implanter, en quête de nouveaux territoires à digitaliser. L’Afrique est-elle vraiment, entre autres, le nouvel eldorado de la cybersécurité ? Si le continent est vaste, les difficultés qui lui sont intrinsèques le sont tout autant. Entre les problématiques locales, légales et financières, les entreprises doivent faire face à des risques certains, pouvant cependant leur offrir de nombreuses opportunités en termes d’innovation.

Avec 20 % de sa population connectée à Internet en 2015, l’Afrique est un continent en « voie de connexion ». Une partie du continent profite des retombées économiques du numérique, mais doit également faire face à la montée des cybermenaces. Le continent, sclérosé par des inégalités d’accès au web, prive une grande partie de la population du cyberespace et de ses enjeux.

Pour autant, il existe bel et bien un développement du numérique en Afrique, facilitant un développement économique local et régional. Pour accompagner ce mouvement, certains pays comme le Sénégal ou le Kenya se sont dotés d’autorités chargées de piloter et promouvoir le développement des TIC au niveau national.

En plein essor, le continent fait face à de réels besoins en termes de cybersécurité. Qu’il s’agisse des États, des administrations, des entreprises grandes ou moyennes, ou encore des particuliers : tous sont exposés à la cybercriminalité. Si la demande est là, les entreprises doivent adapter leurs offres aux différentes zones géographiques. Le Maroc, par exemple, bénéficie d’un marché numérique structuré et d’un climat politique plus rassurant pour les investisseurs que d’autres pays. En revanche, le Nigeria, première économie africaine, subit toujours des contraintes financières, légales et locales.

Dans certains pays, notamment en Afrique de l’Ouest, le marché est encore peu structuré. C’est le cas notamment pour la Sierra Leone, le Mali ou encore le Liberia. Les entreprises qui souhaitent s’y installer font donc face à des défis de taille.

Au niveau local, il leur faut construire un réseau de revendeurs certifiés et compétents « from scratch ». Un premier obstacle renforcé par l’aspect légal. En effet, les problématiques douanières complexifient les échanges avec l’Europe. Les entreprises européennes sont tenues de demander des licences d’export pour toute solution contenant de la cryptologie, des autorisations contraignantes pour assurer leur cycle de vente en Afrique.

Les difficultés financières peuvent également avoir leur poids : les délais de paiement des sociétés africaines peuvent s’étirer sur de longs mois, là où les délais français par exemple sont — légalement — limités à 60 jours. Les entreprises qui souhaitent conquérir le continent africain doivent donc s’attendre, dans certaines régions, à faire la « banque » pour leurs partenaires (intégrateurs, revendeurs ou consultants).

La mise en place du RGPD peut également constituer un atout pour repositionner les acteurs du numérique européens sur l’échiquier mondial. Néanmoins, en Europe, les collaborateurs d’une entreprise sont sensibilisés à la menace informatique : nous sommes encouragés à nous protéger avec des mots de passe, à communiquer et à stocker les fichiers numériques de façon sécurisée. Maintenir le système à jour, effectuer régulièrement des copies de secours, protéger ses informations, ne pas cliquer sur n’importe quel mail, lien, image ou vidéo… Ces bonnes pratiques font partie de notre culture IT.

En Afrique, en revanche, la mise en place de ces best practices est beaucoup plus récente, donc ce genre de réglementation n’existe pas encore. Pourtant, le continent devra rapidement dépasser les défis posés par ses territoires éloignés et ses politiques différentes pour se coordonner autour d’un certain nombre d’habitudes à adopter.

Depuis quelques années, l’Afrique connaît un véritable essor en termes d’usages des nouvelles technologies. Si, pour les entreprises européennes, le marché reste porteur et facilement accessible, les défis qu’elles devront y relever sont néanmoins complexes. 

 

Philippe Birot

Country Manager Afrique chez Exclusive Networks