Najah Naffah, directeur général, Prologue France

 

Les DSI agissent encore le plus souvent en  réaction sur le sujet du cloud. Ils n’anticipent pas, au risque de se voir dépassés par les  métiers. Ils doivent reprendre la main ! Leur valeur ajoutée n’est pas de fournir et de maintenir des solutions qui répondent aux besoins des métiers, mais bien de choisir et d’orchestrer des services IT externes, reflé ant les objectifs business de l’entreprise, pour ne garder en interne que les systèmes les plus spécifiques ou les plus critiques pour l’entreprise.

Le momentum observé actuellement dans la généralisation du cloud résulte des premiers projets déployés depuis 3 ans au sein des grands groupes ou des start-up qui ont connu un succès foudroyant grâce à leur adoption du cloud (citons, à titre d’exemple, les sociétés comme Pfize, Unilever, Dow Jones, Schneider Electric, Expedia, Philips, Novartis, Vodafone, Nokia, Nintendo, NYT… et les start-up comme Airbnb, Shazam, Soundcloud, Dropbox, Tinder, Easytaxi, Rovio, Coursera… ainsi que les universités et centres de recherche publics et l’administration). Tous ont tiré des bénéfices conséquents en migrant leurs applications vers le cloud, en remplaçant leurs datacenters, ou en créant de nouvelles applications pour leur business naissant. Autant l’économie est drastique – de 30 à 70 % – au-tant la création de la valeur est importante : Netflix diffuseur de contenus – films et séries, hébergés sur le cloud – est évaluée aujourd’hui à 42 Md$, soit au-tant que les propriétaires de contenus comme Time Warner et 21st Century Fox. Ce nouvel environne-ment numérique, totalement connecté, n’a jamais eu d’équivalent dans l’histoire de l’humanité.
Au-delà de cette vision limitée à la migration ou l’adoption du cloud se profile la perspective de l’Agenda numérique de l’entreprise, qui doit faire face au phénomène des réseaux sociaux, dopé par les mobiles et les objets intelligents. Pour se positionner en tant que leader sur la défin tion de cet Agenda numérique et de son plan de réalisation, le DSI doit embrasser une mission particulière : celle de cloud broker, au sein d’un pôle rassemblant de multiples compétences.

UN PÔLE AUX COMPÉTENCES MULTIPLES
La première des compétences à intégrer se situe autour de la gestion des risques, couvrant des aspects juridiques, de conformité aux normes et de sécurité. Avec l’avènement du cloud, l’entreprise va devoir gérer une multitude de nouveaux contrats informatiques incluant la location de machines (IaaS), d’environne-ments de développement (PaaS) et solutions applicatives (SaaS). La plupart des fournisseurs de cloud vont leur proposer une couche de management de leur offre. Au-delà de ces contrats qu’elle n’a jamais eu à gérer auparavant, elle devra mettre en place un plan de sécurité englobant les propositions disjointes de ses différents fournisseurs.

La deuxième compétence est technico-financière. Chaque fournisseur propose des modèles  fi anciers différents avec une combinatoire complexe des ressources (machines virtuelles, stockage, bande passante, outils PaaS, licences logicielles, etc.) et des usages (réservé, à la demande, enchère, nombre de consultations, volume, durée, etc.) qui nécessitent une expertise multidisciplinaire pour élaborer une stratégie efficace.

Enfin, ce pôle de compétences doit se renforcer sur le plan technique, où il est nécessaire de maîtriser la multiplicité des offres de cloud. On trouve en effet dans le monde du IaaS aussi bien les méga-vendeurs comme Amazon AWS ou Google, que les vendeurs traditionnels tels Microsoft, IBM, HP, Oracle, SAP, EMC-VMware, ou bien encore les acteurs européens globaux comme Atos, T-Systems, Orange-Cloudwatt et OVH. À ceux-ci s’ajoutent les fournisseurs de PaaS et de SaaS. C’est pourquoi le nouveau métier d’architecte de solution (ou Enterprise architect) est en train de voir le jour avec un large périmètre d’expertises allant des services de base composant chacune des offres, aux briques open source, en passant par les API ou l’interopérabilité.
S’il fait montre de ces compétences, le DSI se positionnera alors comme le chef d’orchestre de l’Agenda numérique et sera à même d’établir le « catalogue de services cloud » certifiés pour l’entreprise et répondant à ses impératifs de performance, de qualité, de  présence géographique et, bien sûr, financiers.

UN DSI « AS A BROKER »…
Le passage de la théorie à la pratique du courtage, ou intermédiation, risque toutefois d’être délicat. Une solution est de s’appuyer au départ sur un courtier  externe, comme il est aussi possible de s’approprier le savoir-faire, et d’opérer comme un broker interne. Les deux options peuvent être mixées : un broker interne, capable de dialoguer par API avec un broker externe, pour répondre à un ensemble de critères.

À l’image de la direction des achats, dans l’entreprise, le DSI sera amené à mettre en œuvre une mission d’intermédiation implantée en interne, ou en externe, sur une plateforme technique opérée dans le cloud : on parle alors de BaaS (Brokerage as a Service). Cette plateforme sera accessible par les experts IT, consommateurs du cloud, au travers d’un por-tail qui gère les comptes selon des rôles bien définis, offre un catalogue de services, capte les besoins dans un « template » standard, traduit ces besoins en plan d’approvisionnement mono ou multicloud, assure le déploiement des applications et données dans les clouds cibles, et supervise l’exécution.
Ce portail donnera une vue précise de la consommation et permettra de déclencher des opérations prédéfinies pour assurer l’interopération entre les applications déployées. La valeur apportée par cette plateforme dépasse la seule fonction de courtage. D’où l’appellation « cloud management platform » qui lui est souvent associée et met plus en évidence le large périmètre qu’elle couvre.
La criticité de cette fonction se mesure autour de trois fondamentaux : l’aide au choix par l’adjonction d’un comparateur ; l’approvisionnement automatique auprès des clouds les plus adaptés ; le déploiement et la gestion du cycle de vie des applications déployées.
Trois fonctions qui permettront au DSI de jouer au mieux son rôle d’architecte de l’Agenda numérique de l’entreprise et d’accroître son leadership au moment de faire profiter son entreprise du big data et de l’Internet des Objets.