Le cloud est devenu une composante essentielle du système d’information des entreprises et une approche salvatrice des architectures informatiques en période de crise pandémique. Il restera l’un des piliers stratégiques des entreprises en 2021. Voici les 10 tendances fortes qui sculpteront son visage dans les 12 mois à venir. 

Pour la quasi-totalité des entreprises, la continuité d’activité durant 2020 s’est réalisée via et grâce au cloud. La tendance va encore s’accentuer en 2021… Passer davantage d’opérations et processus dans le cloud pour survivre à la crise est une piste privilégiée pour continuer d’innover vite et en mode OPEX.

La situation n’a en réalité jamais été aussi favorable au cloud et à ses technologies. Nous avons compulsé les différents rapports de Forrester, Gartner et autres analystes du marché pour tracer 10 grandes tendances 2021 autour de l’informatique en nuage.

1/ Une adoption toujours en forte croissance du cloud public

Clairement, comme expliqué en introduction, la tendance n’est pas un ralentissement des investissements dans le cloud et particulièrement dans le cloud public. Les grands hyperscalers ont connu en 2020 une année de forte croissance. Et même si les discours autour de la souveraineté des données européennes ont freiné certaines initiatives, ils n’ont que peu affecté la migration massive des workloads vers le cloud.
Tous les observateurs s’accordent à reconnaître que les projets de développement « cloud natif » vont encore accélérer en 2021. Gartner anticipe en 2021 une croissance globale de 19% des services Cloud (IaaS, PaaS, SaaS) aussi bien privé, hybride que public. Pour le cabinet d’analyse, « la pandémie a validé la proposition de valeur du cloud ». De son côté, Forrester prédit une croissance de 35% du cloud public, le marché dépassant les 120 milliards de dollars.
Une récente étude du CIF (Cloud Industry Forum) montre que 91% des responsables informatiques affirment que le cloud a joué un rôle important dans l’accélération de la transformation numérique en 2020. 40% constatent même qu’il a joué un rôle crucial. Et 88% des entreprises anticipent une adoption accrue des services clouds dans les 12 prochains mois.

2/ La nécessité de créer une vraie culture cloud

Le Lift & Shift, c’est terminé. De même, le temps de l’adoption prudente et hésitante du cloud par « quick win » sans réelle roadmap de transformation à long terme est révolu. L’heure est au développement « cloud natif », à l’adoption des PaaS, à la généralisation des containers et des microservices, à la vulgarisation du Serverless.
Les entreprises ont besoin de basculer leur culture vers le « cloud first » et d’adopter une gouvernance des projets centrée sur le cloud. Forrester estime qu’en 2021, 60% des entreprises exploiteront des containers sur le cloud public. Parallèlement, les entreprises vont mieux s’outiller pour mieux contrôler les dépenses du cloud et éviter de jeter l’argent par les fenêtres en y cumulant des ressources jamais utilisées. Une culture cloud impose aussi de repenser l’équation économique de son système d’information et de mieux surveiller et contrôler les usages du cloud.

3/ Le décollage du FaaS

Figure de proue des tendances « Serverless », le « Function as a Service » figure parmi les cinq services Cloud les plus performants en 2020, selon le dernier rapport Flexera « State of the Cloud ». Et son adoption est en pleine accélération. Forrester estime que 25% des développeurs exploiteront intensément le serverless et le FaaS (Function as a Service) en 2021.

4/ La guerre de l’hybride aura bien lieu… 

Les stratégies des uns et des autres se sont mises en place en 2020. Tous les acteurs sont prêts et la bataille du cloud hybride peut vraiment démarrer. D’un côté les deux leaders des infrastructures cloud privé ont fini de concrétiser leurs visions hybrides. VMware a lancé vSphere 7 avec son adoption native des containers et de Kubernetes, associé aux services Tanzu, ouvrant ainsi une nouvelle page de son histoire. Nutanix a lancé Karbon 2.0, Karbon PaaS et Nutanix Clusters (sur AWS et Azure). N’oublions pas non plus IBM qui a totalement refondu sa stratégie pour l’hybride au travers de Red Hat, OpenShift (l’orchestrateur de containers de Red Hat) et les IBM Cloud Paks.
À l’opposé du spectre, les géants du cloud public proposent également d’envahir les infrastructures « on-prem » avec leurs propres solutions permettant de mieux fusionner l’infrastructure interne à leurs services clouds. Chez Google, la stratégie repose intégralement sur Kubernetes et le Service Mesh Istio avec sa solution 100% logicielle « Google Anthos » qui fonctionne désormais en bare-metal et se déploie aussi sur les autres clouds publics. Chez AWS , la stratégie repose en partie sur ses appliances AWS Outposts ainsi que sur les récentes annonces d’ECS Anywhere et EKS Anywhere pour déployer sur son infrastructure interne les services d’orchestration de containers d’Amazon. Enfin Microsoft a lancé en décembre la version « General Availability » d’Azure Stack HCI, sa solution hyperconvergée qui concurrence directement VMware et Nutanix, qui est très intégré à Azure et qui embarque AKS (Azure Kubernetes Sevices). L’éditeur propose également Azure Arc pour déployer les services de données d’Azure sous forme de containers dans n’importe quel cloud ou sur son infrastructure interne.

5/ SASE : Vers une sécurité cloud native

La cybersécurité du cloud privé/hybride/public est évidemment un sujet phare. Et la tendance est clairement au « buzz word » de 2020 : le SASE.
Partant du principe que la sécurité doit provenir du cloud pour assurer son universalité, le SASE combine SD-WAN, Zero Trust, Web Gateways, CASB (Cloud Access Security Broker) et console centrale dans le cloud, de sorte que le trafic soit sécurisé de l’utilisateur à l’application, indépendamment du lieu où se trouve le premier et de l’endroit où est hébergée la seconde.
Attendez-vous à voir tous les acteurs de cybersécurité estampiller « SASE » leurs offres multifonctions.

6/ De nouvelles approches pour le multi-cloud

Le multicloud est une réalité dans presque toutes les entreprises, mais une réalité floue et pas toujours bien définie. Son visage va beaucoup évoluer en 2021 car les hyperscalers ont désormais intégré cette notion et l’exploite. Oracle et Microsoft ont intensifié en 2020 leur partenariat d’interconnexion pour fluidifier et optimiser les scénarios où Azure est par exemple utilisé pour les traitements et le ML sur les données hébergées dans Oracle Cloud. Avec Azure Arc, Microsoft rend ses services de données Azure disponibles sur tous les clouds. Google déploie Anthos sur AWS et Azure. Avec ECS/EKS Anywhere, AWS veut aussi déployer ses services de containers « n’importe où » donc y compris chez la concurrence.
Ces interactions entre les technologies des différents hyperscalers vont se multiplier en 2021 parce qu’aucune entreprise n’a envie de mettre tous ses œufs dans un même panier et que faire jouer la concurrence reste le meilleur moyen de tirer les prix du cloud vers le bas.

7/ L’essor du DaaS

Gartner anticipe que 48% des employés continueront de travailler de chez eux après la fin de la pandémie. Pour sécuriser ce travail distant et permettre à chacun de travailler de n’importe où, il y a fort à parier que le « VDI dans le Cloud », autrement dit les bureaux virtualisés dans le cloud, ou DaaS (Desktop as a Service) vont de multiplier.
L’arrivée d’une offre « Cloud PC » chez Microsoft, stratégique pour le succès de son futur Windows 10, devrait accélérer le mouvement en le démocratisant. La concurrence va devoir affuter sa proposition de valeur.

8/ Le Edge atteint un point d’inflexion

C’est en tout cas la conviction du Forrester. Le Edge redéfinit l’emplacement du traitement des données et l’utilisation du cloud. Les applications pratiques de ce concept vont enfin émerger en 2021 là où cette architecture apporte de réels avantages.
La possibilité de mettre en œuvre des réseaux 5G privés va également offrir de nouveaux cas d’usage au Edge Computing.

9/ Le Cloud Distribué prend forme

C’est l’une des grandes tendances IT prônées par Gartner pour 2021. C’est même « le futur du cloud » selon l’analyste. L’idée du Cloud distribué consiste à distribuer les services à différents emplacements physiques (on-prem, à l’Edge, sur différents prestataires cloud public) tout en les gouvernant et en les exploitant à partir d’un seul fournisseur de cloud public. On retrouve cette idée chez Azure Arc et AWS Outposts. L’objectif est de permettre aux entreprises d’avoir ses services physiquement plus proches de ses clients pour bénéficier d’une faible latence, pour optimiser les coûts et pour s’adapter aux différentes législations locales. Dans un même esprit, Forrester considère que les agrégateurs de datacenters tels que Edgevana et Inflect permettent de penser globalement et d’agir localement dans une approche là aussi distribuée.

10/ Gaia-X : Pour 2021 ou pour jamais

D’un côté, les entreprises s’efforcent d’éviter que les fournisseurs ne les enferment dans leurs technologies cloud. De l’autre, la législation européenne s’est renforcée pour assurer la souveraineté des données européennes obligeant les entreprises à penser « stockage européen ». Ces deux tendances sont les principaux moteurs de l’initiative GAIA-X de métacloud européen. Un métacloud conçu avec l’interopérabilité et la réversibilité comme valeurs premières. De quoi rendre le cloud plus agnostique. 2021 sera l’année de tous les dangers pour cette initiative. Il est essentiel à son succès qu’elle se concrétise vite, probablement en milieu d’année 2021. Sinon quoi, il y a fort à parier que le métacloud européen sera un dramatique flop.