Cybersécurité dans les Hauts-de-France : l’heure du second souffle

Gouvernance

Hauts-de-France : la cyber à la recherche du second souffle

Par Aude Leroy, publié le 15 juillet 2026

Porté par un tissu dense de PME industrielles et par des structures comme le Campus Cyber régional, l’écosystème cyber des Hauts-de-France s’est imposé comme l’un des plus dynamiques de France. Mais le secteur ressent les premiers signes d’un ralentissement du marché.

Selon l’Agence d’attractivité de Lille et de sa métropole, le secteur numérique a enregistré 57 % de créations d’entreprises en plus depuis 2017. Le territoire en compte aujourd’hui 3 000 qui emploient environ 13 000 salariés. À côté de cela, la cybersécurité constitue un segment plus restreint mais stratégique : 200 entreprises et 7 500 emplois y sont recensés. Et le Forum Incyber (ex-Fic), tous les ans au printemps, fait office de leader européen.

Pour Chekib Gharbi, directeur du Campus Cyber des Hauts-de-France, cette spécialisation est liée à l’histoire industrielle de la région. « La forte densité de PME industrielles, structurées autour de grands leaders dans les secteurs ferroviaire et automobile, a créé très tôt un écosystème exigeant en matière de protection cyber », explique-t-il.
Dès 2015, la région innovait d’ailleurs avec le Pass Cyber, un dispositif destiné à accompagner les entreprises dans la montée en compétences en cybersécurité. Aujourd’hui, avec 150 sociétés adhérentes, les Hauts-de-France sont au deuxième rang national derrière l’Île-de-France.

Whispeak, une pépite lilloise de l’identité vocale

Ce terreau technologique nourrit l’émergence de start-up spécialisées comme Whispeak, jeune pousse lilloise qui a développé une technologie d’identité vocale capable de détecter les deepfakes audio. Soutenue par la Délégation générale à l’armement (DGA) et l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD), sa solution est utilisée par des assureurs ou des banques – Matmut, Crédit Agricole –, des centres d’appels, les ministères de l’Intérieur et des Armées. Une importante start-up américaine figure aussi parmi ses clients. En six ans, Whispeak a levé 2,5 M€. L’entreprise vise 1,5 M€ de CA en 2026 et entend poursuivre sa croissance en restant à Lille.

Autre « belle histoire » nordiste, l’ETI lilloise Advens, devenue en 25 ans l’un des fleurons européens de la cybersécurité. Forte de 600 salariés répartis en France et à l’international, elle affiche toujours une croissance à deux chiffres, recrutant 150 personnes par an. Mais depuis son poste de social group leader chez Advens, Amandine Bretones a observé une « transformation radicale du marché », avec la fin de la pénurie de talents. « Quand nous avons ouvert récemment un poste en alternance en conseil à Paris, nous avons reçu plus de 200 candidatures en deux jours », souligne-telle. Le constat est partagé par Chekib Gharbi, directeur du Campus Cyber des Hauts-de-France : « Même prendre des stagiaires est plus compliqué ! ».

Les juniors face à un marché saturé

Ces signaux indiquent un ralentissement du marché numérique et cyber dans la région. La conjoncture économique incite les entreprises à réduire les budgets considérés comme périphériques, dont hélas la cybersécurité pour certaines PME industrielles.
Par ailleurs, le vote tardif du budget 2026 de l’État a retardé les décisions en matière de marchés publics, tandis que les aides à l’alternance étaient divisées par trois. « Ce qui se passe avec la cybersécurité me rappelle la situation des développeurs web il y a dix ou quinze ans, analyse Amandine Bretones. La forte demande a entraîné une multiplication des formations et une saturation du marché junior, aujourd’hui accentuée par l’intelligence artificielle. »
Mais la responsable estime que continuer à recruter des débutants est un « engagement sociétal » nécessaire, afin d’éviter une future pénurie d’experts.

L’IA, un bouleversement global

L’irruption de l’IA transforme aussi l’ensemble des métiers du numérique. « Il n’y a pas un métier qui ne soit pas touché, en particulier parmi les emplois de cols blancs », estime Chekib Gharbi.
Face à ces mutations, la région des Hauts-de-France a lancé une étude prospective à l’horizon 2030 sur les formations, l’emploi et l’économie des filières numérique et cyber. Objectif : identifier les futurs gisements de valeur, adapter les cursus et bâtir une stratégie cohérente pour accompagner l’évolution du secteur.


DOSSIER : Les régions, nouvelles terres d’opportunités pour l’IT


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