Emmanuelle Olivié-Paul, directrice associée de Markess, répond aux questions de 01net sur l’édition 2011 du baromètre des prestataires cloud computing et Saas en France.

Présenté lors des états généraux du Saas et du cloud computing, la cinquième édition du Baromètre des prestataires cloud computing et Saas (Software as a Service) fait le point sur l’adoption de ces applications de nouvelle génération en France. Il compile les chiffres glanés auprès de 75 prestataires et permet de dresser un constat sur l’adoption du cloud computing en France.

Entretien avec Emmanuelle Olivié-Paul, directrice associée de Markess, qui revient pour 01net sur les principales conclusions de ce baromètre 2011.

01net : Vos estimez le marché du cloud computing en France à 3,3 milliards de dollars, soit seulement 7 % du marché français en 2013, on reste loin d’un Tsunami. Décevant ?
Emmanuelle Olivié-Paul : Le cloud computing est un marché jeune qui marque un tournant dans l’évolution du secteur des technologies de l’information (IT). En représentant plus de 7 % du marché français des logiciels et des services informatiques fin 2013 (contre moins de 3 % en 2007) et avec un taux de croissance annuel moyen de plus de 20 % (contre seulement 3 % à 4 % pour l’ensemble du marché des logiciels et services informatiques), il reste parmi les segments les plus dynamiques du secteur IT.

Il implique des transformations conséquentes non seulement pour les prestataires, mais aussi pour les responsables informatiques. Celles-ci prennent du temps à conduire et se font pas à pas. Il soulève aussi des interrogations techniques liées aux exigences nouvelles ou complémentaires à mettre en place. Les enjeux encore inhérents aux données (confidentialité, localisation, sauvegarde, restauration…), aux aspects sécuritaires (gestion des accès et des identités…), au réseau, à la disponibilité et à la qualité de service, et les craintes associées en regard, ne pourront être levés que par la démonstration des réels bénéfices obtenus. Son essor reste étroitement lié à la levée de ces freins et à la mise en avant de bénéfices tangibles, indépendamment des actions de clarification que se doivent d’apporter les offreurs, au risque de lui faire suspendre son vol.

31 % d’entreprises ayant recours au Saas en 2011, contre seulement 5 % pour l’Iaas et 2 % pour le Paas. Comment expliquer un tel écart ?

Historiquement, le cloud computing a fait son entrée dans les organisations avec le Saas (Software as a Service) en réponse à de nouveaux besoins applicatifs métier et de collaboration transversale. Les premières initiatives ont démarré dans les années 2005 en France sur des périmètres fonctionnels définis, le plus souvent réduits, et sans connexion directe avec le système d’information, ce qui facilitait leur mise en œuvre. Depuis, les usages se sont étendus, touchant des domaines plus stratégiques qui vont au-delà des environnements applicatifs pour intégrer notamment le périmètre des infrastructures.

Les projets Iaas (Infrastructure as a Service) et Paas (Platform as a Service) en sont cependant encore majoritairement au stade exploratoire. Ainsi, plus de la moitié des 110 décideurs interrogés début 2011 par Markess International (cf. l’étude « Cloud computing : attentes et potentiels pour les infrastructures (Iaas) et les plates-formes (Paas), 2011-2013 ») déclarent avoir quelques projets de test en cours, s’être engagés sur un nombre limité de projets concernant des environnements non stratégiques de leur organisation, ou en sont encore au stade de la réflexion. Ce sont surtout les décideurs du secteur IT et des télécommunications ainsi que des TPE (moins de 50 employés), le plus souvent du secteur IT aussi (éditeurs notamment), qui avancent le rôle stratégique joué par le cloud computing pour leur activité. De nombreux responsables de start up évoquent les avantages qu’ils en tirent dans un contexte de forte croissance, de « time-to-market » exigeant, de flexibilité et de souplesse en regard de la saisonnalité de certaines de leurs activités.

La demande progresse vite puisque, d’ici à 2013, la pénétration du cloud computing au sein des infrastructures (Iaas) devrait concerner 15 % des organisations françaises composées d’un salarié et plus ! La croissance du marché des Infrastructures as a Service (Iaas) sera poussée par deux principaux facteurs concomitants : l’évolution vers le mode Saas des offres des éditeurs de logiciels traditionnels et les DSI des entreprises qui souhaitent mettre en place des clouds privés.

Quelles applications Saas tirent le marché français ?

Les domaines concernés par le Saas portent avant tout sur les applications de collaboration d’entreprise (messagerie, agenda partagé, gestion de projet, conférence web…), de ressources humaines (gestion des recrutements, des talents, de la paie…), de finance et comptabilité (gestion de trésorerie, de notes de frais, de facturation…), de gestion de la relation client (gestion de contacts, de campagnes cross-canal, des interactions clients entrantes…), de gestion commerciale et de sites d’e-commerce, sans oublier celles liées aux achats (gestion d’appels d’offres, d’e-sourcing, d’e-procurement…).

Entre 2008 et 2011, la demande des entreprises s’est portée de façon plus marquée sur les applications suivantes : applications bureautiques, applications sociale et informatique (sécurité, sauvegarde, pilotage, supervision, tests…). D’ici à 2013, de nouveaux domaines devraient être concernés, comme la gestion de contenu, l’analytique et le décisionnel.

Les PME et surtout les TPE semblent moins concernées par ce mouvement vers le cloud computing… pourquoi ?

Comme évoqué précédemment, la pénétration du Saas s’est effectuée d’abord dans les grandes organisations et les plus petites de moins de 50 employés. Elle se confirme au fil du temps et s’étend désormais aux autres segments du marché (ETI et PME). En ce qui concerne le Iaas, la pénétration semblerait plus forte dans les organisations de moins de 10 000 employés, et surtout dans les ETI (entreprises de taille intermédiaire de 250 à 5 000 employés). Les grandes organisations font face à un contexte existant qui complexifie la mise en place de projets Iaas. Aussi adoptent-elles une approche par étape qui s’étale dans le temps. Les ETI les plus ouvertes sont celles qui ne disposent pas de ressources informatiques suffisantes et font face à des restructurations importantes, dans les secteurs du transport ou de l’assurance, par exemple. Les TPE et les PME intermédiaires sont en train de prendre conscience des apports de ce modèle et devraient être porteuses de plus nombreuses demandes d’ici à 2013.

La chaîne de valeur du cloud computing implique de multiples acteurs à valeur ajoutée. Ce foisonnement complexifie la compréhension des apports de chacun. La diversité des profils d’acteurs sur ce marché entraîne la multiplication d’offres nouvelles, variées et difficiles à comparer, ce qui peut freiner d’ailleurs les décideurs, d’où le rôle clé d’acteurs permettant de les aider dans ce processus d’identification et de sélection. Par ailleurs, le développement du cloud computing au sein des PME et des TPE ne peut se faire sans des relais commerciaux adaptés. Il implique cependant de nouveaux modèles de distribution, car les canaux actuels ne sont pas nécessairement préparés à commercialiser ce type d’offres de services auprès de ces entreprises. C’est tout un écosystème qui est concerné avec des enjeux complexes sous-jacents (accompagnement financier, modes de rémunération, services complémentaires associés, etc.).