Chaque année, en plein été, Microsoft organise sa conférence « Inspire » dédiée à son réseau de partenaires afin de préciser les priorités de l’éditeur dans les mois à venir.

Toujours très instructive pour saisir les priorités Business de Microsoft, la conférence Inspire était particulièrement attendue cette année par les partenaires de l’éditeur sous fond de polémique. Quelques jours avant le début de l’événement, l’éditeur avait annoncé des changements importants dans ses contrats avec notamment la suppression des « internal use rights », des conditions qui permettent aux partenaires de bénéficier « gratuitement » des produits Microsoft pour leurs usages internes. Face à la levée de boucliers qui a suivi cette annonce, Microsoft a, par la voix de Gavriella Schuster, Channel Chief, rétropédalé : « la réponse de notre écosystème de partenaires a été extrêmement négative. Nous avons clairement sous-estimé la valeur de ces avantages et l’impact que notre décision aurait sur vous (nos partenaires) et vos entreprises clientes. Et nous n’avons pas d’autre alternative que faire machine arrière ». Rien ne changera donc en 2019/2020, mais Microsoft n’a pas éclairé ses intentions au-delà se contentant d’un « nous allons continuer à vous écouter et à apprendre… ».

Priorité à Teams

En matière de priorité, Teams semble être le grand cheval de bataille de Microsoft pour continuer à imposer Office 365 à toutes les tailles d’entreprises. L’éditeur revendique 13 millions d’utilisateurs actifs chaque jour (à comparer aux 10 millions d’utilisateurs quotidiens de Slack, selon les chiffres annoncés en janvier dernier). De nouvelles fonctionnalités (annonces, publication cross-canaux, notifications prioritaires, système de modération, etc.) ont été présentées. Mais les principales innovations à venir dans Teams proviendront de fonctionnalités dopées à l’intelligence artificielle. Des fonctions IA qui vont aussi se multiplier dans les mois à venir au sein des multiples modules bureautiques. Les petites et moyennes entreprises seront la principale cible à chasser pour les partenaires. Selon Microsoft, à peine 10% des TPE & PME ont adopté Office 365. Il y aurait donc un marché de 80 milliards de dollars encore à conquérir.

… et au Cloud

La migration vers le cloud demeure l’autre grande priorité de Microsoft. L’éditeur estime que 60% de sa base installée de serveurs est encore sous Windows Server 2008 et SQL Server 2008. Soit 24 millions d’instances que les entreprises vont devoir rapidement faire évoluer puisque les deux produits entrent en fin de vie en janvier 2020. Et l’éditeur considère que migrer ces Workloads directement sur des VMs Azure (ne serait-ce que pour bénéficier automatiquement de deux années supplémentaires de support) constitue une formidable opportunité d’évoluer vers le cloud. Il a parallèlement lancé un nouveau programme « Azure Migration » offrant une aide aux risques et enjeux d’une migration des workloads vers le cloud Azure.

Un marketplace qui prend corps

En parlant d’Azure, Microsoft a pour la première fois donné un aperçu de ce que représentait Azure Marketplace, le catalogue d’applications SaaS tierces proposé par son cloud. Selon l’éditeur, il offrirait déjà 12.000 services et applications. Il représente 350.000 leads mensuels pour les éditeurs qui l’ont rejoint. Le chiffre d’affaires d’Azure Marketplace dépasserait les 90 millions de dollars mensuels.

Azure Lighthouse : le tableau de bord pour partenaires

Lors d’Inspire 2019, Microsoft a introduit un nouveau service cloud à destination des partenaires : Azure Lighthouse est un tableau de bord permettant la gestion « cross-tenant » des ressources clouds de plusieurs entreprises pour leur offrir une meilleure visibilité et un meilleur contrôle des services qu’ils mettent à disposition et gèrent pour leurs clients.

Microsoft démontre l’Holoportation

L’une des démonstrations les plus spectaculaires de la conférence Inspire 2019 demeurera celle associant « l’holoportation » et le nouveau service de traduction Azure Speech. Julia White, VP d’Azure, a utilisé les lunettes Hololens 2 pour présenter sa Keynote en japonais : Elle parlait en anglais, mais les spectateurs la voyaient en version holographique et l’entendaient en japonais avec sa propre voix (et non une voix de synthèse quelconque) et toutes ses inflexions !

Cette « Holoportation » combine les capacités de réalité mixte et de communication de Hololens 2 ainsi qu’un ensemble de services Azure dont « Azure Speech-to-Text », « Azure Neural Text-To-Speech » et le nouveau service « Azure Speech Translation ». Spectaculaire, la démo illustre les progrès réalisés en matière de synthèse vocale et de traduction automatique en temps réel. Le nouveau service « Text-To-Speech » est disponible en 45 langues et peut utiliser des voix générées par du Machine Learning afin que le rendu sonore ressemble à s’y méprendre à votre propre voix.

D’excellents résultats financiers

En marge d’Inspire 2019, Microsoft a également annoncé ses résultats financiers pour le quatrième trimestre qui clôt son exercice 2019. Avec 33,7 milliards de CA et 10,6 milliards de bénéfice net, il est dans la même lignée que les trois précédents surpassant les estimations des analystes. Au final, l’éditeur enregistre un chiffre d’affaires global de 125 milliards de dollars en croissance de 14% par rapport à 2018, pour un bénéfice net qui avoisine les 40 milliards de dollars (en augmentation de 137%, la réforme fiscale de l’administration Trump expliquant ce pourcentage astronomique).
Une croissance portée principalement par Office 365 (en augmentation de 31% sur Q4), la gamme Surface (en augmentation de 14%), un retour en forme de Windows (à 6 mois de la fin de vie de Windows 7) et bien évidemment Azure. Le cloud de Microsoft affiche encore une croissance de 64% au quatrième trimestre, certes notablement inférieure aux 73% et 76% de croissance des deux trimestres précédents, mais une croissance qui reste très forte et supérieure à celle d’AWS (41% au Q1 2019). Pour plus de détails, reportez-vous à l’analyse de notre confrère Informatique News.

L’année fiscale 2020 démarre donc sous les meilleurs auspices pour le géant américain qui semble, pour un temps, avoir calmé l’ire de son réseau de partenaires à défaut de calmer la colère actuelle des DSI envers tous les grands fournisseurs américains de logiciels et services. Cette dernière, associée à l’intensification de la compétition dans le cloud, au manque d’emprise de Microsoft dans l’univers de la mobilité (mais aussi en partie de l’IoT) et au manque de visibilité des relations entre les US et la Chine, sont autant de nuages à l’horizon que l’entreprise de Satya Nadella va devoir négocier astucieusement en 2020…