D’ ici trois ans, le nouveau modèle économique porté par les écosystèmes digitaux pourrait bien s’imposer aux entreprises. C’est le constat partagé par une grande majorité de dirigeants dans une de nos récentes études.

Par Antoine Gourévitch, directeur associé senior, BCG

Un quart d’entre eux estime que la participation à un écosystème digital pourrait générer plus de 60 % de leur chiffre d’affaires. Un tiers d’entre eux en attendent plus de 25 % de leurs bénéfices.
Aux yeux de ces décideurs, cette démarche n’est donc plus une option et représente un levier indispensable à leur transformation digitale. Toute la puissance des leaders comme Amazon, Facebook ou Apple repose sur le développement de ces plateformes géantes capables de répondre aux différents besoins de leurs clients.

Pourtant, beaucoup d’entreprises restent encore à l’écart de ce mouvement de fond et hésitent à s’engager dans cette voie.

Le changement, il faut le dire, est culturel. D’une vision linéaire de la chaîne de valeur on passe, avec le concept d’écosystème, à la construction de nouvelles formes de partenariat et de collaboration y compris, parfois, avec ses compétiteurs.
Face à ce modèle inédit, les entreprises s’interrogent. Est-il pertinent de l’adopter au regard de leur positionnement et de leur activité ? Quels rôles pourraient-elles y jouer ? Quelles en sont les règles ? Quelles compétences mobiliser ou développer en interne ?
Un écosystème digital regroupe un ensemble d’acteurs interdépendants qui partagent une plateforme et développent conjointement des produits et des services complémentaires. Pour les entreprises participantes, cette collaboration apporte agilité et résilience.

À partir de son programme de fidélité, une compagnie aérienne a ainsi développé une plateforme digitale proposant des assurances de voyage, d’habitation ou de santé, mais aussi des promotions sur des montres connectées ou encore des vêtements. Cette activité a généré plus de 1 Md$ en 5 ans.

Au sein d’un écosystème, une entreprise peut jouer le rôle d’orchestrateur propriétaire et animateur de l’écosystème. Elle peut également choisir d’être partenaire sur une offre de services ou de produits ou, enfin, un contributeur sur une dimension plus technologique.

Avant de mettre en œuvre un plan d’actions en matière d’écosystème, il convient de se poser trois questions stratégiques.

La première doit amener l’entreprise à étudier l’opportunité ou non de se lancer dans ce nouveau modèle de développement. On trouve des éléments de réponse dans l’analyse de son marché. La santé et l’énergie sont les plus matures en matière d’écosystèmes digitaux et les entreprises du B to B les plus avancées. Ce dernier point peut paraître contreintuitif au regard de l’appétence de plus en plus forte des consommateurs pour les sites d’e-commerce, les applications et les services digitaux. Ce benchmarking ne suffit pas.

L’entreprise doit également évaluer le potentiel de création de valeur. C’est la deuxième question à se poser : quelles sont les perspectives de développement attendues d’un écosystème digital ? Elles peuvent provenir des profits issus d’une augmentation des ventes, d’un nouveau produit conçu pour la plateforme ou encore d’un accès à de nouveaux marchés.

Enfin, il est essentiel d’évaluer la capacité de l’entreprise à tirer profit des écosystèmes digitaux et à y apporter une valeur ajoutée. Cela passe notamment par des process de décision réactifs, une solide protection de la propriété intellectuelle, une culture d’innovation et de partenariat, ou encore la maîtrise des nouvelles technologies. Les écosystèmes digitaux deviennent un passage obligé de la transformation digitale. Créateurs de valeur, levier de résilience, ils exigent un travail préalable d’analyse stratégique et de robustes compétences.