Gouvernance
PMU, acte II : de la refonte du SI à l’agilité industrielle
Par Thierry Derouet, publié le 03 juillet 2025
Deux ans après avoir ouvert les portes de son chantier de transformation numérique dans IT for Business, Stéphane Boulanger, directeur des opérations et des systèmes d’information de PMU, nous a de nouveau reçus. Au programme, une plateforme technique désormais tournée vers l’international. La suite d’une histoire industrielle comme il s’en écrit peu.
»Ce qu’il faut retenir, c’est que PMU, c’est véritablement une tech company, vu les volumes transactionnels que l’on opère chaque année. » Le ton est donné. Derrière le réseau de 14 200 points de vente, c’est bien un système d’information complexe et hybride que les équipes de Stéphane Boulanger réinventent méthodiquement. Avec 1,7 milliard de transactions annuelles, « entre 4 et 5 millions de paris par jour », le SI PMU traite un volume comparable à certains acteurs bancaires. Et pourtant, la contrainte de temps réel, la pression réglementaire de l’ANJ, le régulateur français du secteur des jeux d’argent, et l’exigence d’innovation continue rendent la transformation d’autant plus critique.
Quatre programmes, un seul cap
Dès le départ, la transformation du SI PMU a été découpée en quatre grands programmes structurants : la refonte du cœur du SI (le système de totalisation et de gestion des paris), la modernisation des équipements en point de vente (bornes, terminaux, matériel déployé dans ces 14 200 points de vente), la rationalisation de l’animation client (gestion des promotions, campagnes de fidélisation), et finalement la refonte complète de la chaîne digitale (front-end et middle-end).
Celui de l’animation client aussi est désormais aligné sur les standards du e-commerce. Restent deux chantiers phares. Le premier concerne les bornes, désormais « produit phare de 2025 », redessinées par PMU lui-même — une première. Le déploiement a commencé fin mars à raison de 500 équipements par mois, avec un objectif de 11 000 bornes installées d’ici fin 2026. Les applications associées sont déployées depuis mai, en commençant par deux régions pilotes, dont l’Île-de-France. Le second, plus profond, est celui du back-end. « Le cœur SI, ça représentait 8 millions de lignes COBOL. Il en reste un peu moins de 2 millions, concentrées sur les paris offline, à migrer d’ici fin 2026. » L’approche choisie : pas un lift and shift, mais une redéfinition fonctionnelle complète. « On a éclaté un bloc de glace en petits glaçons ». Une opération menée « en agile à l’échelle », avec 75 % des travaux réalisés (voir encadré).
Des architectures découplées, des déploiements quotidiens
Cette reconstruction progressive du SI s’accompagne d’un basculement vers des architectures découplées dans le cloud. « Une ancienne borne ne pouvait pas démarrer sans le système central. Aujourd’hui, elles peuvent s’allumer en stand-alone. » Résultat : « on fait des mises en production tous les jours », dans une organisation portée par trois trains agiles (deux logiciels, une plateforme), et une vingtaine d’équipes autonomes.
Cloud et multicloud : AWS, Azure et stratégie FinOps
Si l’essentiel du système transactionnel repose sur AWS, certaines briques transverses migrent vers Azure — notamment avec le déploiement de Dynamics 365 comme nouvel ERP. « On a changé l’ERP au printemps 2024 et réécrit en interne le SI financier autour de la gestion de caisse et de commissions. » Ce double mouvement est piloté sous contrainte budgétaire. « On ne peut pas faire n’importe quoi. On doit maîtriser nos trajectoires d’OPEX », souligne le DSI, qui a intégré une discipline FinOps à ses équipes.
Une IA au service du business… et du discernement
Sur l’IA, le PMU garde la tête froide. « Il faut faire preuve de discernement. Il y a eu beaucoup de n’importe quoi. » L’IA générative est d’abord un sujet de sécurité. D’où le lancement de « ChatPMU », un assistant basé sur Amazon Bedrock, coordonné par le CTO Anthony Hyvert, qui permet d’industrialiser des cas d’usage internes : synthèse d’appels d’offres, comparaison de CV, rédaction de communiqués de presse, ou animation du réseau commercial. La Gouvernance d’entreprise mise en oeuvre autour de nos Champions IA nous permet d’aider tous nos collaborateurs à considérer ces nouvelles technologiques.
Du côté du développement logiciel, la solution retenue est le cloud d’AWS avec la technologie AWS Bedrock couplée à des composants opensource tels que Continue.Dev, Cline ou KiloCode.. D’autres solutions, testées, n’ont pas été retenues. Plus qu’un substitut, c’est un levier pour libérer du temps sur les tests et l’observabilité. L’outil sert surtout à assister dans la production de la documentation. « L’IA ne remplace personne ; elle remet du confort et de la rigueur », tranche Stéphane Boulanger.
Observabilité et FinOps : deux jambes pour courir longtemps
Chaque microservice embarque une démarche FinOps et DevOps. En cas d’alerte, les équipes sont automatiquement sollicitées pour répondre à nos clients avec un très fort taux de satisfaction. Depuis 9 ans, PMU est d’ailleurs élu « Service client de l’année ». La facture AWS reste stable malgré +40 % d’usages. « Ce qui coûte cher, ce n’est pas l’instantané, c’est l’oubli », résume Stéphane Boulanger.
Une culture produit bien installée
La transformation n’est pas seulement technique. Elle est culturelle. « On a cassé tous les silos », affirme Stéphane Boulanger. Plans trimestriels, product ownership distribué, culture de l’itération : « Ce que je veux, c’est qu’on sache détecter et corriger très vite. » L’approche s’étend jusqu’au réseau commercial, qui compte 500 personnes sur le terrain, avec des outils de conversation conçus pour répondre aux questions sur les combinaisons de paris.
Une plateforme prête à s’exporter
Trois quarts du chemin sont faits, mais le peloton ne range pas encore les sellettes. À l’heure où plusieurs pays européens libéralisent le pari hippique, le SI de PMU doit encaisser des pics venus d’ailleurs. Le SI PMU, conçu pour durer, s’apprête à courir sur tous les terrains.
Sortir du COBOL, mais pas n’importe comment
Lorsque l’exercice démarre, le back-end de PMU ressemble à un pur-sang vieillissant : huit millions de lignes COBOL, 28 ans de logique métier empilée, une main-d’œuvre rare et coûteuse, un time to market plafonné à plusieurs mois.
La mue du PMU ne s’est pas faite à la hache. « On a choisi de ne pas faire de lift and shift. Ça ne marche pas vu les volumes. » Chaque lot de code COBOL a été isolé, requalifié, réécrit. L’approche est incrémentale, structurée, industrialisée. Ce choix ne va pas à rebours des grandes tendances : il vise au contraire une meilleure agilité, une plus grande flexibilité et une montée en puissance progressive de l’organisation.
Cette stratégie a aussi un impact sur l’attractivité des talents. « Aujourd’hui, on reçoit des CV tous les jours. » Le DSI réitère : « Ce n’est pas en publiant des offres de recherche et développement en COBOL que nous allons attirer des profils. » L’orientation vers des stacks modernes, la maîtrise du code maison, la diversité des environnements cloud et les méthodes de travail agiles sont devenues des leviers de marque employeur.
« PMU est reconnu aujourd’hui comme une tech company, ce n’était pas évident il y a quelques années. On a fait ce travail pour pour mieux répondre à nos besoins client tout en étant attractif sur le marché de l’emplo, pour faire venir les talents et garder la maîtrise sur notre cœur de métier. »
Un COBOL qui s’efface donc, mais avec méthode, au profit d’une architecture plus moderne, plus vivante, plus compétitive.
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