Il n'y aura pas d'IA souveraine française sans un écosystème IA européen

Data / IA

Une IA souveraine oui… mais pas sans écosystème IA souverain !

Par La rédaction, publié le 26 janvier 2024

Le projet de Xavier Niel et Rodolphe Saadé de développer un laboratoire français pour l’IA met en exergue la nécessité d’une approche holistique pour une IA souveraine et française. Cela va au-delà de la fierté linguistique, représentant un enjeu stratégique pour l’autonomie et l’innovation européennes. Une telle démarche nécessite la création d’un écosystème technologique complet, intégrant données, infrastructures et logiciels.


Par Mehdi Chouiten, CEO et fondateur, Datategy


En investissant 300 millions d’euros dans un laboratoire français de recherche pour entre autres mieux nourrir les systèmes d’IA avec des données en français, Xavier Niel et Rodolphe Saadé proposent une alternative souveraine d’avenir.

Néanmoins, pour réduire durablement notre dépendance aux géants technologiques étrangers, en particulier américains, un écosystème d’IA souverain doit inclure non seulement les données mais aussi les infrastructures et les plateformes qui permettent d’exploiter celles-ci.

Si l’édifice IA souveraine est construit avec essentiellement des briques fabriquées à l’étranger, on ne peut pas prétendre à la souveraineté.

Pourquoi choisir la France pour nos données ?

L’initiative de Xavier Niel et Rodolphe Saadé est stratégique. En effet, la disponibilité de données en français dans le domaine de l’intelligence artificielle est essentielle à plusieurs titres.

D’abord, elle permet de développer des IA qui comprennent et interagissent naturellement avec les utilisateurs francophones, offrant une expérience utilisateur plus riche et intuitive. Cela est particulièrement fondamental dans des domaines comme la santé, l’éducation, et les services publics, où une communication claire et précise est nécessaire.

Ensuite, les données en français enrichissent les modèles d’IA en leur fournissant un contexte culturel et linguistique varié, ce qui améliore leur capacité à traiter des situations complexes et diverses. Un environnement qui contribue à la création d’IA plus inclusives et adaptées aux spécificités locales.

Enfin, le développement d’IA utilisant des données en français stimule l’innovation et la recherche dans la francophonie, favorisant la croissance d’un secteur technologique compétitif et indépendant. Il peut également encourager la collaboration et le partage de connaissances au sein de la communauté francophone mondiale, renforçant ainsi les liens culturels et économiques.


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Au-delà des données, l’IA repose sur une infrastructure et sur des logiciels

Dans un monde où le couple données + IA est devenu un moteur de croissance économique et d’innovation, la capacité de l’Europe à développer une IA souveraine – qui analyse des données, les comprend, les traite et réagit, le tout en français – n’est pas qu’une question de fierté linguistique ou culturelle. Elle est au cœur de notre autonomie stratégique, économique et politique.

Néanmoins, il est essentiel de comprendre que cette démarche va bien au-delà de la simple traduction de données. Elle implique la création d’un écosystème technologique complet, englobant à la fois les données, les infrastructures, et les logiciels.

En se concentrant sur la souveraineté de l’écosystème complet IA, données, infrastructure et logiciels, l’Europe se positionnera en leader de l’IA, dans un avenir où elle sera en mesure non seulement de répondre à ses propres besoins, mais aussi d’influencer les normes mondiales dans ce domaine stratégique.

Pas d’IA souveraine sans infrastructure et plateformes d’IA souveraines

L’infrastructure et les logiciels sont des piliers essentiels à une IA souveraine. Cette notion inclut la disponibilité de centres de données robustes, capables de stocker et traiter d’énormes quantités de données en toute sécurité.

Un écosystème IA solide implique également des réseaux de communication rapides et fiables, ainsi que des plates-formes de développement et d’analyse de données accessibles aux chercheurs et aux entreprises. Développer cet écosystème de collaboration entre les universités, les entreprises, et les gouvernements est indispensable. Une approche qui nécessite la formation de professionnels qualifiés, l’investissement dans la recherche et le développement, et la création de politiques favorables à l’innovation.

Une infrastructure et un écosystème souverain bien établis renforcent non seulement l’autonomie technologique, mais ils stimulent également l’économie locale en créant des emplois et en attirant des investissements.


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Comment créer cet écosystème logiciel souverain ?

D’abord, il est essentiel d’identifier et de soutenir les acteurs français ou européens clés dans le domaine, comme des startups innovantes, des instituts de recherche, et des entreprises technologiques. Une collaboration étroite entre ces acteurs et les pouvoirs publics permettrait de développer des standards et des pratiques optimales.

Ensuite, il faut investir dans le développement de logiciels, de plateformes open-source et de supercalculateurs, permettant de garantir la transparence et la sécurité des systèmes d’IA et de favoriser l’innovation et l’adaptation rapide aux besoins spécifiques des utilisateurs.

Il est également vital de mettre en place des politiques et des incitations financières pour encourager l’adoption de solutions logicielles souveraines par les entreprises et les services publics. Cela aiderait à créer un marché dynamique pour ces technologies, stimulant ainsi leur développement et leur perfectionnement.

Enfin, la sensibilisation et la formation sont fondamentales pour assurer la compréhension et l’intégration efficace de ces technologies au sein de la société. Il s’agit de préparer les générations futures à une utilisation responsable et innovante de l’IA souveraine.

En résumé, pour réussir la construction d’un écosystème logiciel souverain, il est primordial de surmonter 5 défis clés.
– D’une part, réduire la dépendance aux technologies étrangères en développant des alternatives locales viables, sans pour autant s’isoler technologiquement.
– Ensuite, coordonner les initiatives pour éviter la duplication des efforts et assurer une meilleure allocation des ressources.
– Par ailleurs, il est indispensable d’assurer un financement suffisant pour la recherche et le développement, essentiels à l’innovation et à la compétitivité.
– Pour faciliter l’adoption de ces nouvelles technologies, il faut également sensibiliser et former les utilisateurs potentiels.
– Enfin les questions éthiques et de sécurité liées à l’IA doivent être prises en compte en adoptant des cadres réglementaires clairs.
Ces mesures sont cruciales pour garantir le succès et la pérennité de l’écosystème IA souverain.


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