Le FMI s'inquiète de l'impact de l'IA sur les économies, l'emploi et le futur du travail

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Selon le FMI, l’IA impactera 40% des emplois dans le monde

Par Laurent Delattre, publié le 18 janvier 2024

Dans son nouveau rapport « Gen-AI and the Future of Work », le FMI soutient que l’IA va impacter 40% des emplois dans le monde et même 60% des emplois dans nos économies occidentales. Mais tout dépend de ce que l’on entend par « impacter »…

Le Fonds Monétaire International (FMI) vient de publier une étude exhaustive intitulée “Gen-AI : Intelligence Artificielle et l’Avenir du Travail“. Dirigée par une équipe d’économistes renommés, cette recherche approfondie tente d’explorer les implications profondes de l’intelligence artificielle (IA) sur les marchés du travail à travers le monde.

Tout en reconnaissant que « ses conséquences sur les économies et les sociétés restent difficiles à prévoir », le rapport souligne à quel point cette « nouvelle révolution industrielle » est appelée « à modifier profondément l’économie mondiale ».

Ainsi, selon ce rapport, les économies avancées (notamment les pays occidentaux) sont les premières à ressentir les impacts de l’IA, principalement en raison de leur structure d’emploi axée sur les tâches cognitives. Le FMI considère que 60% des emplois de ces économies seront impactés d’une manière ou d’une autre par les IA dans les prochaines années.

Pour tenter d’y voir plus clair, le FMI a classé les relations entre les métiers et l’IA en trois catégories :

1/ Il y a les métiers « hautement exposés mais hautement complémentaires », autrement dit des métiers pour lesquels l’IA peut fortement influer les tâches et les processus de décisions mais où – au final – l’utilisation non supervisée de l’IA reste faible. Il s’agit typiquement de tous les rôles de direction et de management, à fortes interactions humaines, à haut degré de responsabilité comme les avocats, les chirurgiens, les juges, etc.

 « Dans ces fonctions, les employés peuvent vraiment bénéficier des avantages de l’IA en termes de productivité, à condition qu’ils possèdent les compétences nécessaires pour interagir avec la technologie » expliquent les rapporteurs. Dit autrement, tous ces métiers vont être transformés par l’IA mais l’emploi n’est pas ici mis en péril.

2/ Il y a les métiers « fortement exposés mais à faible complémentarité », des métiers qui sont très bien placés pour être envahis par l’IA avec comme incidence probable que l’IA remplace entièrement ou en grande partie les tâches humaines. « Sur ces emplois, il faut s’attendre à une baisse de la main-d’œuvre et un ralentissement de la croissance des salaires » alertent les experts du FMI. En première ligne de cette catégorie, on retrouve tous les emplois du télémarketing notamment.

3/ Il y a enfin « les professions à faible exposition » qui seront dans un avenir visible peu ou pas impacté parce que l’IA n’y a pas d’application directe. Les rapporteurs listent notamment « les plongeurs en cuisine » et « les artistes » ce qui peut surprendre. À plus d’un titre, les artistes sont aujourd’hui fortement impactés par l’arrivée de l’IA générative à commencer par les acteurs qui font du doublage, les acteurs de cinéma, les illustrateurs, etc. Et il est probable que les métiers qui peuvent être fortement automatisés par les robots seront aussi prochainement impactés, le commis au lavage de vaisselle compris.

Au travers de ces trois dimensions, le rapport s’attache à montrer que l’exposition de l’emploi aux impacts de l’IA varie fortement d’un pays à l’autre mais aussi varie en fonction du sexe, de l’éducation et de l’âge, avec des femmes et des individus diplômés d’études supérieures plus susceptibles d’être affectés, mais également mieux positionnés pour en tirer profit.

Inégalités de Revenu et de Richesse

L’une des conclusions majeures de l’étude est la possibilité d’une augmentation de l’inégalité de revenu et de richesse due à l’IA. La complémentarité entre l’IA et les travailleurs hautement rémunérés pourrait accentuer cette inégalité. Toutefois, selon le FMI, si les gains de productivité sont suffisamment importants, la plupart des travailleurs pourraient voir leur niveau de revenu augmenter.


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Adaptation et préparation à l’IA

Enfin, l’étude souligne l’importance pour les pays de se préparer à l’ère de l’IA. Selon le FMI, les économies avancées devraient se concentrer sur l’amélioration des cadres réglementaires et le soutien à la réaffectation de la main-d’œuvre, tandis que les économies émergentes et en développement doivent plutôt prioriser le développement des infrastructures numériques et des compétences digitales.

Au passage on notera que les rapporteurs évitent la moindre prédiction quant aux nombres d’emplois qui seront supprimés par l’IA dans la décennie à venir. Ils se contentent de tracer les liens intimes entre les populations actives, les emplois et l’IA. Les rapporteurs s’inquiètent de voir l’IA accroître encore davantage l’écart entre les économies « avancées » et les pays en voie de développement. « Si l’IA aura dans un premier temps un impact moindre sur les marchés émergents et les économies en développement, ces derniers sont également moins susceptibles de bénéficier des avantages de cette nouvelle technologie » s’inquiète le FMI. « Cela risque d’exacerber la fracture numérique et les disparités de revenus entre les pays ». D’où l’importance de rapidement mettre en place des politiques à même de répondre à ces préoccupations. « Nous devons nous efforcer d’aider les pays à faible revenu à agir plus rapidement afin de pouvoir saisir les opportunités que l’IA présentera » assure la directrice du FMI, Kristalina Georgieva dans un billet de blog. Mais elle se montre néanmoins optimiste, affirmant en conclusion : « L’IA arrive. Il faut l’adopter. Oui, cela fait un peu peur, mais c’est aussi une formidable opportunité pour tout le monde. » 


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