Data / IA
COBOL, IA et affolement boursier : Anthropic sème à nouveau la panique avec Claude Code
Par Laurent Delattre, publié le 25 février 2026
Alors qu’Anthropic publie un post sur les capacités de Claude Code à moderniser du COBOL, IBM perd 13 % en une séance, soit 31 milliards de dollars envolés. Après la « folie » Claude Code Security de ces derniers jours, Wall Street perd à nouveau pied en inventant des scénarios de science-fiction loin de toute réalité…
Il n’aura suffi que d’un petit billet de Blog bien innocent… Anthropic a publié Lundi sur son site un article de blog intitulé ‘How AI helps break the cost barrier to COBOL modernization‘. Aucun produit nouveau, pas de démonstration Live spectaculaire, pas de partenariat avec une grande banque… juste un billet. Un point de vue. Un peu de marketing déguisé. Et l’action d’IBM aura immédiatement plongé de 13,2 % en une séance, effaçant plus de 31 milliards de dollars de capitalisation boursière, la plus forte chute du titre depuis l’éclatement de la bulle internet en octobre 2000.
Accenture et Cognizant, également positionnés sur les services de modernisation mainframe, ont chuté de plus de 6 %. L’indice Dow Jones a perdu plus de 800 points dans la foulée.
Bienvenue dans l’ère du « sell first, ask questions later », selon une nouvelle formule consacrée des traders de Wall Street.
Mais que disait exactement ce fameux post ? Rien de particulièrement révolutionnaire pour quiconque suit le secteur. Claude Code peut, selon Anthropic, analyser des bases de code COBOL, cartographier leurs dépendances, documenter les workflows et identifier les risques d’une migration, d’une modernisation. Il est vrai qu’avant l’IA toutes ces tâches prenaient jusqu’ici des mois voire des années à des équipes de consultants spécialisés. Avec à la clé un coût de migration rarement facile à justifier. Avec l’IA, ces projets de peuvent être ramenés d’années en trimestres, de trimestres en semaines. Avec un coût théorique infiniment plus faible.
Pour accompagner les DSI dans leur démarche, Anthropic a également publié un “Code modernization guide”, petit guide pratique de modernisation des applications COBOL par l’IA.
Mais de là à parler de disruption immédiate du marché du mainframe, il y a un gouffre, qu’aucune équipe IT n’aurait imaginé mais que Wall Street a allègrement franchi.
IBM : victime de l’IA, par effet de bord
La réaction des marchés aurait éventuellement pu être compréhensible si Anthropic avait inventé quelque chose de radicalement nouveau. Ce n’est pas le cas. Et l’ironie suprême, c’est qu’IBM lui-même est l’un des pionniers de l’IA appliquée à la modernisation COBOL.
En août 2023, soit plus de deux ans avant le billet de blog fatidique, IBM lançait watsonx Code Assistant for Z, un outil d’IA générative dédié à la transformation de COBOL en Java sur ses mainframes IBM Z. Basé sur un LLM de 20 milliards de paramètres de la famille Granite, spécifiquement affiné sur des paires de programmes COBOL-Java, l’outil est commercialement disponible depuis le quatrième trimestre 2023. Et n’a cessé de s’améliorer et d’évoluer.
Ses capacités ? Cartographie des dépendances applicatives, extraction automatique de services métier, refactoring incrémental, génération de tests unitaires pour valider l’équivalence sémantique du code produit. En d’autres termes : exactement ce qu’Anthropic vient de promettre avec Claude Code. Mais contrairement à la jeune pousse de l’IA, IBM a même des références clients : l’organisation égyptienne NOSI a réduit de 79 % le temps nécessaire à ses développeurs pour comprendre ses applications COBOL existantes ; une grande entreprise mondiale de logistique a constaté une hausse de 60 % de sa productivité lors de migrations COBOL vers Java.
Plus cinglant encore : lors des résultats de janvier 2026, le PDG d’IBM Arvind Krishna avait salué le meilleur chiffre d’affaires mainframe de la société en 20 ans, en attribuant une partie du mérite à ses propres outils IA de conversion de code !
Anthropic est pourtant loin d’être le pionnier
IBM n’est pas le seul à avoir été ignoré par les marchés jusqu’à présent. AWS a lancé « Amazon Q Developer with mainframe transformation capabilities » en décembre 2024, puis « AWS Transform for Mainframe » en mai 2025, se targuant d’être « le premier service d’IA agentique pour la modernisation des workloads mainframe à grande échelle ». La promesse : transformer des applications z/OS en COBOL en microservices Java en quelques mois au lieu de plusieurs années, avec une réduction des délais pouvant atteindre 50 %.
Les capacités d’AWS Transform sont, là encore, quasiment superposables à celles vantées par Anthropic : analyse automatisée des dépendances, extraction de la logique métier, planification des vagues de migration, refactoring COBOL vers Java. Mercedes-Benz l’utilise déjà pour moderniser son système mondial de commande de véhicules. Danske Bank s’en sert pour accélérer sa transformation cloud. Aucune de ces annonces n’a pourtant provoqué le moindre frisson boursier.
Et la liste est loin de s’arrêter là : Microsoft qui proposait depuis 2022 des services de migration mainframe via son partenariat avec Blu Age y va de son Copilot ; Kyndryl, la filiale services infogérance d’IBM séparée en 2021, dispose d’offres de modernisation assistée par IA ; NTT Data propose ses plateformes de replatforming automatisé ; Persistent Systems a des agents IA multi-modèles pour transformer du COBOL en Java. Infosys, enfin, via son président Nandan Nilekani déclarait la semaine dernière que « la montée de l’IA a rendu le coût de réécriture des applications legacy enfin abordable ».
Au moins cinq à six acteurs majeurs proposaient donc déjà des solutions d’IA de replatforming sérieuses, testées en production, avec des références clients concrètes. Sans que la Bourse n’ait eu le moindre frémissement et sans que personne ne s’inquiète de l’avenir proche et moyen terme des mainframes.
Les vraies limites que le marché préfère oublier
Dans l’euphorie, ou plutôt la panique, ambiante, quelques réalités techniques méritent d’être rappelées. Moderniser du COBOL avec une IA, quelle qu’elle soit, ne se résume pas à faire tourner un LLM sur un codebase legacy. La complexité réelle réside dans la validation fonctionnelle du code produit, dans la gestion des cas limites métier souvent non documentés, dans l’intégration avec des systèmes périphériques (CICS, DB2, VSAM), et dans la responsabilité légale et réglementaire des systèmes critiques.
Les grandes banques, les compagnies d’assurance, les administrations fiscales, qui font tourner l’essentiel des 250 milliards de lignes de COBOL encore en production mondiale, ne vont pas confier leur « core banking » à un outil d’IA encore immature et capable d’hallucinations, aussi prometteur soit-il. La certification du code généré, l’audit réglementaire, la formation des équipes, la gestion du risque opérationnel sont autant d’étapes où les consultants IBM, Accenture et Cognizant ont encore de beaux jours devant eux.
Moderniser les systèmes critiques va bien au-delà de la traduction de code. L’architecture, la conformité, les tests d’intégration et la responsabilité opérationnelle restent des domaines où l’humain et les prestataires expérimentés conservent un rôle pour l’instant irremplaçable.
Wall Street, l’IA et le syndrome du billet de blog
Ce qui s’est passé lundi illustre un phénomène de plus en plus préoccupant : la mécanique de repricing automatique sans analyse de fond que Wall Street applique désormais à chaque annonce liée à l’IA, et plus particulièrement aux deux acteurs phares que sont OpenAI et Anthropic (deux acteurs paradoxalement non côtés). Les algorithmes de trading réagissent aux flux d’informations en millisecondes, amplifiant des mouvements que rien ne justifient. La bulle de l’IA ne semble pas vouloir exploser sous peu, en revanche chaque vibration des acteurs de l’IA fait trembler Wall Street hors de l’IA.
Le mois de février 2026 restera dans les annales comme un mois noir pour IBM : -27 % en quatre semaines, en route vers sa pire performance mensuelle depuis 1968. Tout cela dans un contexte où l’entreprise venait d’annoncer des résultats mainframe records ! Allez y comprendre quelque chose ! La logique voudrait que la réalité économique finisse par rattraper l’emballement spéculatif, c’est ce qu’anticipent d’ailleurs les analystes plus posés, qui voient dans le plongeon une opportunité d’achat à moyen terme.
Pour les DSI, la leçon est différente. L’IA de modernisation COBOL n’est pas une promesse d’Anthropic née en février 2026 : c’est un marché déjà structuré, avec plusieurs acteurs sérieux, des références en production et des ROI documentés. Ce qui manque, ce n’est pas l’outil : c’est la stratégie, la gouvernance et la capacité organisationnelle à mener ces projets. Aucun LLM, aussi brillant soit-il, peut accélérer certaines tâches techniques mais ne remplacera cela.
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