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Copilot Cowork, Plan E7, bureautique agentique : ce qu’il faut retenir des annonces « Wave 3 » de Microsoft
Par Laurent Delattre, publié le 10 mars 2026
Avec sa « Wave 3 » de l’IA Copilot dans Microsoft 365, l’éditeur ne se contente plus d’ajouter quelques fonctions IA à Microsoft 365. Il tente de repositionner Copilot comme une couche d’exécution du travail, comme un moteur agentique, capable d’agir à travers les applications, de choisir le bon modèle pour la bonne tâche, et d’être gouvernée comme un véritable actif d’entreprise. Reste que, comme souvent chez Microsoft, l’annonce du jour mélange disponibilité réelle, déploiements progressifs et accès réservé aux pionniers du programme Frontier. Ainsi qu’une augmentation tarifaire au travers d’un nouveau plan « E7 »…
Microsoft a donc annoncé en ce début de semaine la troisième vague de fonctionnalités IA greffées au cœur de sa plateforme collaborative. Au menu, un Copilot Cowork, co-développé avec Anthropic, des capacités agentiques dans Word, Excel, PowerPoint et Outlook, un plan de contrôle des agents baptisé Agent 365, et un nouveau palier de licence E7 à 99 dollars par utilisateur et par mois pour les entreprises qui se rêvent « frontières » !
Une avalanche de nouveautés qui s’adresse d’abord aux entreprises les plus matures dans leur adoption de l’IA, voire les plus expérimentatrices, et dont la disponibilité réelle en Europe reste, comme d’habitude, une autre histoire.
Une adoption… paradoxale
Pour bien comprendre la portée des annonces Wave 3, il faut d’abord mesurer où en est réellement l’adoption de Microsoft 365 Copilot. Lors de ses résultats du deuxième trimestre fiscal 2026 (janvier 2026), Microsoft a révélé pour la première fois un chiffre longtemps attendu : 15 millions de sièges payants Copilot, en croissance de plus de 160 % sur un an. L’usage quotidien actif aurait été multiplié par dix, et le nombre de clients déployant Copilot à grande échelle (plus de 35 000 sièges) aurait triplé. 90 % des entreprises du Fortune 500 utilisent désormais Copilot sous une forme ou une autre.
Rapporté à la base installée de Microsoft 365, plus de 450 millions d’utilisateurs professionnels, ces 15 millions ne représentent que 3,3 % de pénétration payante. Bien sûr, nombre d’utilisateurs supplémentaires accèdent gratuitement à « Copilot Chat » sans licence payante, se privant des gadgets IA que Microsoft insuffle au cœur des suites avec plus ou moins de réussite. Le « sans licence payante » étant relatif puisque Microsoft ne s’est pas freiné à profiter de l’IA pour gonfler les prix de Microsoft 365 ces dernières années.
De même, bien des utilisateurs se passent volontiers de Microsoft 365 Copilot au profit de ChatGPT et Claude, utilisés soit séparément (en faisant des copier/coller) soit via des extensions (pour Excel notamment).
À titre de comparaison, OpenAI revendique plus de 800 millions d’utilisateurs hebdomadaires et 5 millions d’utilisateurs payants sur ses offres ChatGPT business. Et Google dit avoir dépassé 750 millions d’utilisateurs actifs mensuels pour l’app Gemini et 8 millions de sièges payants Gemini Enterprise.
Wave 3 : de l’assistant au collègue autonome
Chaque année à la même époque, Microsoft nous livre une floppée d’innovations IA embarquées au cœur de sa suite collaborative. Après une « Wave 1 » très décevante en 2024, une « Wave 2 » plus concrète en 2025, voici donc une « Wave 3 » qui promet beaucoup mais qui tardera probablement à délivrer notamment en Europe comme les précédentes Wave. Car bien des annonces sont encore en preview privées et limitées.
Le cœur de Wave 3 est un changement de paradigme que Microsoft résume en un mot : « agentique ». Copilot ne se contente plus de répondre à des prompts ponctuels ; il prend désormais en charge des tâches complexes, multi-étapes, qui se déroulent dans le temps. Plusieurs composantes structurent cette évolution mais toutes reposent sur une couche fondamentale et introduite à l’occasion de Microsoft Ignite 2025 : Work IQ. Cette couche d’intelligence résidant au cœur de la plateforme 365 comprend comment chacun travaille, avec qui, sur quels contenus et dans quels contextes. C’est sur cette base que sont construites toutes les fonctionnalités agentiques de cette Wave 3 qui comporte 4 pièces de puzzle essentielles :
Copilot Cowork, la pièce maîtresse

Développé en collaboration étroite avec Anthropic, Copilot Cowork est la transposition au cœur de Microsoft 365 de la technologie qui propulse Claude Cowork, l’outil agentique d’Anthropic lancé en janvier 2026 sur Mac puis sur Windows. L’idée est la même : déléguer un objectif complet (préparer une réunion client, par exemple) et laisser l’IA orchestrer l’ensemble du flux – construire la présentation, assembler les données financières, rédiger l’e-mail à l’équipe, coordonner l’agenda – tout en gardant l’utilisateur informé et aux commandes. L’idée n’est plus de répondre à un prompt, mais de prendre en charge un travail long, multi-étapes, avec un plan, des points de contrôle, des validations et des actions réelles dans Outlook, Teams, Excel ou les fichiers de l’utilisateur.
Mais là où Claude Cowork opère en local sur le poste de l’utilisateur, la version Microsoft fonctionne dans le cloud, au sein du tenant Microsoft 365 de l’entreprise cliente. Ce qui permet une intégration native avec la couche de sécurité, de conformité et de gouvernance de Microsoft 365. Copilot Cowork utilise le modèle Claude pour le raisonnement et le même « harnais agentique » qu’Anthropic, mais l’enrichit de Work IQ, la couche d’intelligence contextuelle de Microsoft qui agrège e-mails, fichiers, réunions, conversations et graphes relationnels de l’utilisateur. Et ça fait toute la différence. Car en insufflant tout le savoir de l’entreprises au cœur de Cowork et en lui donnant les capacité d’interagir avec les assets Microsoft 365, l’IA agentique d’Anthropic gagne ici en possibilités, en cas d’usage, et en pertinence.
Des capacités agentiques dans les applications

Parallèlement, Wave 3 embarque aussi ce que Microsoft appelait en preview « Agent Mode » dans Word, Excel, PowerPoint et Outlook. Cette dénomination disparaît : les capacités agentiques deviennent le fonctionnement standard de Copilot dans ces applications. Dans Excel et Word, elles sont disponibles dès maintenant en disponibilité générale ; dans PowerPoint et Outlook, le déploiement interviendra dans les mois à venir.
Concrètement, Copilot peut affiner un brouillon Word pour en faire un document abouti, enrichir un tableur Excel avec de vraies formules, créer des diapositives PowerPoint en respectant les chartes graphiques de l’organisation (mise en page, styles, brand kit), ou encore rédiger et itérer sur des e-mails directement dans Outlook. Toutes ces actions s’appuient là encore sur Work IQ pour rester contextualisées par rapport à l’environnement de travail réel de l’utilisateur.
Multi-modèle et Agents in Chat

Microsoft affirme haut et fort une stratégie multi-modèle. Copilot exploite désormais les modèles d’OpenAI et d’Anthropic en parallèle, sélectionnant le modèle le plus pertinent pour chaque tâche. Claude est disponible dans l’expérience Copilot Chat principale (via le programme Frontier), aux côtés de la dernière génération de modèles OpenAI (GPT-5.4 Thinking).
L’expérience Chat elle-même s’enrichit : les utilisateurs peuvent créer et modifier des artefacts (documents, tableaux, présentations) directement dans le canevas conversationnel et construire leurs propres agents sans quitter l’interface.
Agent 365, l’indispensable plan de contrôle
Parallèlement, Microsoft officialise la disponibilité prochaine d’Agent 365, un outil de gouvernance centralisée des agents IA annoncé lors de Microsoft Ignite. En disponibilité générale le 1er mai à 15 dollars par utilisateur et par mois, Agent 365 offre aux DSI et RSSI un point unique pour observer, gérer, gouverner et sécuriser les agents déployés dans l’organisation, qu’ils soient natifs Microsoft, créés dans Copilot Studio, ou issus de tiers.
C’est important, parce qu’il n’y aura pas d’IA agentique en entreprise sans une véritable couche de gouvernance. IDC prévoit 1,3 milliard d’agents IA en circulation d’ici 2028, et Microsoft indique que 80 % du Fortune 500 utilisent déjà ses agents. En interne, Microsoft affirme avoir identifié plus de 500 000 agents au sein de sa propre organisation, générant plus de 65 000 réponses par jour pour les collaborateurs, concentrés sur la recherche, le codage, l’intelligence commerciale, le triage client et le self-service RH. Les agents se multiplient déjà comme des petits pains. Les entreprises ne peuvent suspendre plus longtemps le besoin de les identifier, de les contrôler, de les surveiller, de les orchestrer. Et Agent 365 est la réponse de Microsoft.
Microsoft 365 E7 : la « Frontier Suite » à 99 dollars
Plutôt que de nous annoncer une nouvelle hausse des tarifs, Microsoft dégaine un nouveau véhicule commercial pour toute cette stratégie « Agentique » : Il s’appelle Microsoft 365 E7 — sous-titré « The Frontier Suite ».
Disponible le 1er mai à 99 dollars par utilisateur et par mois (oui ça cogne un peu), cette nouvelle licence regroupe Microsoft 365 E5 (60 $), Microsoft 365 Copilot (30 $), Agent 365 (15 $) et la suite Microsoft Entra (notamment Entra ID, ex Azure Active Directory, indispensable à l’identification des agents), ainsi que des capacités avancées de Defender, Intune et Purview.
En additionnant les composants à la carte, on arrive à 117 dollars : la remise est donc d’environ 15 %. Gartner a cependant calculé une décote effective de seulement 13,2 %, jugeant que « des bundles plus gros devraient donner droit à des remises plus importantes » et rappelant que l’écart entre E3 et E5 était plus avantageux. Car le nouveau palier représente tout de même une hausse de 65 % par rapport à l’E5 actuel à 60 dollars, ce qui ne manquera pas de peser dans les arbitrages budgétaires des DSI. D’autant que toutes ces nouvelles briques manquent encore clairement de maturité et que beaucoup sont en « preview ».

Entre promesse et réalité de déploiement
Et c’est bien tout le problème. Chat échaudé craint l’eau froide dit la sagesse populaire. L’expérience des vagues précédentes incite à la prudence. L’avalanche d’annonces de cette Wave 3 doit être lue avec prudence. La Wave 2 a connu un déploiement plus que progressif qui a pris plusieurs mois avant de toucher les tenants européens, avec des fonctionnalités parfois dégradées ou toujours indisponibles dans certaines langues.
Les « vagues Copilot » mettent du temps à se concrétiser, tout particulièrement en Europe. Et la Wave 3 ne fait pas exception.
Copilot Cowork est pour l’instant en « research preview » auprès d’un nombre restreint de clients, et ne sera disponible qu’à travers le programme Frontier, ce fameux dispositif d’accès anticipé de Microsoft, soi-disant réservé aux organisations les plus avancées dans leur adoption de l’IA mais très opaque dans son fonctionnement.
Les capacités agentiques de Wave 3 dans Excel et Word sont annoncées en disponibilité générale, mais PowerPoint et Outlook ne suivront que « dans les mois à venir », une formulation volontairement très vague.
Pour les entreprises européennes, le délai supplémentaire lié aux spécificités réglementaires (RGPD, résidence des données, conformité locale) et au rythme de localisation ajoute systématiquement un à plusieurs trimestres. La réalité concrète pour un DSI français ou européen, c’est que la plupart de ces fonctionnalités ne seront véritablement exploitables dans leur environnement de production que dans la seconde moitié de 2026, voire début 2027 pour les plus complexes d’entre elles. Ce qui doit inviter à la réflexion : on voit de plus en plus Anthropic et OpenAI produire leurs propres extensions pour les produits Microsoft 365. Or ces deux acteurs bougent bien plus vite que Microsoft, et leur IA est au bas mot très concurrentielle face à Microsoft 365 Copilot.
Au fond, Microsoft annonce moins un « nouveau Copilot 365 » qu’un changement de nature de son offre. Copilot n’est plus présenté comme un simple assistant conversationnel, mais comme une interface d’orchestration du travail, capable de mobiliser plusieurs modèles derrière une même enveloppe de gouvernance. C’est habile : plutôt que de parier sur un seul champion des modèles, Microsoft transforme la compétition entre modèles en avantage de packaging et de contrôle.
La Wave 3 vient confirmer au passage la fin du monopole OpenAI dans Copilot. Microsoft ne se contente plus d’utiliser les modèles d’Anthropic à la marge (dans l’outil Researcher ou Excel) : Claude est désormais présent dans l’expérience Chat principale et propulse la fonctionnalité phare de cette vague.
Le pari de l’éditeur n’est plus d’être le meilleur laboratoire d’IA du marché, mais de devenir la couche la plus facile à déployer, administrer et sécuriser pour industrialiser l’agentique au cœur de Microsoft 365. Et Agent 365 est en ce sens la clé de voute de tout l’écosystème IA agentique.
La feuille de route est posée, la monétisation aussi, la concrétisation, elle, prendra encore du temps. Mais on commence enfin à y voir plus clair… Pour les DSI, c’est capital. Surtout à l’heure où nos dépendances aux technologies américaines sont remises en cause…
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