Et si la Chine disposait déjà d'une machine quantique à déchiffrer les clés de sécurité ?

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Et si la Chine avait déjà une machine quantique de déchiffrement des clés ?

Par Laurent Delattre, publié le 08 avril 2024

Le Q-Day est-il déjà derrière nous ? Que la Chine puisse déjà disposer d’un ordinateur quantique lui servant à exécuter l’algorithme de Shor pour casser les clés n’est plus une théorie totalement hypothétique… même si elle reste très peu probable.

Plus que jamais, la Chine se montre particulièrement discrète sur ses capacités informatiques réelles. Un silence qui évidemment ouvre un gouffre aux extrapolations et aux spéculations les plus diverses, alimentant ainsi une curiosité grandissante, mais aussi une certaine méfiance chez les autres nations. Et particulièrement chez les Américains.

La semaine dernière, le CSRB épinglait Microsoft sur sa culture de cybersécurité déficiente. Le rapport s’inquiétait notamment de voir que, neuf mois après les faits, l’éditeur était dans l’incapacité totale d’expliquer comment les hackers chinois ont réussi à falsifier les clés de chiffrement utilisées par Microsoft sur Exchange On Line et infiltrer les emails de centaines de responsables gouvernementaux européens.

L’éditeur avait dans un premier temps expliqué que les hackers avaient probablement récupéré la clé dans un dump mémoire après le crash d’un serveur. Sauf que Microsoft n’a jamais pu étayer cette hypothèse ni trouver la moindre trace d’une telle action. Pire encore, pour expliquer cet incident, l’éditeur a élaboré 46 scénarios possibles et tenté sans le moindre succès de vérifier chacun d’eux.


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Or, parmi ces scénarios, l’un d’eux — bien que considéré comme très peu probable par les experts — inquiète au plus haut point les responsables américains : celui du Q-Day !

La Chine à l’heure du Q-Day ?

Le « Q-Day » marque ce jour très redouté où un état disposera d’un ordinateur quantique suffisamment puissant pour exécuter l’algorithme de Shor et donc d’être en mesure de casser toutes les clés de chiffrement actuelles utilisées pour protéger les données, les transferts, les accès.

Et si ce jour était déjà passé ? Les Chinois sont-ils finalement plus avancés en quantique que nous ne le pensons et que nous le sommes ?

Plusieurs éléments viennent donner suffisamment de corps à la théorie pour que de hauts responsables américains et le CSRB osent l’évoquer « au conditionnel » en public.

Des signes qui entretiennent l’angoisse

Tout d’abord, il paraît de plus en plus évident que le Frontier américain n’est pas le premier ordinateur exaflopique à avoir vu le jour. Deux supercalculateurs chinois l’auraient précédé avec 12 à 18 mois d’avance si l’on s’appuie sur ce que l’on peut lire entre les lignes des études publiées par les chercheurs chinois qui y ont accès. Il est vrai que depuis 2021 la Chine ne communique plus à TOP500.ORG les benchmarks de ses HPC. Cette puissance de calcul peut-elle être utilisée pour casser ou dénicher des clés dans certaines circonstances ou avec des IA ?

Dans un même ordre d’idées, on ignore tout des capacités des machines quantiques développées par les Chinois. Mais on sait que ces derniers ont une maîtrise avancée de certaines technologies de Qubits et qu’ils ont déjà développé plusieurs machines analogiques dont certaines dédiées à un algorithme donné. La Chine a d’ailleurs revendiqué la suprématie quantique à deux reprises en 2020 avant de se terrer dans un grand silence. On peut raisonnablement penser que construire une machine quantique analogique pour exécuter l’algorithme de Shor ait forcément traversé l’esprit d’au moins un dignitaire chinois. D’autant que selon les agences américaines, la Chine aurait alloué 15,3 milliards de dollars l’an dernier à des projets quantiques.

Dernier élément, et non des moindres, une publication récente de chercheurs de Alice & Bob montre que l’exécution de l’algorithme de Shor nécessite 200 fois moins de qubits que ce que l’on pensait nécessaire. En réalité, 100.000 qubits pourraient suffire, voire 10.000 qubits logiques. Le Q-Day s’est alors soudainement rapproché. En l’absence du moindre détail sur les avancées chinoises en matière de quantique, tous les fantasmes sont possibles !


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Il n’en faut évidemment pas plus pour voir ressurgir les théories les moins probables et inviter les dirigeants à se poser des questions. Dans un article de blog de mars, Microsoft explique que « l’hypothèse principale reste celle d’erreurs opérationnelles ayant entraîné une divulgation de la clé hors de l’environnement de signature des jetons. » Cependant, les révélations du CSRB montrent à quel point la menace des avancées quantiques de la Chine est prise au sérieux aussi bien par Microsoft que par les agences de renseignement et de sécurité américaines.

En espérant bien sûr que tout ceci ne soit réellement encore que de la science-fiction…


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