France Quantum 2026 : un milliard pour industrialiser le quantique

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France Quantum 2026 : vers l’industrialisation

Par Guillaume Perissat, publié le 02 juillet 2026

À France Quantum 2026, le message est clair : l’heure n’est plus à la démonstration scientifique de l’informatique quantique, mais à l’industrialisation. Avec l’annonce d’un milliard d’euros supplémentaires de financements publics, une stratégie recentrée sur les usages et un appel appuyé à la souveraineté européenne, l’écosystème français entend franchir un cap. Mais entre promesses technologiques qui restent à concrétiser, préparation à la cybersécurité post-quantique et cas d’usage encore émergents, le chemin reste jalonné de défis.

Pour sa cinquième édition, France Quantum a réuni près de 2 000 participants venus d’une dizaine de pays autour d’un même objectif : rencontrer leurs pairs de l’écosystème de l’informatique quantique et écouter la soixantaine d’intervenants, issus du public et du privé, nous parler du changement d’échelle.

Cinq ans après le lancement de la stratégie nationale quantique, la France affiche désormais une ambition renouvelée. L’annonce présidentielle d’un milliard d’euros supplémentaires pour la période 2026-2030 porte les investissements publics à près de 3 milliards d’euros. L’objectif est assumé : faire émerger des champions européens capables de rivaliser avec les États-Unis et la Chine.

Horizon 2032

« Les technologies quantiques constituent une avancée technologique majeure et un enjeu de souveraineté de premier plan. L’informatique, les capteurs et les communications quantiques sont appelés à révolutionner la chimie, la santé, les télécommunications, l’énergie, la défense et la cybersécurité. Les ordinateurs quantiques pourraient potentiellement compromettre des systèmes de chiffrement largement utilisés », résume Anne Le Hénanff lors de l’ouverture de l’événement.

« Au cours des cinq dernières années, la France et l’Europe ont prouvé qu’elles pouvaient rivaliser avec les géants mondiaux du quantique. Nous avons bâti un écosystème complet, allant de l’enseignement à l’industrie, et déployé des infrastructures de premier plan », poursuit la ministre déléguée au numérique. Pour autant, « le plus dur reste à faire : les cinq prochaines années seront celles de l’industrialisation ».

La souveraineté européenne comme fil conducteur

Cette nouvelle phase s’appuie sur l’annonce d’Emmanuel Macron le 22 mai dernier : un milliard d’euros supplémentaires seront investis entre 2026 et 2030 afin d’accélérer le développement des technologies quantiques. La feuille de route repose sur cinq priorités : le matériel, les logiciels et algorithmes, la recherche fondamentale, les talents et la réglementation européenne « pour favoriser l’émergence de champions européens et l’indépendance technologique ».

Au-delà des annonces budgétaires, un thème a dominé l’ensemble des interventions : la souveraineté technologique. Concrètement, l’objectif à l’horizon 2032 est de parvenir à un ordinateur quantique « fault-tolerant » et à un secteur industriel pleinement intégré, allant des puces aux applications.

Pour Loïc Le Loarer, coordinateur de la Stratégie nationale quantique, l’enjeu est désormais d’augmenter l’ambition technologique. « Notre objectif initial était d’atteindre 100 qubits logiques d’ici 2030. Nous estimons désormais que notre cible devrait être de 1 000 qubits logiques d’ici 2032 », explique-t-il.

Buy European First et financements publics

Un saut qui nécessite de soutenir non seulement les fabricants d’ordinateurs quantiques, mais aussi toute la chaîne industrielle, des composants électroniques aux logiciels. C’est pourquoi « écosystème » était le maître-mot de cette édition 2026 de France Quantum.

Face aux investissements massifs américains et chinois, les responsables français plaident désormais pour une véritable politique industrielle européenne. L’idée d’un « Buy European First » revient régulièrement dans les débats. Olivier Biton, Group CIO du Crédit Agricole, estime que l’Europe dispose déjà des ingrédients nécessaires (infrastructures, startups, recherche et capacités énergétiques) mais qu’elle doit désormais investir à la bonne échelle, mieux coordonner les initiatives et privilégier les technologies européennes plutôt que de reproduire les erreurs passées consistant à acheter systématiquement des solutions étrangères.

« Aujourd’hui, le logiciel ne bénéficie pas d’un soutien suffisant en France, et nous entendons combler cette lacune. Notre soutien couvrira l’ensemble de la pile logicielle, de l’infrastructure de bas niveau jusqu’aux algorithmes et aux applications », souligne Loïc Le Loarer. « Nous voulons également garantir que les chercheurs comme les industriels aient accès à des systèmes quantiques de pointe ».

Cette volonté se traduit également par un appel à un Quantum Act européen et à un programme massif d’achats publics de calculateurs quantiques afin de créer un véritable marché intérieur pour les acteurs européens.

Les industriels privilégient le pragmatisme

Si les pouvoirs publics affichent leurs ambitions, les grands groupes présents à France Quantum restent prudents. Samih Souissi, Chief of Staff du département Expertise de l’ANSSI, a repris l’image de l’œuf et de la poule au sujet du quantique, appliquée au marché et aux cas d’usage. Lequel vient le premier ?

« L’informatique quantique représente la prochaine frontière, mais il reste encore à démontrer des cas d’usage concrets », reconnaît Patrick Bastard, chez Renault Group. Après la révolution du calcul haute performance puis celle de l’intelligence artificielle, le constructeur automobile considère l’informatique quantique comme une technologie stratégique, mais encore immature.

Les premières pistes sont néanmoins identifiées : accélérer la découverte de nouveaux matériaux, optimiser certaines simulations numériques ou encore réduire l’empreinte énergétique des modèles d’intelligence artificielle. Toutefois, insiste-t-il, « il ne s’agit pas seulement de matériel, mais aussi d’algorithmes », qui restent largement à inventer.

Même prudence du côté de BBVA. « Nous nous concentrons principalement sur des cas d’usage apportant une réelle valeur aux métiers », explique Escolástico Sánchez Martínez. La banque travaille notamment sur la détection de fraude, la gestion de portefeuille ou les modèles de pricing, des domaines où les futurs algorithmes quantiques pourraient offrir un avantage concret.

La cryptographie post-quantique devient un projet IT

Le sujet le plus mature n’est finalement pas le calcul quantique lui-même, mais ses conséquences sur la cybersécurité. S’il existe un domaine où les entreprises ne peuvent plus attendre l’arrivée d’ordinateurs quantiques pleinement opérationnels, c’est bien celui-ci. Les échanges sur scène entre l’ANSSI, FDJ United et QPerfect ont montré que la migration vers la cryptographie post-quantique (PQC) doit d’ores et déjà être préparée.

C’est le sens de la recommandation de l’ANSSI, d’intégrer le chiffrement post-quantique dès l’an prochain. « Il faut l’anticiper, bien y réfléchir et bien le préparer, afin d’éviter des migrations coûteuses », insiste Samih Souissi. « La migration vers le chiffrement post-quantique doit être intégrée au cycle de vie de l’IT ».

Trois étapes pour bien commencer

Chez FDJ United, Bertrand Le Piolot décrit une démarche déjà structurée autour de trois étapes : inventaire des usages cryptographiques, Proof of concept des nouveaux algorithmes puis définition d’une feuille de route de migration avec les équipes IT. « C’est un projet vaste, car la cryptographie est omniprésente ; notre principale préoccupation concerne la méthodologie de l’inventaire cryptographique. Nous étudions plusieurs pistes, mais n’avons pas encore de réponse définitive », rappelle-t-il.

S’y ajoute un sujet de sensibilisation, s’étendant du comité exécutif jusqu’aux équipes informatiques. Un point « crucial », selon le RSSI de la FDJ, « car il s’agit d’un projet majeur qui s’étalera sur plusieurs années et nécessitera soutien et sponsors ». Pour Samih Souissi, les prestataires informatiques, s’ils n’ont pas encore commencé à mettre en œuvre la PQC, doivent se lancer.

« Nous avons également besoin d’offres de conseil pour accompagner cette transition », poursuit-il. « Quant aux utilisateurs, apprenez à bien connaître votre système d’information, organisez-vous, préparez-vous à tous les niveaux et intégrez cette démarche dans le cycle de vie des systèmes en privilégiant les cas d’usage prioritaires ».

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