La technologie peut elle résoudre tous nos problèmes et est-ce vraiment pour le meilleur ?

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La technologie devrait-elle résoudre tous nos problèmes ?

Par La rédaction, publié le 08 août 2022

La technologie peut-elle, et plus encore doit-elle, résoudre tous les problèmes auxquels l’humanité est confrontée ? Dans un monde où l’ingénieur est roi et où l’innovation technologique prime sur toute autre forme d’innovation, n’est-il pas temps de reprendre de la hauteur ?

Par Christian Fauré, Directeur scientifique d’Octo Technology et directeur de l’USI

On constate aujourd’hui que la pensée de l’ingénieur est devenue dominante : ce sont d’ailleurs ses ingénieurs- entrepreneurs que la Silicon Valley met en avant et qui nous font adopter en France les idées de la « Start-up Nation » ou de « l’État-Plateforme ». Est-ce vraiment pour le meilleur ?

Cette hégémonie se manifeste par la propension à mettre en avant des technologies pour résoudre toutes sortes de problèmes. Le slogan d’Apple, « There’s an app for that », capture bien cet air du temps. Cette évolution interroge et nous fait poser la question : la technologie ne deviendrait-elle pas une forme contemporaine de la croyance aveugle ?

Quand Chris Anderson publie son article « The end of theory, the data deluge makes the scientific method obsolete » dans le magazine Wired en 2008, c’est un véritable choc : la pensée scientifique serait devenue obsolète, et il n’y aurait qu’à fournir des données à des algorithmes pour résoudre n’importe quel problème.

Dès lors, à quoi bon développer savoirs et expertises si les machines nous surpassent en rapidité comme en efficience ?

L’impasse du solutionnisme technologique

Dans sa tribune « AI is not an excuse » (parue dans le magazine Association for Computer Machinery en octobre 2019), le directeur scientifique de Google, Vint Cerf, prend le contre-pied.
Il met en garde les entreprises contre cette tendance à se reposer sur les solutions magiques de l’IA. Un problème compliqué à résoudre ? Il n’y a qu’à attendre et laisser le machine learning s’en occuper ! Pour Vint Cerf, le constat est sans appel : les entreprises sont devenues fainéantes, et bien au sens négatif du terme.

Cette recherche permanente d’une solution clé en main occulte bien souvent une lacune : le peu de temps passé à poser complètement les problématiques que l’on souhaite résoudre, à définir leur périmètre, à écouter les griefs qu’elles génèrent, à en comprendre les causes, pour ne pas se laisser leurrer par les promesses technologiques.

Ce qu’Evgeny Morozov dénonçait également dans son livre « Pour tout résoudre cliquez ici ». L’aberration du solutionnisme technologique devient aujourd’hui manifeste, et le regard porté sur les technologies (IA, cryptomonnaies, métavers, et autres buzzwords) est désormais beaucoup plus suspicieux.
Au point que certaines d’entre elles sentent le soufre, vu la concentration d’intrigants opportunistes qui y gravitent dans l’espoir de faire des coups, comme les joueurs de pokers peuvent le faire en utilisant des pratiques de bluff.

Tout problème n’a pas nécessairement sa solution

Nous avons appris que les solutions technologiques ne sont pas nécessairement des solutions tout court. Au contraire, elles peuvent générer de nouveaux problèmes, notamment sociaux et environnementaux. Nous savons également que certains problèmes sont ainsi faits qu’ils ne peuvent avoir de solutions… ou, plus précisément, aucun remède qui parviendrait à éradiquer ou supprimer le problème. Car bien souvent, nous ne faisons que le déplacer.
C’est ce que l’architecte et urbaniste Horst Rittel désignait sous le terme de « wicked problems », que l’on pourrait traduire en français par « problèmes fourbes ».

Ils ont ceci de fourbe qu’ils ne se prêtent pas à une solution au sens où l’on pourrait résoudre un problème de mathématique ou d’ingénierie simple : le tracé d’une nouvelle autoroute ou l’aménagement du territoire, qui lui servent à illustrer son propos, ne font pas que des heureux. Il nous faut donc faire le deuil de cette issue unique, ultime, pérenne, entièrement consensuelle et systématiquement portée par la technologie.

Celle-ci, ainsi que le monde industriel, y compris dans sa composante numérique, sont à présent convoqués au tribunal de l’environnement : effet rebond, extraction de matière premières, impact carbone, externalités négatives, etc. Ne serait-il pas temps de prôner un usage plus responsable et mesuré des technologies ? Pour cela, il est urgent pour l’entreprise de développer une véritable vision à long terme des solutions qu’elle propose, utilise et achète. Au risque, sinon, que la réponse d’aujourd’hui devienne le problème insoluble de demain.

Les savoirs plutôt que les technologies

Pour éviter de tomber dans le piège du solutionnisme technologique, il est bon de se rappeler que certaines d’entre elles passent par des savoirs qui peuvent faire l’économie de procédés complexes.

Bill Gates est l’archétype de l’ingénieur fasciné par les problèmes que peut résoudre la technologie. Ainsi, dans le cadre de sa fondation, il a lancé une grande initiative pour s’attaquer aux toilettes et à la difficulté de la gestion des excréments dans le monde.
L’initiative est louable, mais elle a surtout produit des solutions très techniques qui peinent à trouver leur application dans le monde réel, là où le biologiste suisse Philippe Morier-Genoud, comme le montre le documentaire « La grande bataille des toilettes », élabore une solution moins technologique, mais beaucoup plus efficiente et réaliste, basée sur… l’utilisation de vers de terre !

 


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