Comme chaque année Forrester se livre à des prévisions pour l’année à venir dans différents domaines. La firme vient de publier ses prévisions autour du Cloud. Elles sont moins osées que l’an dernier mais probablement plus justes.

En 2020, Forrester s’était montré particulièrement audacieux dans ses prévisions autour du Cloud. Bien évidemment, la pandémie est venue fausser la donne. Quand bien même, l’audace n’a pas payé et Forrester s’est plutôt largement trompé.

Forrester voyait ainsi Oracle et IBM lever le pied sur leurs investissements Cloud. Il n’en a rien été. C’est même tout l’inverse. Oracle Cloud a plutôt mis les bouchées doubles et a su séduire des clients comme Zoom. En revanche, Forrester voyait IBM se focaliser sur Red Hat, et cela a été largement le cas d’autant que les Cloud Paks – qui sont aujourd’hui au cœur de l’offre de Big Blue – sont construits autour de Red Hat.

Forrester voyait aussi Istio et Knative souffler comme un raz de marrée et tout emporter dans le sillage de Kubernetes. Même si ces technologies ont effectivement encore gagné en notoriété en 2020, elles restent très concurrencées et la pandémie a en partie freiné la pénétration de Google Anthos qui devait servir d’accélérateur d’adoption à Knative et Istio.

5 Prédictions Cloud 2021

En introduction de ses prédictions Cloud 2021, Forrester rappelle que les clouds ont été construits pour gérer des échelles massives. Il constate que les réponses pandémiques s’appuient fortement sur cette possibilité d’adaptation à de nouvelles exigences commerciales.
Ainsi, AWS, Azure, Google Cloud et Alibaba Cloud ont vu la demande et les recettes augmenter en 2020… Des demandes et des recettes qui vont continuer d’augmenter encore plus vite en 2021 !
Forrester formule ainsi ses prédictions qui, cette année, sont bien moins audacieuses que l’an passé :

1- Les revenus du cloud public retrouveront une hyper croissance, le cloud animant la reprise post-pandémique

Les fournisseurs de cloud public ont aidé les entreprises à basculer rapidement leur workload vers le cloud pour permettre leur accessibilité à un monde confiné, à réaliser des transformations numériques sans cesse repoussées, à adopter de nouveaux modèles de Business  (e-commerce, vente en ligne, etc.).

Forrester avait précédemment prédit que le marché des infrastructures de cloud public augmenterait de 28% pour atteindre 113,1 milliards de dollars en 2021. Mais la crise pandémique a permis aux clouds publics de maintenir en 2020 une croissance supérieure à cette prévision : 29% pour AWS, 47% pour Micorsoft, 43% pour Google Cloud, 59% pour Alibaba Cloud.

Forrester prédit désormais que le marché du cloud public augmentera de 35% en 2021 pour atteindre les 120 milliards de dollars. Cette prédiction nous paraît en effet des plus crédibles.

Forrester prédit également, mais il l’avait déjà annoncé l’an dernier, qu’Alibaba Cloud deviendra le troisième cloud public devant Google Cloud. Nous sommes plus sceptiques face à cette prévision car les tensions géopolitiques ne tourneront pas forcément en faveur d’Alibaba Cloud et que nous continuons de penser que la stratégie Anthos de Google, même si elle est aujourd’hui fortement concurrencée par VMware (vSphere 7.1 + Tanzu) et par Nutanix (Karbon + Karbon PaaS), est un cheval de Troie bien vu pour accélérer sur Google Cloud.

2 – Les solutions « on-premises » de Disaster Recovery disparaîtront en 2021, les redémarrages s’effectuant dans le cloud

Les PRA, PCA et autres plans de reprise d’activité après sinistres sont des scénarios largement simplifiés par le cloud. Certains rétorqueront à raison que l’hyperconvergence les a tout autant simplifiés. Mais même VMware et Nutanix ont intégré à leurs offres du « DR as Service » dans le cloud.

Forrester prédit en 2021 une augmentation de 20% du marché des services DraaS. Une prédiction qui nous paraît logique tant les processus se sont simplifiés et tant les solutions se révèlent souvent plus économiques qu’une implémentation redondante en mode actif/actif.

3 – La consommation de technologies natives du cloud va augmenter, avec une adoption sans serveur en augmentation de 25 %

Les containers, Kubernetes et le Serverless vont continuer d’aider les entreprises à moderniser leurs applications. Toute la vision de VMware pousse d’ailleurs dans ce sens. Et cette modernisation des applications ne peut que servir les clouds publics.

Forrester estime qu’avant la pandémie, 19% des développeurs utilisaient fréquemment les « Serverless Functions », et 22% des développeurs utilisaient des containers pour exécuter des applications dans le cloud public. D’une manière plus générale, le Forrester estime qu’il n’y a plus qu’un quart des développeurs de la planète qui n’ont pas aujourd’hui affaire aux containers.

Forrester prédit que les entreprises vont renforcer leur stratégie de développement en mode « public cloud native first ». Nous sommes d’autant plus d’accord avec cette prédiction que l’adoption d’une telle stratégie se fait avec cette idée qu’au besoin si une application tourne sans problème sur le cloud public, elle en fera autant s’il faut la rapatrier « on premises » grâce à Kubernetes et des solutions comme VMware Tanzu Kubernetes Grid, Nutanix Karbon, Google Anthos ou IBM Cloud Paks.

Forrester prédit ainsi qu’en 2021, 25% des développeurs feront appel aux Serverless Functions régulièrement et que 28% des développeurs utiliseront régulièrement des containers via des solutions CaaS (Container as a Service).

4 – En 2021, les gouvernements vont encore davantage limiter le choix des entreprises en matière de cloud public

C’est sans doute la prédiction la plus originale du Forrester. Elle n’en demeure pas moins terriblement vraie. Et on le voit très bien aujourd’hui en France avec les débats autour de la Plateforme de Données de Santé (Health Data Hub) hébergée sur Azure et que le gouvernement français est en passe de déplacer sur un cloud plus européen.
La Géopolitique internationale a conduit le gouvernement américain à mettre en place de fortes restrictions sur les clouds de Huawei mais aussi de Tencent, Alibaba et Baidu.
Et en Europe, le lancement de Gaia-X sera à n’en pas douter accompagné de restrictions d’usage d’autres clouds sur de nombreuses données à caractère personnel comme on le voit déjà avec les données de santé. L’effondrement du Privacy Shield va, en Europe, jouer en défaveur des grands clouds américains en 2021.

En 2021, Forrester prévoit que davantage de réglementations restreignant un libre usage du cloud public verront le jour. Elles obligeront les utilisateurs de cloud à choisir avec soin quels fournisseurs Cloud Public desserviront chaque région où ils font du Business. Des décisions qui ne seront pas faciles préviennent les analystes du Forrester. Et sur ce point, on veut bien les croire.

5 – Les marketplaces vont voir leur adoption encore augmenter mais pas autant que ne le suggère le battage médiatique.

« Les places de marché font fureur explique Forrester. Tout le monde en a une, mais l’usage reste léger. Qu’il s’agisse d’un marché SaaS, d’un regroupement de technologies propres à l’industrie, d’un fournisseur de cloud ou d’un marché de développeurs, les activités demeurent limitées ».
Pour le coup, la prédiction du Forrester n’est pas d’une clarté limpide. Elle semble se limiter aux marketplaces de services et solutions techniques intégrées au grand cloud public, et non aux marketplaces grand public comme Cdiscount, Amazon, ou AliExpress. Mais on ne voit pas bien où est le battage médiatique les concernant.

Pour Forrester, avant la pandémie mondiale, seulement 1 % des acheteurs ont utilisé les marketplaces technologiques comme canal d’achat. Dans une enquête post-pandémique, 28 % des acheteurs mondiaux prévoyaient une augmentation des dépenses sur ces marketplaces dans les mois à venir.

En 2021, Forrester estime quand même que l’utilisation des marketplaces technologiques triplera, mais ne représentera encore qu’environ 3 % du total des dépenses technologiques.