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Octave Klaba (OVHcloud) : « Nous allons changer de dimension »

Par Thierry Derouet, publié le 29 novembre 2023

C’est à l’occasion de la dixième édition de son Summit qu’OVHcloud a dévoilé ses nouvelles ambitions avec notamment le lancement de 26 nouveaux produits.

Changement de braquet chez OVHcloud. C’est lors de la conférence de presse qui a précédé la dixième édition de son Summit, qu’Octave Klaba – fondateur, président et actionnaire à hauteur de 70 % d’OVHcloud – a dévoilé de nouvelles ambitions pour son groupe.
Le leader européen du cloud entend marquer les esprits avec plusieurs éléments : un portefeuille de 40 produits dans le cloud public, l’ouverture à venir de « 150 zones locales » qui seront autant de poissons pilotes pour tester de nouveaux marchés et 100 cas d’usages multisectoriels (e-commerce, finance, télécoms, commerce de détail, secteur public) comme pour rappeler que le Cloud c’est avant tout un ensemble de services métiers. Sans oublier les deux innovations du moment : l’IA et le quantique !

L'offre d'OVHCloud repose sur un portefeuille de 40 produits dans le domaine du Public Cloud, couvrant un éventail de services incluant sécurité, calcul, stockage, bases de données, services réseau, analytique, intelligence artificielle, et quantique.
L’offre d’OVHCloud repose sur un portefeuille de 40 produits dans le domaine du Public Cloud, couvrant un éventail de services incluant sécurité, calcul, stockage, bases de données, services réseau, analytique, intelligence artificielle, et quantique.

Embarquer partenaires, ESN et clients

Pour OVHcloud, c’est aussi un changement de tonalité. Car quand Octave Klaba assure ne plus vouloir parler techno, mais usages métiers, il pense avant tout à mettre en avant son écosystème partenaire qu’il veut embarquer notamment pour démocratiser les usages de l’IA grâce au développement d’une marketplace. Il souhaite également séduire les Entreprises de Services Numériques (ESN) pour qu’elles puissent être dans le concret avec leurs propres clients : « Il faut comprendre les problématiques spécifiques des métiers non pas pour indiquer ce que l’IA va coûter mais les aider à savoir si cela va être rentable ».

S’assumer en leader européen

Ce changement de braquet initié notamment en 2022 avec l’acquisition de ForePaaS, l’éditeur français d’une plateforme analytique et de data science ainsi que de nombreuses autres acquisitions ciblées (gridscale, OpenIO, BuyDRM, Exten Technologies…) permet au fournisseur d’afficher aujourd’hui une roadmap digne d’intérêt.

Finie, selon Michel Paulin, directeur général, l’idée selon laquelle OVHcloud ne peut pas aller venir chatouiller les services proposés par les hyperscaleurs américains avec plus de 40 produits de Cloud public, couvrant un éventail de services incluant sécurité, calcul, stockage, bases de données, services réseau, analytique, intelligence artificielle, et quantique : « Nous sommes le seul européen dans le top 10 mondial », rappelle-t-il.

De nouveaux terrains de jeu

Mais plus encore, l’acquisition de ForePaaS permet au cloud français de prendre un peu de hauteur au dessus de ses services IaaS de calcul et stockage pour se positionner carrément en face de Databricks, Snowflakes et autres Microsoft Fabric. Joueur ? Non, confiant! Car avec 900 ingénieurs sur les 2300 salariés que compte le groupe, il peut porter l’ambition, comme le souligne Klaba, de proposer « des services avec nos valeurs européennes grâce à une approche beaucoup plus systémique ».

Sur de nouveaux territoires

Car le changement est également territorial. OVHcloud prévoit ainsi d’ouvrir des Local Zones, comprenez ici venir s’installer avec certaines de ses infrastructures sous forme de mini-datacenters au plus proche de ses clients avec dans un premier temps plus de 18 Local Zones en Europe (EMEA), aux États-Unis et dans le reste du monde. L’ambition est grande : 150 Local Zones devraient donc être déployées dans les trois prochaines années. Les deux premières Local Zones seront situées à Madrid et Bruxelles avec un ensemble de service (compute, file, block et réseau). Et comme le souligne, Octave Klaba, « cela va nous permettre d’avoir une approcha centrée sur la demande de nos clients en leur apportant au besoin de nouveaux services avec des investissements beaucoup plus simples à rentabiliser ».
Ces Local Zones visent principalement des clients en quête de faible latence réseau et ceux soumis à des obligations règlementaires de localisation des données. C’est aussi un bon moyen de tester le marché local ou proximité avec cette idée que si une Local Zone devient très populaire et dépasse les 50 baies de serveurs, l’implantation d’un vrai datacenter méritera d’être étudiée. Et cette capacité à créer des “zones locales” à volonté ou presque devrait aussi permettre à OVHcloud d’installer directement une telle zone dans un datacenter d’un gros client qui en ferait la demande (à la manière de ce que Oracle peut proposer avec “Oracle Compute Cloud@Customer” ou AWS avec ses Outposts).

Cloud de confiance européen

OVHcloud annonce que, parmi ses 45 datacenters (en 2024, 38 actuellement) répartis dans 9 pays, son troisième datacenter certifié SecNumCloud sera inauguré le mois prochain à Gravelines. Ayant déjà attiré plus de 80 clients « SecNumCloud », dont Michelin, Airbus, et Docaposte, le fournisseur de cloud français aspire à renforcer sa position auprès des grandes entreprises. Cependant, un travail considérable reste à accomplir, tel que convaincre SAP que l’offre SecNumCloud peut épauler leur solution Rise. Michel Paulin suggère que SAP détient la clé de cette évolution. Néanmoins, gagner la confiance implique d’obtenir l’ensemble des certifications nécessaires. OVHcloud a de solides atouts, détenant non seulement la certification de l’ANSSI, mais également la C5 en Allemagne, l’AGID en Italie, ainsi que les normes ISO 27001, 27701 et le HDS (Hébergement de Données de Santé).

OVHcloud n’oublie pas l’IA

OVHcloud ne néglige pas le secteur de l’intelligence artificielle. L’entreprise innove avec le lancement de nouvelles offres IA, s’appuyant sur sa “data platform” unifiée et low code. Thierry Souche, directeur technique, expose une démarche pragmatique : « Notre objectif est de faciliter l’accès à l’IA pour les entreprises, en assurant la sécurité des données et en garantissant l’ouverture des modèles. »

OVHcloud consolide ainsi sa gamme de solutions PaaS pour l’IA, comprenant les services managés AI Notebooks, AI Training et AI Deploy, afin d’accompagner le cycle de vie complet des données, depuis l’idéation jusqu’à la mise en production des modèles d’apprentissage automatique (ML). La plateforme propose également une gamme de modèles pré-entraînés, développés en collaboration avec divers partenaires, dont Lettria et Voxist.

L’entreprise innove avec le lancement de nouvelles offres IA, s’appuyant sur sa plateforme de données unifiée et low code.

nVidia inside !

Pour favoriser le développement d’infrastructures IA performantes, OVHcloud a enrichi son offre avec une sélection complète de GPUs NVIDIA, incluant les modèles récents tels que les H100, A100, L40S, L4, A10 et H100 SXM5. Ces processeurs graphiques sont disponibles via des instances GPU spécialisées et, pour certains, comme options de calculs avancés pour AI Deploy. Cette initiative marque un progrès notable dans le renforcement de l’infrastructure dédiée à l’intelligence artificielle chez OVHcloud.

Sustainability sinon rien

Le groupe a également mis l’accent sur son engagement pour un cloud écoresponsable, en adoptant des technologies soucieuses de l’environnement et en lançant une calculatrice d’empreinte carbone permettant aux clients d’évaluer l’impact environnemental de l’utilisation de ses services cloud.

Par ailleurs, OVHcloud souligne ses investissements dans le domaine émergent du calcul quantique, illustrés par l’acquisition de l’ordinateur quantique de Quandela et le développement de nouveaux notebooks en collaboration avec Alice & Bob dont l’émulateur quantique “Felis” fait par ailleurs officiellement son apparition dans l’offre QaaS (Quantum as a Service) de l’opérateur cloud. Face à la multitude de pistes à explorer dans le secteur quantique, identifier l’investissement le plus judicieux s’avère être un réel défi.

De telles ambitions ne sont rien si elles ne sont pas accompagnées de résultats financiers solides pour l’année fiscale 2023. Avec un chiffre d’affaires de 897 millions d’euros et un EBITDA de 355 millions d’euros, Octave Klaba se veut être le plus serein : « Nous avons mis 20 ans pour en arriver là, et si je dois consacrer 50 ans de ma vie pour accompagner cette ambition, je suis prêt ! »

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