Les dépenses IT en 2026 seront encore plus importantes qu'anticipé selon le Gartner

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Dépenses IT 2026 : Gartner relève sa prévision à 6 310 Md$ sous l’effet de l’accélération IA

Par Laurent Delattre, publié le 28 avril 2026

Six mois après avoir annoncé un franchissement « historique » de la barre des 6 000 Md$ en 2026, le Gartner relève à nouveau ses prévisions de dépenses IT mondiales. Et ceci malgré la conjecture mondiale. Le cabinet anticipe désormais 6 310 Md$ pour cette année, soit une croissance de 13,5 % au lieu des 9,8 % envisagés en octobre 2025. Une révision portée par une nouvelle vague d’investissements dans les infrastructures IA, qui creuse encore l’écart entre un marché des datacenters en surchauffe et des segments plus traditionnels confrontés à l’inflation des composants.

En octobre 2025, le Gartner anticipait un marché IT mondial à un peu plus de 6 000 Md$ pour 2026, en croissance de 9,8 %. Trois mois plus tard, en février, le cabinet relevait déjà la barre à 6 150 Md$, soit 10,8 % de croissance. Dans une nouvelle publication datée de la semaine dernière, l’analyste anticipe désormais un marché de 6 310 Md$ et une croissance de 13,5 %. Soit, en l’espace de deux trimestres, près de 300 Md$ ajoutés à la projection initiale et une croissance révisée de près de quatre points.

« Cette dernière prévision met en évidence l’accélération de la dynamique autour de l’infrastructure IA et de la mémoire avancée », souligne John-David Lovelock, Distinguished VP Analyst chez Gartner. « À mesure que les charges de travail IA montent en puissance, les investissements dans les datacenters s’accélèrent, ce qui alimente à son tour une demande croissante de calcul haute performance. Cette mécanique crée des opportunités de croissance significatives pour les fournisseurs de processeurs optimisés IA, d’accélérateurs et des technologies habilitantes associées. »

Datacenters : la déflagration des dépenses CAPEX

Le segment qui concentre toute la nouveauté de ce nouveau rapport est sans surprise celui des « Data Center Systems » (systèmes pour centre de données), dont la croissance attendue passe à +55,8 % sur 2026 !

Concrètement, les dépenses mondiales sur ce segment sont projetées à 788 Md$ contre 506 Md$ en 2025. La révision est sans précédent dans l’histoire récente du baromètre Gartner : en février, le cabinet attendait encore une croissance de 31,7 % et un marché à 653 Md$. Deux mois plus tard, c’est 134 Md$ supplémentaires qui viennent s’agréger à la seule catégorie datacenter, soit l’équivalent du chiffre d’affaires annuel d’un hyperscaler de second rang.

Cette accélération matérielle reflète directement les engagements financiers annoncés par les hyperscalers depuis le début de l’année : plus de 600 Md$ de CAPEX cumulés sur 2026 (selon S&P Global) pour Microsoft, Google, Amazon et Meta, auxquels s’ajoutent les méga-projets d’OpenAI (notamment depuis sa levée de 110 Md$ et son rapprochement industriel avec AWS) et de quelques nouveaux entrants chinois. À cela s’ajoute la pression croissante sur les mémoires HBM, dont la rareté et le coût soutiennent mécaniquement les valeurs facturées sur l’ensemble de la chaîne serveur.

Un marché IT à plusieurs vitesses qui se polarise

Si les datacenters tirent le marché, ils ne sont pas seuls. Le segment logiciel atteindra 1 440 Md$ en 2026, en croissance de 15,1 %, porté par un sous-segment particulièrement dynamique : le développement de modèles GenAI, dont la dépense plus que double d’une année sur l’autre.

Les services IT restent quant à eux le premier poste en valeur absolue, avec 1 870 Md$ attendus (+9,0 %), confirmant la nécessité pour les entreprises de s’appuyer sur des intégrateurs et opérateurs de plateformes pour absorber la complexité induite par leurs projets IA.

À l’opposé du spectre, le segment des terminaux progresse plus modestement : 856 Md$ attendus, soit une croissance de 8,2 % seulement. Le Gartner explique cette modération par la hausse du coût des mémoires, qui tire à la hausse les prix de vente moyens et freine les cycles de renouvellement sur les segments à plus faibles marges.

Les services de communication, eux, ferment la marche avec une croissance de 4,8 %, prolongeant la maturité tarifaire installée d’un secteur arrivé à un palier de saturation.

« Combinées, ces dynamiques mettent en lumière une divergence qui s’élargit entre les marchés IT », analyse John-David Lovelock. « Alors que l’infrastructure IA et les logiciels GenAI font l’objet de révisions à la hausse substantielles, la croissance du segment des terminaux reflète, elle, des pressions persistantes sur les coûts et les prix. »

Ainsi, ce que le Gartner décrit n’est pas seulement une asymétrie de croissance, mais bien une mécanique de transferts. La pression haussière sur les composants critiques de l’IA – mémoires HBM en tête – pèse en aval sur les terminaux PC et les équipements moins margés, qui absorbent une partie du surcoût sans bénéficier symétriquement de la dynamique de demande.

Les DSI vont devoir élaguer le jardin IA

Plusieurs constats émergent de cette nouvelle analyse du Gartner. Le premier est budgétaire : Pour les DSI, la trajectoire décrite (une croissance de plus de 13%) ne signifie pas nécessairement une hausse équivalente de leur budget interne, mais elle annonce une pression accrue sur les prix du cloud, des logiciels enrichis à l’IA et des capacités de calcul spécialisées.
Le second est patrimonial : avec un cycle de renouvellement des terminaux qui se tend sous l’effet de l’inflation mémoire, la planification du parc utilisateur (notamment dans la perspective des « AI PC ») doit être affinée, voire repensée. Un sujet longuement évoqué dans un de nos récents articles : Comment la « Memflation » redéfinit le marché des semi-conducteurs en 2026.
Le troisième est stratégique : la concentration des révisions à la hausse sur les segments « infrastructure IA » et « modèles GenAI » relance le risque de bulle sectorielle dont l’éventuelle correction pourrait se diffuser à l’ensemble du marché.

Pour Gartner, la prochaine étape ne sera pas seulement l’accélération des investissements, mais aussi le tri des projets IA selon leur valeur métier réelle. Une posture d’autant plus indispensable que la facture, elle, continue de grimper plus vite que prévu.

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