Gemini 4 Carbon, l’IA de Google qui débusque les failles plus vite qu’on ne les corrige

Data / IA

Google a son Mythos. Il s’appelle Carbon

Par Laurent Delattre, publié le 30 octobre 2026

Deux semaines après avoir mis son Gemini 4 Argon à disposition de tous, Google dévoile un modèle encore plus puissant et surtout particulièrement redoutable en cybersécurité. Après Mythos et Astra-Red, Carbon pose autant de questions sur l’usage de ces IA que sur leurs performances.

À peine Gemini 4 Argon installé dans les offres de Google, voici déjà Carbon. C’est d’ailleurs une surprise. On attendait plutôt l’éditeur sur les modèles plus petits avec une déclinaison Flash de Gemini 4. Mais c’est dans l’autre direction que Google a poursuivi ses efforts, en repoussant la frontière de ses modèles… frontière.

Le géant de Mountain View accélère dans une course où Anthropic a pris une longueur d’avance médiatique avec Claude Mythos. Car Carbon n’est apparemment pas destiné à tomber entre toutes les mains. Il entre dans la catégorie privilégiée des modèles capables de débusquer des vulnérabilités, de les exploiter et, espérons-le, de les corriger avant les cybercriminels.

Tout comme Anthropic réserve Mythos aux membres de son programme Glasswing, qu’Anthropic réserve la version Red d’Astra aux membres de Daybreak, Gemini 4 Carbon n’est, tout au moins pour l’instant, destiné qu’aux membres du programme Google Fairwind.

Carbon repousse la frontière

Gemini 4 Argon n’avait pourtant rien d’un modèle au rabais. Réservé d’abord aux membres de Fairwind, puis ouvert au public le 13 octobre, il se présentait déjà comme un modèle « frontière » généraliste. Ses points forts ? Le raisonnement, le développement logiciel, les tâches professionnelles complexes et les agents appelés à tourner longtemps. Avec sa fenêtre contextuelle d’un million de tokens, partagée entre l’entrée, le raisonnement et la réponse, il peut analyser de vastes bases de code source ou enchaîner une longue série d’étapes sans se prendre les pattes dans le tapis.

Carbon conserve cette polyvalence. Et c’est sur l’endurance et la précision qu’il creuse l’écart. Selon Google, le modèle a été mis au travail, par ses équipes, plusieurs jours d’affilée sur des problèmes d’ingénierie, tels que remonter à l’origine d’un bug enfoui dans un gros code source avant de le corriger. Sur les tests internes, l’éditeur revendique un taux de réussite plus que doublé par rapport à Argon pour la génération de code sécurisé. L’équipe Chrome assure même que Carbon se montre plus de dix fois plus efficace que le grand modèle d’un « autre laboratoire » pour produire des correctifs de qualité. Lequel ? Google se garde bien de le dire. Mais on imagine qu’il s’agit de Mythos ou d’Astra.

Pour la cybersécurité, Google découpe le travail en trois temps (trouver la faille, vérifier qu’elle est exploitable, la corriger) et publie des scores en nette hausse. Carbon atteint un score de 88,2 % sur SEC-bench Pro, contre 83,4 % pour Argon, un score de 54,8 % sur ExploitGym, contre 42 % seulement pour Argon, et un score de 71 % sur CWE-bench, contre 68 % pour Argon. La différence est plus que sensible. Attention toutefois, Google a mené ces évaluations sur le modèle brut, sans ses garde-fous.

Comme on peut le voir, le bond le plus spectaculaire concerne justement l’exploitation des failles, soit la facette la plus offensive du modèle en matière de cybersécurité. On comprend mieux la volonté d’en restreindre l’accès.

Un numéro un… avec des astérisques

Et Artificial Analysis semble confirmer les benchmarks internes. Carbon prend ainsi la tête de son Intelligence Index v5 avec 59 points. Certes, la marge reste mince et pas très significative. Claude Opus 5.5 suit à 58 et GPT-6 Astra à 57, tandis qu’Argon reste loin derrière à 50 points.

Néanmoins, sur d’autres tests, Carbon ne parvient pas à reprendre la couronne. Sur l’indice consacré aux agents de programmation, le modèle, piloté par la CLI d’Antigravity, plafonne à 59 points quand le tandem Claude Code et Opus 5.5 grimpe à 62 points.

Le test AA-Omniscience mérite que l’on s’y attarde un peu. Carbon y donne la bonne réponse dans 58 % des cas. C’est 10 points de mieux qu’Argon ! Mais… car il y a un gros mais… Le taux d’hallucination du modèle atteint 11 % contre 4 % pour Argon. Cela faisait quelque temps que l’on n’avait pas vu un modèle frontière halluciner autant. Dit autrement, lorsque Carbon ne sait pas, il invente plutôt que de s’abstenir.

Un défaut qui reste à contrôler. Car les tests internes de Google racontent une autre histoire. Selon l’éditeur, Carbon formulerait deux fois moins d’affirmations non étayées qu’Argon. Mieux raisonner ne rend néanmoins pas infaillible.

En outre, sur le papier, et même sans les garde-fous, le modèle progresse en sûreté ; aucune attaque réussie sur le benchmark d’injection de prompts indirecte de Gray Swan, contre 0,7 % pour Argon.

De même qu’Anthropic réserve toujours Mythos 5.1 à des organisations triées sur le volet, via Glasswing, parce que ses capacités cyber servent autant l’attaque que la défense, Google applique cette même prudence à Carbon avec son programme Fairwind. Avec toutefois une nuance importante. La firme de Mountain View promet d’ouvrir Carbon aux développeurs, aux entreprises et au grand public « dès que possible ». En attendant, faute d’accès, aucune comparaison indépendante ne permet de réellement départager les deux modèles.

Carbon, toujours sans Model Card

Reste un point plus gênant pour les DSI. À l’heure où nous écrivons, Google n’a publié aucune Model Card pour Carbon, et le rapport de sécurité joint à l’annonce concerne… Argon.

C’est inquiétant parce que, dans la Model Card d’Argon publiée le 13 octobre, Google admettait que, sans ses protections, le modèle pouvait dépasser les seuils critiques pour les cyberattaques et les risques biologiques, ainsi que le seuil de vigilance sur la furtivité et la conscience situationnelle (c’est-à-dire la capacité d’un modèle à comprendre son environnement de déploiement et à contourner la surveillance).

Sur ces épreuves, Argon en avait d’ailleurs réussi 14 sur 15. Google considère que ses garde-fous ramènent ces risques sous les seuils fixés. Certes. Mais Carbon semble nettement plus capable que son prédécesseur, et sans évaluation publique ni de ses capacités dangereuses, ni de ses protections, on ne peut pas savoir ce qu’il en est réellement.

Google se contente de rappeler qu’il participe au dispositif volontaire de tests mis en place par le gouvernement américain. Pas de quoi émouvoir des RSSI européens qui, au titre de NIS2 ou de DORA, mais aussi de l’AI Act, doivent prouver qu’ils maîtrisent les risques liés à leurs fournisseurs.

Côté tarifs, Carbon s’aligne sur les prix d’Argon : 2 dollars par million de tokens en entrée et 10 dollars en sortie pendant la période de lancement. Les prix doubleront ensuite même si Google ne précise aucune date de fin de promotion.

Dit autrement, le nouveau fleuron de Google se vend, pour l’instant, au prix de GPT-6.1 Sol, le modèle intermédiaire d’OpenAI, lui aussi facturé 2 et 10 dollars. Une fois la remise terminée, il rejoindra Claude Opus 5.5, affiché à 4 et 20 dollars. Pour rappel, les modèles les plus haut de gamme de ses concurrents jouent dans une tout autre catégorie tarifaire. Claude Fable 5.1 et GPT-6 Astra coûtent 10 dollars en entrée et 50 en sortie, soit cinq fois le tarif de lancement de Carbon et encore deux fois et demie son prix plein. Sur le papier, Google casse donc les prix de l’IA très haut de gamme.

Pour une DSI, ce tarif catalogue comptera toutefois moins que le coût réel par tâche, le débit, les contrôles exigés par Fairwind (authentification forte, traçabilité des usages) et, plus simplement, la date à laquelle le modèle sera réellement disponible. On rappellera qu’Argon se montre deux fois plus gourmand en tokens que GPT-6 Astra sur les tests d’Artificial Analysis. L’information sur la consommation de tokens de Carbon n’a pas été communiquée.

Comme pour Mythos et Astra, Carbon interroge les DSI et les RSSI sur leur capacité à suivre le rythme d’IA qui trouvent les failles plus vite que la capacité des équipes techniques à appliquer des correctifs. Reste à savoir si, sous la pression du terrain, ce Carbon se transformera en diamant pour la défense… ou en bombe à retardement pour ceux qui tarderont à patcher.

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