Data / IA
Sylvain Montmory : L’étrange histoire de l’aquaponey ou comment tromper les IA
Par Jade Berre, publié le 30 octobre 2026
Dans l’ouvrage « L’étrange histoire de l’aquaponey ou comment les algorithmes nous bouffent le cerveau », Sylvain Montmory montre comment les IA génératives accélèrent la diffusion d’informations erronées et favorisent leur apparente légitimation d’un système d’IA à l’autre. In fine, il explique qu’à grande échelle, cette problématique est une menace de l’école à l’entreprise. En effet, la contamination du système d’information par des données inexactes peut altérer l’intégrité cognitive et la confiance accordée aux contenus et aux informations que produisent ces IA.
« 45 % des réponses fournies par ChatGPT, Copilot, Gemini et Perplexity comportent au moins une erreur », alerte une étude coordonnée par l’Union européenne de radio-télévision (UER) et la BBC et publiée le 22 octobre 2025.
Alors que notre recours aux assistants conversationnels s’intensifie, Sylvain Montmory, un des deux auteurs de L’étrange histoire de l’aquaponey ou comment les algorithmes nous bouffent le cerveau, décortique les mécanismes algorithmiques qui façonnent la visibilité des contenus en ligne et renforcent leur apparente crédibilité.
Invité du Lounge d’IT for Business, il décrypte les logiques algorithmiques, les ressorts émotionnels et les intérêts économiques qui brouillent la frontière entre le vrai et le faux.
De la fiction à l’apparente réalité
À l’appui de sa démonstration, un canular : l’aquaponey, sport qui concilie milieu aquatique et équitation. Discipline olympique imaginaire, l’aquaponey a été le concept humoristique central d’une publicité de Toyota créée par Saatchi & Saatchi en 2013. Dans le cadre des industries créatives, toute idée peut devenir réalité puisque modélisée. Mais comment basculer de la représentation virtuelle à la matérialisation concrète ? Pour ce faire, Sylvain Montmory et Alan CladX, deuxième auteur de l’ouvrage, ont créé de toutes pièces un univers cohérent autour de l’aquaponey : existence d’une championne olympique, d’une fédération et d’un mythe qui consacre sa création pour donner une apparente crédibilité. Au-delà du simple canular, cette expérimentation met en lumière la capacité des IA génératives à accélérer la circulation de l’information et à la rendre crédible et légitime auprès du grand public. Parallèlement, la reprise de ces mêmes informations par d’autres systèmes d’IA est alors susceptible de renforcer cette illusion de véracité, que chaque nouvelle diffusion contribue à perpétuer.
Une visibilité dictée par les algorithmes
Les vingt-cinq années que Sylvain Montmory a passées dans le marketing, le conseil en communication, la formation et le B2B l’ont fortement aidé à mûrir cette réflexion. Ce sont précisément ces compétences qui ont mis en évidence les facteurs d’influence des décisions et des comportements liés aux stratégies de visibilité dans l’espace numérique. Par exemple, Sylvain Montmory reconnaît que Romane Altnoy, désignée comme autrice du livre, a été imaginée avec Alan CladX pour rendre la fable de l’aquaponey plus crédible. Aussi, Romane est présentée comme une autrice à l’expertise reconnue « ayant inventé le concept de narration algorithmique » et « diplômée de Harvard en mathématiques appliquées & Computer Science » sur la page d’un éditeur de renom, ce qui accroît la légitimité de ses propos.
Parallèlement, l’expérience professionnelle de Sylvain Montmory l’a amené à étudier davantage les mécanismes d’optimisation d’un contenu afin de le rendre visible et convaincant. À ce titre, « le référencement naturel (SEO), les faux avis, les deep fakes et les réseaux de bots » sont propices à nourrir une « économie du faux ». Enfin, Sylvain Montmory ajoute qu’il y a également un autre paradigme à prendre en compte qu’il appelle « le putain de facteur humain ». Pour le marketeur, il s’agit d’un modèle économique fondé sur l’engagement et le clic instantané de ceux qui consultent la page.
Un quadriptyque qui alimente le labyrinthe du faux
Pour Sylvain Montmory, plusieurs facteurs expliquent la difficulté de sortir de la spirale du faux : premièrement, le web scraping. Celui-ci altère la qualité et la contextualisation des données sur la toile. Deuxièmement, le « model collapse » où l’entraînement répétitif sur des données produites par d’autres modèles favorise la perte de diversité et de représentativité. Troisièmement, l’essor des agents IA sur les interfaces et dans le contexte professionnel qui industrialisent l’erreur. Quatrièmement, Sylvain Montmory met en garde contre les ressorts émotionnels utilisés pour favoriser le clic des internautes afin de capter leur attention au détriment du libre arbitre.
Une sollicitation du libre arbitre de l’école à l’entreprise
Force est de constater que toutes les difficultés soulevées par l’ouvrage peuvent être transposées au monde de l’entreprise dans lequel il faut prioriser la qualité des données utilisées « face à l’explosion des données synthétiques », souligne Sylvain Montmory. En filigrane, ces complexités font aussi émerger de nouveaux risques pour les entreprises via l’intégration de données non qualitatives à des documents ou processus automatisés. De quoi amener des décisions erronées. Sans oublier les risques de parasitisme par des tiers susceptibles de tromper des IA de plus en plus appelées à devenir l’interface entre les consommateurs et les marques.
Face à ces inquiétudes, Sylvain Montmory appelle à développer le libre arbitre et l’esprit critique de l’école à l’entreprise, via des questionnements sur les réponses obtenues par des assistants conversationnels. Pour lui, cela passe aussi par la capacité à repérer un contenu produit par une IA, ou à en créer un qui porte une réflexion et une perspective différentes de celles de la machine.
Ainsi, Sylvain Montmory nous alerte sur les dérives de l’économie du faux : lorsque le quantitatif l’emporte sur le qualitatif et que nous renonçons à notre libre arbitre, l’enjeu dépasse la seule fiabilité de l’information et se déplace, pour les entreprises, vers les terrains juridique, économique et réputationnel.
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