AG Insurance se défait de son mainframe en optant pour une approche de replatforming

Gouvernance

AG Insurance lâche sans encombre son mainframe

Par François Jeanne, publié le 28 juillet 2023

Obligé de repenser son infrastructure legacy, le premier assureur belge a hésité avant de choisir la solution a priori la plus risquée, celle du replatforming vers des systèmes HPE sous Windows et avec les solutions d’émulation de Micro Focus.

Nécessité fait loi, dit-on. En matière de dette informatique, elle a même tendance à s’imposer face à toutes les bonnes raisons d’attendre encore un peu avant de s’attaquer au legacy.

Pour AG Insurance, premier assureur de Belgique, rebaptisé de son nom d’origine après une intégration de quelques années au sein du groupe Fortis et une indépendance retrouvée lorsque la partie bancaire de ce dernier fut rachetée en 2012 par BNP Paribas, l’urgence a pris la forme… d’un déménagement. En l’occurrence celui du datacenter de BP2i, BNP Paribas Partners for Innovation, filiale du groupe chargée de gérer ses infrastructures informatiques, dans laquelle IBM était encore partie prenante. « Bien qu’indépendants de BNP Paribas, nous avions un accord avec eux qui courait depuis le rachat de Fortis, explique Philippe Van Belle, chief information & technology officer chez AG Insurance. Ils hébergeaient notre mainframe sur une partition de leur site des Ardennes, assez proche de nos propres sites d’exploitation et de nos 2 000 serveurs. Mais fin 2018, ils nous ont annoncé leur départ. Nous avions quatre ans devant nous. »
L’assureur se trouve donc forcé de choisir, sachant que l’option de rester dans le futur datacenter parisien de BP2i est exclue d’emblée, compte tenu de la distance.


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Quatre options évaluées

La première piste, celle de l’acquisition d’un package progiciel est vite écartée, car aucun de ceux disponibles n’atteint la richesse applicative du patrimoine construit depuis des années : « De plus, nous avons une architecture très performante, qui limite notre ratio de maintenance à 17 % seulement de notre budget global. Il était difficile d’imaginer de l’écarter. »

La seconde option, celle de la réécriture totale pour de nouveaux environnements, est également rejetée compte tenu des 80 millions de lignes de code concernées.

L’éventualité d’un re-hosting est ensuite évaluée, mais laisse craindre des difficultés d’intégration avec les partenaires.

« Finalement, c’est la piste du replatforming que nous avons suivie », révèle Philippe Van Belle. Non sans craintes : « D’une part le Gartner, consulté, nous déconseillait l’aventure. Et d’autre part, nous n’avions pas le droit à l’erreur : avec nos 80 Md€ en caisse et dans un secteur de l’assurance très régulé, nous sommes considérés par le régulateur comme à risques systémiques. »
C’est pourquoi le responsable d’AG Insurance, tout en actant ce choix qui repose notamment sur les outils d’émulation de Micro Focus, prend le soin d’établir un plan B, au cas où… (voir encadré).

Déconseillé par le Gartner, le choix plutôt périlleux du replatforming a nécessité d’établir un plan B, au cas où…

En accord avec HPE, intégrateur de ses propres systèmes, et Capgemini pour toute la partie tests, le choix de AG Insurance se porte sur un environnement cible Windows. Les produits Enterprise Developer et Enterprise Server de Micro Focus sont utilisés pour émuler le moniteur transactionnel IMS/DC – pour les 6 000 Mips concernés. « L’éditeur nous a affirmé à cette époque que ce projet était le plus important d’Europe », se souvient le DSI. Surtout, la promesse est de limiter au maximum les modifications à réaliser pour le changement de plateforme.

Une bascule en un week-end

Si la bascule se fait finalement durant le week-end de Pâques 2022, avec six mois d’avance, les angoisses n’auront pas manqué : « Sans repère sur un tel projet, nous avons changé quatre fois d’architecture cible », se rappelle Philippe Van Belle.

Presque tous les collaborateurs de son département – un millier au total – sont impliqués. Et les échanges avec le régulateur rythment le chantier tous les deux mois. Le soulagement n’en est que plus grand lorsque, quelques mois après le transfert, un premier bilan est tiré. Aucune interruption dans les activités quotidiennes d’AG Insurance n’a été constatée, ni dans les services dispensés à ses trois millions de clients.

Philippe Van Belle,
Chief information & technology officer chez AG Insurance
« Sans repère sur un tel projet, nous avons changé quatre fois d’architecture cible. »

Côté performances aussi, les sourires sont de mise. Elles n’ont pas été affectées et les batchs tournent même plus vite qu’avant grâce aux découpages réalisés dans les applications et à la parallélisation des tâches. Le niveau de service est resté constant, mais le TCO a été divisé par quatre !

Comme le conclut le DSI, « ce niveau atteint est une véritable surprise. L’architecture est en particulier très stable, il faut dire qu’il est très facile désormais de déporter une tâche lorsqu’il y a un souci avec un serveur. »

AG Insurance ne va pas s’en contenter pour autant. L’assureur veut pouvoir profiter des services dans le cloud, et utiliser l’environnement applicatif de Micro Focus pour faciliter l’intégration de ses systèmes les plus stratégiques avec ceux de ses partenaires.

S’être libéré du mainframe lui permet aujourd’hui de dérouler un plan d’évolution plus ambitieux : « Nous avons rapproché l’opérationnel de l’analytique. L’opération a permis de faire émerger un environnement plus ouvert, propice à une nouvelle stratégie centrée sur les données. »
Il aura juste fallu que les circonstances obligent l’entreprise à changer ses infrastructures pour obtenir ce résultat…


De l’intérêt et des limites d’avoir un plan B

« On s’était préparés à devoir sortir les Canadairs. » Dans son langage fleuri, Philipe Van Belle se rappelle les affres qui l’ont agité tout au long du projet, jusqu’à environ un mois avant la bascule. « Nous avons donc envisagé le scénario du pire, à savoir que finalement, le replatforming ne fonctionne pas. Il fallait donc une solution de secours pour pouvoir basculer, fin 2022, sur un environnement mainframe classique. »
AG Insurance consulte donc Atos, qui fait une étude technique poussée, et finit par contractualiser le plan B en question. « Je crois qu’ils étaient persuadés que nous aurions à l’activer, se rappelle le responsable. Sinon ils nous auraient vraisemblablement fait payer plus cher ce travail préparatoire que nous n’avons finalement pas eu à utiliser. »
Il n’empêche que cette organisation a eu le mérite de rasséréner un peu les équipes qui savaient qu’il existait un garde-fou. Avec toutefois une limite que tient à souligner Philippe Van Belle : « Sur un tel projet, la conduite du changement est évidemment importante, mais il ne faut pas se référer en permanence à l’existence d’une solution de secours, car vous risquez de démotiver les collaborateurs. » Dont acte.


LE PROJET EN CHIFFRES

80 millions de lignes relocalisées

16 millions de transactions exécutées chaque jour sur les serveurs Windows

Par 4, le facteur de gain sur le TCO


L’ENTREPRISE AG INSURANCE

Activité : Assurances
Effectif : 4 400 collaborateurs
Primes encaissées : 6,1 Md€ (2020)



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