La grande conférence Google dédiée aux développeurs aura été principalement portée par la prochaine version d’Android, le développement cross-plateforme et les usages quotidiens de l’IA.

Le mois de mai démarre intensément pour les développeurs. 24 heures après l’ouverture de la conférence Microsoft Build 2019 à Seattle, c’est au tour de Google d’ouvrir son propre événement dédié aux codeurs : Google I/O 2019 à Mountain View.
Mais cette unité de temps est bien le seul point commun entre les deux conférences. Celle de Microsoft est entièrement tournée vers les créateurs de services et les développements en entreprise. Elle pullule en annonces de nouveaux frameworks, nouveaux outils de développement, nouvelles plateformes (cf. nos articles Build et Azure) mais ne s’étend guère sur les usages quotidiens et ne présente pas grand intérêt pour le chaland curieux.
Celle de Google en est l’extrême opposé : les annonces sont moins nombreuses mais bien plus orientées grand public. Et la conférence attire davantage les créateurs d’apps mobiles que les développeurs d’entreprise (ces derniers ayant déjà eu de quoi enrichir leur savoir avec la conférence Google Cloud Next en avril, cf. nos articles jour 1 et jour 2).

Alors que faut-il retenir de cette Google I/O 2019 ? Voici un récapitulatif des annonces les plus marquantes.

Android Q : Beta 3

Les suggested actionsBien que n’ayant toujours pas de nom, le successeur d’Android 9 (aussi nommé Android « P » comme « Pie ») est en bonne voie. La « beta 3 » d’Android Q est désormais disponible pour les développeurs. Outre quelques améliorations graphiques comme l’apparition d’un mode sombre (Dark Theme) applicable à toutes les applications Android standards, cette version étend les actions suggérées à toutes les notifications. Ainsi, on pourra répondre instantanément à tout message (donc y compris sur les messageries tierces), accéder à Google Maps si la notification comporte un lieu ou une adresse, etc.
Sans surprise, la nouvelle version du système étend les API existantes à la 5G (notamment celles permettant de savoir comment le device est connecté à Internet). Elle prend également mieux en compte les smartphones pliables et notamment la continuité des expériences selon que l’écran est plié ou déplié.

Android Q : Focus Mode

Toutefois, la fonctionnalité la plus importante pour les entreprises est probablement « Focus Mode ». Elle permet de désactiver certaines apps en fonction des contextes comme par exemple désactiver les notifications des réseaux sociaux ou de Netflix pendant que vous travaillez. À l’heure du BYOD et de la disparition de la frontière entre l’univers personnel et professionnel, cette fonctionnalité laisse à chacun l’opportunité de mettre en sourdine tout ce qui est travail quand on est en famille et tout ce qui est loisirs quand on travaille.

Android Q : Project Mainline

Autre nouveauté d’Android Q, l’introduction du « Project Mainline » destiné à permettre à Google de pousser directement les mises à jour de Google via le Play Store sans avoir à attendre le bon vouloir des opérateurs ou des fabricants de terminaux. Ce n’est pas la première fois que Google cherche ainsi à combattre la fragmentation de son écosystème. Il est vrai que celle-ci est devenue un casse-tête pour les développeurs comme en témoigne le tableau ci-dessous.

Fragmentation Android

Pour parvenir à déployer les mises à jour via Play Store, Google a rendu son système plus modulaire. Project Mainline permet ainsi de mettre à jour 12 modules d’Android sans toucher au cœur du système ni aux composants radio et proches du matériel. Ces 12 modules sont divisés en 3 catégories : Sécurité (codecs multimédias, composants multimédias, résolution DNS, Conscrypt), Confidentialité (Documents UI, contrôleur des permissions, ExtServices), Cohérence (données Timezone, Angle, Metadata, composants réseau, Captive Portal Login, configuration des autorisations réseau). À l’origine Project Mainline était plus ambitieux mais les 12 modules retenus l’ont été après d’âpres négociations avec les fabricants pour assurer le succès de cette louable initiative.

Plus de vie privée ?

Incognito Mode On a beaucoup parlé de contrôle de la vie privée à Google I/O. Ne rêvez pas, Google en saura toujours davantage sur vous que vous n’en savez vous-même, c’est son fonds de commerce et ça ne changera pas. Mais, au moins pour sauver les apparences, l’éditeur multiplie les options permettant aux utilisateurs un contrôle plus fin de leur confidentialité. Ainsi, dans Android Q, certaines autorisations gagnent en granularité pour contrôler l’accès à votre emplacement géographique ou aux fichiers confidentiels stockés au sein du « Scoped Storage » (une zone de stockage propre à chaque application dans laquelle une app est censée sauver tout ce qui est relatif à la vie privée et aux données sensibles de l’utilisateur).
Dans un même ordre d’idées, Google introduit un mode Incognito dans Google Maps : similaire à celui de Chrome, il évite de conserver les traces de vos recherches réalisées sous l’application de cartographie du système.

Nouveaux Devices

De nouveaux Pixel plus accessibles

Google I/O est toujours l’opportunité pour Google d’introduire de nouveaux appareils maison. Deux nouveaux smartphones ont été lancés : les Pixel 3a et 3a XL. Ces derniers sont des versions plus accessibles du Pixel 3. Ils en conservent l’excellente partie photo (Super Res Zoom, Night Sight, …) mais adoptent un processeur plus économique (Snapdragon 670) et abandonnent le chargement sans fil et l’étanchéité.
Côté informatique ambiante, pas de nouvelles enceintes connectées mais le Google Home Hub (et son écran de 6 pouces) est rebaptisé Google Nest Hub et se voit adjoindre un grand frère, le Google Nest Hub Max doté d’un écran 10 pouces. Reste que cette informatique ambiante est toujours très orientée grand public et n’a pas encore trouvé ses usages en entreprise. Pourtant, ces smart-displays, avec leur caméra intégrée, pourraient prendre place sur nos bureaux plus naturellement que les enceintes intelligentes animées par Google Assistant.

De l’IA enfin intelligente ?

Évidemment, l’IA était aussi présente sous différentes formes lors de cette Google I/O. Notamment au travers de Google Lens, l’application de réalité augmentée qui permet par exemple de traduire les menus d’un restaurant, de connaître les composantes d’un plat, de récupérer le texte de ce qui est capté par votre l’appareil photo, d’identifier des plantes ou des animaux, etc. Google Lens gagne en fonctionnalités mais aussi en interactivité avec Google Search et Google Maps, s’affirmant de plus en plus comme un outil stratégique pour Google et un indispensable compagnon du quotidien pour les utilisateurs.
Dans un même ordre d’idées, Android Q est désormais capable d’ajouter des sous-titres à n’importe quelle vidéo (ou flux audio) en cours de lecture, y compris sur vos propres vidéos et sur les applications de visiocommunication (rappelons que Skype intègre déjà un tel sous-titrage avec éventuelle traduction automatique).
Google a également démontré une nouvelle version de Google Duplex, son assistant conçu pour agir en votre nom comme réaliser une réservation dans un restaurant pour vous. Google Duplex va être étendu aux chats Web pour par exemple réserver une voiture, une chambre d’hôtel ou des places de cinéma. Cet assistant se veut aussi une aide précieuse aux personnes dont les handicaps compliquent ce genre d’actions. Google est d’ailleurs revenu sur certains de ces projets IA destinés à faciliter l’inclusion du handicap notamment en entreprise tel le projet Euphonia (destiné à fluidifier les échanges avec des personnes muettes notamment).

Et pour les développeurs alors ?

Flutter 1.5Avec toutes ces annonces, on en oublierait presque que Google I/O est avant tout un événement destiné aux développeurs. On retiendra principalement une volonté de plus en plus affirmée chez Google de voir les codeurs totalement abandonner le langage Java. Même si ce dernier reste supporté, Google considère aujourd’hui que tout nouveau projet Android doit être développé en Kotlin ! Lancé en 2011, le langage serait désormais utilisé par plus de 50% des développeurs Android. Désormais, les accélérateurs de développement proposés par Google, comme les JetPacks, seront d’abord et en priorité proposés en Kotlin.
Dart est l’autre langage mis en avant. Notamment parce qu’il est la base de Flutter, le nouvel outil de prédilection de Google pour un développement cross-plateforme mobile. Lors de Google I/O, Flutter a été étendu à la conception d’applications Web avec l’apparition de la version 1.5. Et l’éditeur a confirmé que le support des applications bureau pour Windows, MacOS et Linux serait également très bientôt disponible. Flutter peut aussi être utilisé pour développer pour Chrome OS, pour Raspberry Pi et même pour Fuchsia (Google confirmant ainsi officiellement pour la première fois l’existence de ce futur OS souvent présenté comme la fusion d’Android et ChromeOS).
Pour les entreprises, Flutter s’affirme de plus en plus comme un outil à surveiller de près. Il constitue l’une des alternatives les plus prometteuses pour la réalisation d’applications métiers fonctionnant sur l’ensemble des plateformes qu’elles soient Web, mobiles ou PC/Mac.