Suite à ses rencontres avec le leader chinois, Trump a levé les sanctions qui visaient Huawei. Mais la crise va laisser des traces.

Donald Trump voit la politique internationale comme une énorme partie de poker menteur. Mais ses bluffs n’impressionnent en réalité que ses compatriotes, pas ses adversaires. Lors du G20, le président américain a suspendu le conflit économique qui l’oppose à la Chine et levé en grande partie le bannissement de Huawei (cf  «Affaire Huawei : quelles conséquences pour les DSI ? »). Six semaines après l’interdiction de tout commerce technologique avec le géant chinois, les entreprises américaines ont de nouveau « le droit de vendre leurs équipements à Huawei tant que ces transactions ne présentent pas de problème grave quant à la sécurité nationale ». Notamment, la vente de produit disponible à grande échelle, y compris les processeurs et les logiciels, est de nouveau autorisée. Mais cette autorisation ne s’applique pas à d’éventuelles nouvelles licences directement liées à la sécurité des USA. De même, les USA ne vont pas imposer de nouvelles taxes sur les produits chinois. En échange, le gouvernement chinois achètera des produits agricoles américains.

Voilà l’aspect officiel du dossier. Mais c’est bien Donald Trump qui s’est ici « couché ». Ces dernières semaines, Intel, AMD et Qualcomm avaient fait pression sur l’administration américaine pour qu’elle relâche les sanctions contre Huawei qui impactaient trop fortement leur business. Google et d’autres cherchaient des moyens de contourner les restrictions. Et d’autres entreprises imaginaient passer notamment par le Vietnam pour s’affranchir de la régulation. Car les mesures américaines ont effectivement contribué à réduire les échanges entre les USA et la Chine. Depuis janvier, les USA sont passés du statut de premier partenaire à l’export chinois à celui de troisième. Mais dans le même temps la région Asie (Vietnam, Laos, Thaïlande, etc.) a compensé les pertes en devenant le second partenaire des Chinois, ces pays achetant à la Chine pour, au final, revendre aux USA. Le chemin inverse, celui de l’acquisition de technologies américaines pour les Chinois via l’Asie, se mettait également en place ces dernières semaines. Quant aux achats agricoles, ils reviennent simplement à la normale, la Chine les ayant interrompus en représailles des nouvelles taxations. Bref, tout ça n’aura été qu’un grand bluff.

Pourtant, cette crise va laisser des traces. Sur le marché des smartphones, Huawei va devoir reconquérir le public européen (et notamment les entreprises) marqué par les conséquences du bannissement et la possibilité de voir ce blacklistage renouvelé à l’avenir. Sur celui des équipements réseau, le constructeur chinois va devoir montrer davantage de sérieux après avoir été épinglé par différentes études anglaises et américaines lui reprochant la présence d’un trop grand nombre de vulnérabilités dans les couches logicielles. Mais ce blocus a aussi mis en évidence l’avance technologique du constructeur chinois dans la 5G et l’étendue de ses brevets en la matière.
Parallèlement Huawei a mis en place tout un processus pour, à l’avenir, se passer des technologies américaines en matière de systèmes et de processeurs. Ce processus pourrait à long terme coûter très cher à des acteurs comme Intel, Google et même Microsoft.

En attendant, les craintes en matière de sécurité et de mises à jour des appareils Huawei n’ont plus raison d’être… de quoi soulager les DSI.