Data / IA
La DSI entre accélération technologique et responsabilité stratégique
Par Charlotte Mauger, publié le 25 août 2026
L’automatisation des process, engagée depuis plusieurs années, connaît une nette accélération sous l’impulsion de l’IA. La DSI n’échappe pas à cette dynamique : ses métiers évoluent, tandis que son rôle s’élargit pour accompagner la transformation des organisations.
SOMMAIRE DU DOSSIER :
L’ENTREPRISE AU(X) TEMPS DE L’IA
« Cela fait déjà plus de deux décennies que la DSI connaît une forte automatisation de ses opérations. Que ce soit pour le build ou le run. Le développement est de mieux en mieux outillé avec des librairies, des générateurs de code et maintenant le support de l’IA« , analyse Djilali Kies, consultant en stratégie et en gouvernance du numérique, précédemment DSI chez l’opérateur d’infrastructure TDF. L’irruption de l’intelligence artificielle ne constitue donc pas en soi une rupture totale. Mais après l’apprentissage automatique, notamment mobilisé pour l’analyse de données, l’IA générative s’impose désormais dans les usages, avant l’émergence attendue de l’IA agentique. C’est donc une accentuation de la tendance… qui amplifie aussi la responsabilité de la DSI.
Aujourd’hui, la maturité au sein des DSI reste contrastée, variant à la fois selon les typologies de solutions employées, les secteurs d’activité ou la taille des équipes. Toutefois, certains processus sont déjà largement transformés, en particulier ceux qui peuvent être optimisés avec une intégration rapide, sans transformation profonde. Comme dans d’autres métiers, l’assistance – ici le support aux utilisateurs du SI – est en particulier un des cas d’usage les mieux maîtrisés.
Hybrider la production des machines et celle des humains
L’impact est également déjà tangible dans l’aide au débogage et dans le développement. Sur l’ensemble de la chaîne – de l’expression de besoin à la programmation en passant par les tests – l’IA devient un « véritable accélérateur de temps et de productivité pour les équipes de développement », comme le souligne David Leaurant, président d’ADN Ouest, l’association de professionnels du numérique en région Grand Ouest.
Cette évolution fait naître de nouveaux enjeux en matière de qualité, de traçabilité et de propriété du code, imposant un encadrement renforcé par la DSI. Et présage une transformation notable des métiers du test et du développement. « Il faut apprendre à travailler autrement et réussir à hybrider ce que produisent les machines avec ce que produisent les humains », estime Djilali Kies. Sans perdre la lisibilité du code et en évitant que les développeurs subissent des pertes de compétences au fil du temps… un vrai travail d’équilibriste.
Dans un autre domaine, celui de la cybersécurité, le jeu du chat et de la souris continue entre, d’un côté, des outils qui renforcent les capacités de détection et d’analyse des comportements anormaux, et de l’autre, de nouvelles surfaces de risque qui nécessitent une vigilance accrue.

David Leaurant
Président d’ADN Ouest
« Les DSI n’ont pas attendu l’IA pour être moteur d’innovation dans l’entreprise afin de faciliter le travail des métiers. »
Au-delà de ces premiers cas d’usage, l’IA amorce une transformation plus profonde des processus structurants du SI. Elle va accompagner toutes les étapes du pilotage de projets pour une gestion plus fine et prédictive : planification, anticipation, gestion de ressources…
« Pour tirer profit et sécuriser les gains de l’IA, il faudra repenser l’architecture du SI. Ce sera d’autant plus important demain avec la vague de l’agentique qui demandera d’intégrer ces agents et de les interfacer avec plusieurs technologies déjà dans la place », continue Djilali Kies. L’agentique fait en effet progressivement son entrée dans les organisations avec la promesse d’une automatisation des processus encore plus poussée. David Leaurant nuance néanmoins l’enthousiasme ambiant : « L’humain doit rester décisionnaire. Nous devons défendre cette position. »
Dans cette conjoncture mouvante, la DSI évolue vers un rôle d’orchestration et de gouvernance. L’enjeu n’est plus seulement d’intégrer des outils, mais de structurer un véritable écosystème de l’IA et de la data cohérent, sécurisé et aligné avec la stratégie de l’entreprise. « La DSI doit être la garante de confiance en ces nouvelles technos. La gouvernance du numérique devra être aussi dans les missions de la DSI pour apporter le cadre et les bonnes pratiques », souligne Djilali Kies, qui vient récemment de piloter le projet MAGNum notamment porté par le Cigref, afin d’accompagner les équipes sur le sujet de la gouvernance numérique à l’ère de l’IA.
Des impacts encore flous
Le pilotage de la donnée devient notamment central. « Les DSI doivent casser les silos pour avoir une vue unifiée du patrimoine data, afin de tirer parti grâce à l’IA de données sous-exploitées. Mais elles doivent également assurer leur sécurité et en garantir l’’accès dans l’entreprise », partage David Delong, responsable régional de l’ingénierie des solutions chez Snowflake, une des plateformes cloud pour stocker, analyser et partager des données.
La DSI va devoir garder la main sur les solutions, tout en facilitant l’automatisation des process dans les métiers en rendant interopérables les solutions et agents. « L’IA ne doit pas rester un ensemble d’initiatives individualisées. Son introduction devra suivre un process contrôlé et orchestré », insiste Djilali Kies. L’une des difficultés majeures est alors de reprendre le contrôle sur la shadow IT, en particulier la shadow AI. « Les métiers ont trouvé des solutions car ils estimaient que la DSI n’allait pas assez vite, analyse David Leaurant. Nous devons apporter des solutions et cadrer les usages. »

Djilali Kies
Consultant en stratégie et en gouvernance du numérique
« La gouvernance du numérique, et donc de l’IA, devra être aussi dans les missions de la DSI pour apporter le cadre et les bonnes pratiques. »
À ce stade, l’impact de l’IA sur les métiers de la DSI suscite de nombreuses interrogations. Équipes à renforcer ou à réduire, liste des postes à faire disparaître, évolutions des missions… les visions divergent. Ainsi, alors qu’une étude de juin 2025 du cabinet Deloitte relevait que sept DSI sur dix prévoient d’augmenter leurs effectifs face à la vague de l’IA générative, Layoffs.fyi recensait de son côté plus de 120 000 emplois de la tech supprimés en 2025 dans de grandes entreprises comme Intel, Amazon, Tesla, Microsoft ou Meta. De quoi se montrer prudent sur l’avenir, comme Djilali Kies : « Est-ce que les équipes en place suffiront ? Je n’ai pas d’avis tranché pour le long terme. À court terme, la productivité générée sera réinjectée dans l’amélioration de la qualité et de la vitesse de la production actuelle. À moyen terme, cette agilité constituera un réel facilitateur de performance et de croissance pour les entreprises. »
David Leaurant a d’autres certitudes : « L’humain restera indispensable. On a besoin de l’IA, mais aussi du relationnel, de personnes pour comprendre les enjeux de l’entreprise et des métiers, pour encadrer la mise en place et accompagner les utilisateurs. Ce qui pourrait faire naître de nouveaux rôles. »
L’IA ne signe donc pas la fin de la DSI, mais plutôt son renforcement stratégique. « Son rôle va évoluer : de plus en plus, elle accompagne le business process. Les équipes IT deviennent actrices de la stratégie et de l’innovation de l’entreprise. »
Entre l’accélération technologique et ses potentialités à maîtriser, la DSI doit plus que jamais affirmer son rôle d’orchestrateur d’une transformation qui dépasse largement le seul périmètre IT.
SOMMAIRE DU DOSSIER :
L’ENTREPRISE AU(X) TEMPS DE L’IA
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