La nouvelle étude GreenIT.fr vient d’être publiée. Elle souligne le poids croissant du numérique sur l’environnement, brise quelques idées préconçues et dévoile où les efforts des DSI doivent se concentrer.

Le rapport 2019 de « GreenIT.fr » le rappelle : le numérique n’est pas uniquement virtuel et immatériel. Il résulte d’une combinaison de machines, d’appareils mobiles ou non, de câbles, de datacenters, d’alimentations et chargeurs électriques, etc.
Si l’on considérait tout cet univers numérique comme un septième continent, celui-ci serait d’environ 3 à 5 fois la taille de la France selon les indicateurs observés.

Et sa contribution à l’empreinte de l’humanité sur les ressources de notre planète aura triplé en 15 ans : en 2010, le numérique représentait 2,5% de l’empreinte de l’humanité (soit 10 ans après l’explosion de la bulle internet) ; en 2025, GreenIT.fr anticipe que sa contribution passera à 6%. Une évolution « extrêmement rapide » qui interpelle et inquiète. Elle est notamment portée par deux phénomènes explosifs :
– les téléviseurs dont le nombre passe de 525 millions de TV en 2010 à 1,2 milliard en 2025, un doublement d’autant plus impactant que les écrans qui avaient en 2010 en moyenne 31 pouces sont empreints de gigantisme avec des tailles moyennes de 65 pouces en 2025.
– les objets connectés (IoT) dont le nombre va être multiplié par 48 entre 2010 et 2025.

L’empreinte environnementale du continent numérique

En 2019, ce continent numérique représente déjà :
– 4,2% de la consommation mondiale d’énergie primaire
– 3,8% des émissions mondiales de gaz à effet de serre
– 0,2% de la consommation d’eau globale
– 5,5% de la consommation électrique mondiale

Évidemment, de tels pourcentages ne sont pas très parlants. C’est pourquoi le rapport à l’excellente idée de tracer des équivalences avec les usages de la vie courante.
Ainsi, les 3,8% des émissions de gaz à effet de serre se traduisent par 116 millions de tours du monde en voiture ou encore 1,5 milliard de salariés parcourant chaque jour 25 km aller-retour en voiture pour aller travailler, chaque année.
Les 0,2% de consommation d’eau en 242 milliards de packs d’eau minérale (6 bouteilles de 1,5 L) ou 3,6 milliards de douches.
Les 5,5% de consommation électrique annuelle en 82 millions de radiateurs électriques allumés 24H/24 et 7J/7.

Le problème, c’est la multiplication

En 2019, la hiérarchie des sources d’impacts est la suivante, par ordre décroissant d’importance :
1. Fabrication des équipements utilisateurs ;
2. Consommation électrique des équipements utilisateurs ;
3. Consommation électrique du réseau ;
4. Consommation électrique des centres informatiques ;
5. Fabrication des équipements réseau ;
6. Fabrication des équipements hébergés par les centres informatiques (serveurs, etc.)

Et c’est là l’une des grandes affirmations du rapport : ce sont sur les équipements des utilisateurs que les progrès et les efforts doivent se concentrer. L’étape de fabrication des équipements utilisateurs est toujours la principale source unitaire d’impacts, suivie par leur consommation électrique.

Répartition des impacts du numérique mondial en 2019

Des impacts aussi sociétaux

Le rapport souligne que, d’un point de vue sociétal, le quintuplement du poids du numérique en 15 ans ne peut qu’augmenter les tensions sur les matières premières et notamment renforcer le rôle des minerais dans le financement des conflits armés en Afrique et en Asie.
Ce sont les fameux « minerais des conflits » – l’or, le tungstène, l’étain, le tantale – dont l’extraction et le commerce financent des conflits armés notamment au Congo (RDC), Ouganda, Kenya, Rwanda, Tanzanie, Zambie, Amérique centrale, Birmanie. Selon Amnesty International, « Esclavage, disparitions, meurtres, tortures, viols sont autant d’exemples de crimes générés autour du commerce de ces minerais des conflits », essentiels au numérique. Face à cette situation, l’Europe a d’ailleurs adopté une nouvelle législation qui entrera en vigueur le 1er janvier 2021. Elle prévoit l’obligation pour les entreprises européennes intervenant dans la chaîne d’approvisionnement (que les fonderies et affineries soient ou non sur le sol européen) de veiller à ce que leurs importations de ces minerais et métaux proviennent exclusivement de sources responsables et ne soient pas issues de conflits.

Quatre pistes à explorer

Pour juguler l’inflation des impacts du numérique, GreenIT.fr émet quatre recommandations :

  1. Réduire le nombre d’objets connectés en favorisant leur mutualisation et leur substitution et en ouvrant leurs APIs.
    Une mesure qui paraît compliquée à mettre en œuvre étant donné les besoins et les usages, les industriels devront donc veiller à faire en sorte que leur fabrication soit la plus éco-responsable possible.
  2. Réduire le nombre d’écrans plats en les remplaçant par d’autres dispositifs d’affichage : lunettes de réalité augmentée / virtuelle, vidéo projecteurs LED, etc.
    Pour cela, il faudra que les usages évoluent mais cette mesure paraît réalisable même en regard des technologies actuelles.
  3. Augmenter la durée de vie des équipements en allongeant la durée de garantie légale, en favorisant le réemploi, et en luttant contre certaines formules d’abonnement.
    C’est certainement l’une des mesures les plus à portée de nos sociétés actuelles. Il faudra pour cela un engagement fort des industriels qui sera d’autant plus facile à obtenir si le public est sensibilisé aux enjeux et fait pression par ses choix.
  4. Réduire les besoins des services numériques via leur écoconception.
    Un vrai levier d’optimisation aujourd’hui porté par tout le courant « Low Tech».

Selon GreenIT.fr, « mises en œuvre dès 2010, ces 4 mesures auraient permis de réduire de 27 % à 52 % l’empreinte du numérique mondial sur la période observée (2010 à 2025). C’est-à-dire de maintenir l’empreinte 2025 du numérique à son niveau de 2018 malgré l’ajout de 1,1 milliard d’utilisateurs supplémentaires ».

Un avis qui ne manquera pas de déclencher des polémiques car on ne refait pas le monde avec des « si »… Cependant, le principal défaut de ce rapport n’est ni dans ses projections ni dans ses approximations (par exemple, pour calculer le poids de l’IoT, le rapport moyenne deux études dont l’une fait état de 8 milliards d’IoT et l’autre de 30 milliards, ce qui est pour le moins une fourchette large et imprécise).
Non, son vrai défaut – s’il faut lui en trouver un – est de ne jamais mesurer les éventuelles économies directes et indirectes que la transformation numérique peut également engendrer sur les empreintes de nos activités non numériques. Typiquement, l’usage de visioconférences limite des voyages en avion ou en voiture. Musiques, ebooks et vidéos numériques ont diminué la fabrication de CD, DVD et livres papier. Etc.

Autrement dit, le rapport GreenIT.fr ne regarde qu’une facette de la pièce, c’est un rapport à charge conçu pour éveiller les consciences aux impacts du numérique. Et en cela, il remplit bien sa mission. Cet éveil est d’autant plus important que le numérique est par essence un concept virtuel dont les utilisateurs ne perçoivent pas toute la réalité matérielle ni l’impact environnemental qui en découle. Or, comme le démontre très bien ce rapport, c’est bien du côté de l’utilisateur (et de ses équipements personnels, familiaux et professionnels) que les efforts les plus impactants sont à concrétiser. DSI, développeurs, fabricants, autorités publiques mais aussi clients, nous sommes tous concernés et pouvons tous agir…

Source :
Etude GreenIT.fr : Empreinte environnementale du numérique mondial