Gartner prédit une certaine lassitude de la Blockchain dans le domaine pourtant porteur de la Supply Chain alors même que les grands Clouds lancent de vraies offres Blockchain « clés en mains ».

Les grands clouds ne cessent de renforcer leurs offres « Blockchain as a Service » (BaaS) pour rendre la Blockchain moins technologique et plus immédiatement opérationnelle. Rien que la semaine dernière, Azure et AWS ont annoncé de nouveaux services en la matière.

Microsoft a été un des premiers acteurs du marché à construire une offre BaaS, rapidement suivi par Amazon, IBM Cloud, ou Oracle Cloud. L’offre Azure a beaucoup évolué au fil des années. L’an dernier, l’introduction d’Azure Blockchain Workbench offrait aux développeurs une interface visuelle et interactive pour modéliser des applications Blockchain sur un réseau préconfiguré hébergé dans Azure. Starbucks, InterSwitch ou Buehler se sont appuyés sur cette solution pour permettre aux clients de retracer l’origine des grains de café présents dans leur boisson, pour aider les entrepreneurs en Afrique à obtenir des prêts sans compte bancaire, ou à tracer la source de toute contamination potentielle dans la production alimentaire.

Les nouvelles offres BaaS d’Azure et AWS

Lors de la Build 2019, début mai, Microsoft a lancé ses nouveaux Azure Blockchain Services qui permettent de déployer un réseau de consortium « clé en main » et totalement managé en quelques clics. La Blockchain Quorum de JP Morgan est ainsi la première rendue accessible via ces nouveaux services.
Dans le même temps, AWS a officialisé la disponibilité de son service AWS Managed Blockchain annoncé en novembre. L’idée, là aussi, est de permettre la création d’un réseau Blockchain de consortium en quelques minutes (basé sur Hyperledger Fabric ou Ethereum) en générant les certificats et en invitant des membres avant d’accueillir les premières transactions. AT&T, Nestlé et Accenture exploite déjà ce service selon AWS.
Bref, les services BaaS, malgré les réserves qu’ils soulèvent chez bien des spécialistes (cf notre article « Les offres BaaS ont-elles la moindre utilité ») gagnent en instantanéité de mise en œuvre et cherchent enfin vraiment à populariser la Blockchain.

Gartner prédit une fatigue Blockchain

Cela n’empêche cependant pas le Gartner de continuer à prédire une certaine lassitude qui devrait impacter 90% des projets Blockchain dans le domaine de la Supply Chain d’ici 2023.
Depuis quelques mois, Forrester et Gartner se montrent relativement sceptiques face aux nombreux projets Blockchains lancés par les entreprises. Le premier prédit un « hiver de la blockchain », le second « une fatigue de la blockchain ».
Le domaine de la Supply Chain, pourtant souvent désigné comme l’un des domaines ayant des besoins naturels de la technologie Blockchain par les spécialistes, semble avoir perdu son enthousiasme pour la technologie. Selon une étude Gartner auprès des acteurs de la Supply Chain, seuls 19% des personnes interrogées considèrent la Blockchain comme très importante pour leur Business et seuls 9% ont commencé à investir dedans. « Les projets Bockchain pour la Supply Chain ont jusqu’ici principalement porté sur l’authenticité, la visibilité, l’amélioration de la traçabilité et de la confiance transactionnelle » explique Alex Pradhan, analyste principal chargé de recherche au Gartner. « Cependant, la plupart sont restés au stade de projets pilotes en raison de l’immaturité des technologies, de l’absence de normes, d’une portée trop ambitieuse ou d’une mauvaise compréhension de la manière dont la blockchain pourrait ou devrait aider la chaîne d’approvisionnement. »
Le Gartner avance aussi comme cause de ces désillusions l’impossibilité pour les entreprises d’accéder à des solutions Blockchain « clés en mains » pré-packagées, un manque que justement les nouvelles offres BaaS d’AWS et Azure commencent à combler.

Des alternatives attractives

Autre explication, évoquée par le Gartner dans une autre étude, l’arrivée de nouvelles technologies, « inspirées de la Blockchain » mais sans toute sa complexité technologique liée aux blocs et aux mineurs, contribue à ce désenchantement. La blockchain n’est jamais qu’une implémentation complexe du concept de DLT (registre distribué à enregistrements immuables). De nouvelles offres comme AWS QLDB, mais aussi des technologies comme Hashgraph ou Hedera, résolvent bien plus aisément certains scénarios d’usage évoqués pour la Blockchain. Dans une interview récemment accordée, Benjamin Faraggi, CEO et fondateur de Spuro Blockchain Platforme, expliquait : « Si vous souhaitez gérer des actifs numériques, vous avez besoin d’une blockchain avec toutes ses fonctionnalités. Mais si l’on parle de traçabilité, preuve, signature électronique, vote en ligne, etc., une DLT suffit ».
Le problème dépeint par le Gartner n’est finalement qu’une énième démonstration des mauvaises approches technologiques de bien des DSI. Portées par la « hype » qui entourait la Blockchain ses dernières années, les directions informatiques se sont souvent focalisées sur les aspects techniques plutôt que sur les besoins réels. DLT et Blockchain sont des socles technologiques. Ils ont vocation, une fois mature, à devenir totalement transparents. Avec la multiplicité d’offres simplifiées, notamment dans le cloud, les réalités business vont bientôt pouvoir reprendre le pas sur l’expérimentation et se concrétiser avec ou sans Blockchain à l’intérieur…

SourceGartner Predicts 90% of Blockchain-Based Supply Chain Initiatives Will Suffer ‘Blockchain Fatigue’ by 2023