Socle agentique, replaformisation Post VMware, Souveraineté opérationnelle, tout ce qu'il faut retenir de NUTANIX .NEXT 2026

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Nutanix .NEXT 2026 : les 8 annonces clés que les DSI doivent retenir

Par Laurent Delattre, publié le 15 avril 2026

À l’occasion de sa conférence Nutanix .NEXT, l’éditeur a cherché à clarifier sa stratégie. Nutanix ne veut plus seulement moderniser l’infrastructure et la rendre invisible. Il veut aujourd’hui devenir la plateforme unifiée et universelle capable d’absorber le grand replatforming post-VMware à l’heure de Kubernetes et de servir de socle opérationnel et industriel à l’IA agentique. Autrement dit, faire converger VM, conteneurs, données et services IA sous un même plan de pilotage. Décryptage…

Il y a quinze ans, Nutanix faisait irruption dans le datacenter avec une idée simple : fusionner serveurs et stockage dans un même cluster logiciel, en s’inspirant des architectures à grande échelle de Google. L’hyperconvergence (HCI) était née, et avec elle la promesse d’abolir la complexité du SAN traditionnel et effacer les problèmes d’infrastructure qui émergeaient d’approches « Best of Breed » trop bricolées.
La suite est connue : Nutanix a gravi les échelons du Magic Quadrant de Gartner, a lancé son propre hyperviseur AHV pour s’émanciper de VMware, puis a projeté sa plateforme vers le cloud hybride avec Nutanix Cloud Clusters (NC2) sur AWS, Azure et Google Cloud. Pour finalement s’imposer en vraie plateforme de Cloud Privé/Cloud Hybride avec Nutanix Cloud Platform (NCP).

Nutanix .NEXT 2026, organisé du 7 au 9 avril à Chicago, a marqué néanmoins un nouveau changement de registre plus qu’un changement de cap. Nutanix ne se contente plus de moderniser l’infrastructure en tentant de la rendre la plus fluide et transparente possible : l’éditeur veut désormais contrôler le plan de gestion de bout en bout, de la VM au conteneur, du stockage objet au GPU, du cloud privé au « neocloud » souverain.

Trois forces convergentes expliquent cette accélération : l’onde de choc post-VMware déclenchée par Broadcom, la complexité opérationnelle non résolue du cloud hybride, et l’émergence de l’IA comme clé architecturale de chaque couche d’infrastructure.

Cette évolution n’a donc rien d’anecdotique. Elle intervient dans un contexte où la remise à plat des stratégies VMware, la pression sur les compétences, les contraintes de souveraineté (avec la réduction des dépendances extra-européennes qui l’accompagne) et la montée de l’IA forcent les DSI à revoir non plus seulement leurs briques techniques, mais leur modèle opérationnel.
Nutanix se repositionne ainsi en indispensable couche de cohérence qui relie infrastructure, données, Kubernetes, services cloud et désormais IA agentique.

Voici les huit annonces que les DSI doivent retenir.

Replatforming post-VMware : consolider la base

L’acquisition de VMware par Broadcom a provoqué un véritable séisme. Restructuration tarifaire, refonte des modèles de support, regroupement forcé des licences : le choc n’a pas simplement créé de l’insatisfaction, il a déclenché des revues d’architecture au niveau exécutif. D’autant que parallèlement une autre tendance venait infléchir les stratégies : la montée de Kubernetes et des containers.
Nutanix, qui proposait déjà une alternative crédible avec AHV et NKP, se retrouve en position de capter cette vague de replatforming à grande échelle. Mais l’éditeur a compris que remplacer un hyperviseur ne suffisait pas. Ce que les DSI cherchent, c’est un plan de contrôle logiciel capable de s’adapter à leur parc matériel existant, de cohabiter avec leurs investissements en stockage externe, et de lisser la migration sans imposer un big bang. Et Nutanix a cherché à répondre à cette attente.

1. NCP adopte une logique « best of breed » pour le matériel

Nutanix Cloud Platform (NCP) n’est plus une plateforme hyperconvergée au sens strict du terme. L’éditeur élargit systématiquement le spectre matériel sur lequel son logiciel s’exécute, dans une logique de découplage complet entre le software-defined et le hardware sous-jacent. Désormais, Compute et Stockage évolue séparément et de façon désagrégée.
Nutanix fait évoluer NCP vers une logique de plateforme plus ouverte, capable de s’appuyer sur un écosystème matériel et stockage beaucoup plus large. L’éditeur parle même de la plus grande extension d’infrastructure de son histoire.

Concrètement, .NEXT 2026 a annoncé le support du disaster recovery synchrone pour Dell PowerFlex, l’extension de l’intégration Everpure aux baies //C FlashArray (en plus des //X et //XL), le support en early access des baies Dell PowerStore, et le futur support des environnements Dell PowerFlex Ultra5.

Foundation Central, la plateforme d’installation automatisée de clusters Nutanix, simplifie le déploiement de NCI et d’AHV sur des serveurs Cisco, Dell, Fujitsu, HPE et Lenovo. L’éditeur confirme également renforcer sa collaboration avec Lenovo autour de ThinkSystem et XC One, et élargir son partenariat avec Cisco autour de Unified Edge, Secure AI Factory et AI Pod.

Une vraie métamorphose. Bien loin de son origine HCI, Nutanix veut devenir le plan de contrôle logiciel que l’on déploie sur le matériel de son choix, y compris celui déjà en place. Dans un contexte de tensions sur la supply chain et de renégociation des contrats VMware, cette flexibilité matérielle constitue un argument de poids pour les projets de replatforming. NCP s’affiche désormais comme un moyen simple de réassembler le SI avec ce dont on dispose déjà et autour d’un plan de pilotage cohérent et unique. Une sorte de retour à une approche « Best of Breed » avec une interface unique pour masquer la complexité de l’assemblage sous-jacent.

2. Alliance stratégique avec NetApp

En s’alliant ces deux dernières années avec Dell et EverPure (ex Pure Storage), Nutanix avait surpris les observateurs de l’IT et entamé une ouverture qui avait du sens dans l’ère post-VMware. Depuis, tous les regards se tournaient vers le troisième acteur majeur du stockage.
L’annonce d’un partenariat stratégique entre Nutanix et NetApp n’a donc pas été une surprise mais l’un des grands évènements de la conférence 2026.

Nutanix prévoit d’ajouter, dans le courant de l’année, le support du stockage externe NetApp ONTAP sur les baies all-flash de la série A (AFF) et certains systèmes hybrides FAS. Les deux éditeurs ambitionnent ensuite d’étendre ce rapprochement aux cas d’usage liés à l’IA, avec une intégration envisagée à la pile Nutanix Agentic AI. Une infrastructure convergée FlexPod associant compute et réseau Cisco, stockage NetApp et logiciel Nutanix est également annoncée pour la fin de l’année.

Historiquement, Nutanix s’est construit contre la complexité des architectures traditionnelles. Désormais, l’éditeur revendique haut et fort sa capacité à se brancher sur des briques de data infrastructure déjà massivement présentes dans les entreprises. Cela élargit mécaniquement son terrain de jeu. Et cela confirme que le replatforming de 2026 ne consiste pas seulement à quitter VMware, mais à redéfinir l’assemblage complet entre virtualisation, données, protection et cloud.

3. NKP Metal : Kubernetes en bare metal sous contrôle Nutanix

Pour comprendre NKP Metal, il faut revenir à la genèse de NKP. Nutanix Kubernetes Platform est né du rachat de D2iQ (ex-Mesosphere) en 2023 et de l’intégration progressive de la technologie Konvoy. L’objectif était de proposer aux entreprises une distribution Kubernetes de grade entreprise, gérée depuis le même plan de contrôle que les VM, avec des services de données intégrés (Cloud Native AOS, Nutanix Data Services for Kubernetes). NKP a évolué en plusieurs paliers, des licences Standard à Pro et Ultimate, avec un support multicloud et un catalogue de services de plus en plus étoffé.

NKP Metal pousse cette logique un cran plus loin en permettant de déployer Kubernetes directement sur des serveurs physiques, sans hyperviseur intermédiaire. La solution vise explicitement les environnements edge et les infrastructures GPU denses utilisées pour l’entraînement IA. L’intérêt est double. D’un côté, le bare metal répond à un besoin de performances et de contrôle. De l’autre, il crée une nouvelle complexité d’exploitation que Nutanix promet de masquer avec la même logique d’automatisation, de cycle de vie, de services de données et de cohérence opérationnelle que dans ses environnements virtualisés.  

NKP Metal est d’ores et déjà en early access pour les détenteurs de licences NKP Pro et Ultimate, avec une disponibilité générale attendue au second semestre 2026. L’annonce traduit une réalité de marché : Kubernetes ne vit plus seulement dans la VM. Pour les DSI qui gèrent des infrastructures GPU denses ou des sites edge déconnectés, le bare metal redevient un choix de premier rang, à condition de disposer d’un outillage d’entreprise pour l’opérer.

4. Migration Zero-Copy depuis VMware

Ça n’est pas l’annonce la plus spectaculaire de ce .NEXT mais elle est immédiatement opérationnelle.Nutanix a présenté une fonctionnalité de migration « zero-copy » depuis VMware vSphere. Le principe : convertir les Virtual Volumes VMware en vDisks AHV de manière quasi instantanée, sans duplication de données, directement « en place ». L’objectif est de réduire drastiquement les fenêtres d’indisponibilité et les besoins en capacité temporaire lors d’un replatforming. Pour les organisations qui gèrent des centaines ou des milliers de VM VMware, ce mécanisme change la donne en transformant une migration longue et risquée en « simple » opération de conversion sans couture.

5. Extension multicloud : NC2 sur clouds souverains et bare metal Google

Nutanix n’en oublie pas pour autant le Cloud et les besoins du multicloud hybride qui ont longtemps portés son discours. Nutanix Cloud Clusters (NC2) s’étend à de nouvelles options de déploiement sur les hyperscalers. AWS GovCloud est désormais disponible en GA, AWS European Sovereign Cloud suivra plus tard dans l’année, et Google Cloud accueillera le support des instances bare metal C3 et de Hyperdisk, ce qui permettra de découpler le stockage du compute et de consommer des instances sans stockage local.

Dit autrement, malgré les annonces spectaculaires, Nutanix n’abandonne pas sa vision multicloud. Objectif : déplacer ou exécuter les charges de travail sans refonte applicative, tout en conservant des options de localisation et de conformité réglementaire. Pour les DSI confrontés à des délais de livraison matérielle ou à des contraintes de souveraineté, ces extensions offrent un mécanisme de continuité opérationnelle : exécuter dans le cloud ce que l’on ne peut pas encore héberger on-prem, avec la garantie d’un rapatriement ultérieur sans refactoring. Dit autrement, pour Nutanix, le multicloud n’est pas seulement un levier d’élasticité : c’est aussi un instrument de gouvernance opérationnelle.

Vers un socle d’infrastructure pour l’IA agentique

Nutanix n’est pas un nouveau venu dans l’IA d’infrastructure. Dès 2023, l’éditeur lançait son GPT-in-a-Box, un pack préconfiguré permettant de déployer des modèles de langage sur une infrastructure Nutanix on-prem. Puis est venu Nutanix Enterprise AI, conçu comme une couche d’orchestration pour les pipelines de machine learning. Ces initiatives avaient le mérite de positionner Nutanix dans la conversation IA, mais restaient essentiellement des briques d’infrastructure. La conférence .NEXT 2026 marque une nouvelle ambition : Nutanix ne propose plus simplement d’héberger des modèles, mais de construire, gouverner et exploiter des applications d’IA agentique à l’échelle.

6. Nutanix Agentic AI et le pari des neoclouds

L’annonce centrale consiste à repositionner l’ensemble de Nutanix Cloud Platform comme une pile complète capable d’unifier calcul, stockage, réseau, Kubernetes et services IA pour les charges d’IA agentique. La solution Nutanix Agentic AI, dévoilée à GTC 2026 en mars et désormais en early access, s’intègre à NVIDIA AI Enterprise au niveau de la couche Agent Builder et vise une disponibilité générale au second semestre 2026. Elle promet de réduire la complexité, d’optimiser la performance et la sécurité, et de rendre les coûts de tokens plus prévisibles.

Mais la dimension la plus intéressante de l’annonce est l’ouverture aux neoclouds, cette nouvelle génération de fournisseurs de cloud spécialisés dans l’IA qui ont émergé autour de l’accès GPU à la demande. L’éditeur y voit clairement une nouvelle opportunité de marché. Pour Nutanix, ces opérateurs vont désormais devoir passer de la simple fourniture de capacité GPU brute à un modèle MSP structuré, capable de proposer du GPU-as-a-Service, du Kubernetes-as-a-Service, des notebooks, des bases vectorielles et des modèles en tant que service, le tout via un portail multitenant sécurisé. Et Nutanix veut donc être le socle logiciel de cette transformation, en s’appuyant sur Service Provider Central et sur un framework de multi-tenancy avec isolation des tenants, allocation dynamique des ressources GPU et politiques de sécurité granulaires.

Nutanix ne se présente plus uniquement comme une plateforme privée d’entreprise. L’éditeur vise aussi les opérateurs régionaux et les fournisseurs de cloud souverain, qui cherchent à proposer des services d’IA de confiance sans dépendre des hyperscalers.

7. Industrialiser l’IA sans perdre le contrôle

Au-delà des annonces produits, .NEXT 2026 a martelé un message de fond : l’IA en entreprise ne se résume pas à déployer un modèle. Il faut le gouverner, en maîtriser les coûts, en sécuriser les données et en garantir l’emplacement. Il est temps d’industrialiser l’IA et de préparer l’arrivée de l’IA agentique. Et Nutanix veut imposer l’idée que NCP est la plateforme idéale pour y arriver. L’éditeur insiste sur la fiabilité de son infrastructure GPU, sur la prévisibilité des coûts de tokens, sur les mécanismes de mesure des usages (GPU, appels API, consommation de modèles) intégrés à Nutanix Cloud Manager, et sur la capacité à opérer des infrastructures denses sans perdre la gouvernance. Le monitoring IA intégré à NCM permet désormais de superviser l’infrastructure IA et de facturer à l’usage.

Bref, l’industrialisation de l’IA n’impose pas uniquement une plateforme technologique adaptée, elle demande des outils de contrôle budgétaire et opérationnel nécessaires à un passage en production à grande échelle.

8. Le stockage repositionné comme composant de l’IA

La donnée est devenue une couche stratégique de toute architecture IA. L’éditeur en a conscience et dégaine Nutanix Unified Storage 5.3. Cette version transforme le stockage objet en couche de performance pour les « AI Factories », avec un Smart Tiering étendu vers Google Cloud et OVHcloud S3, des quotas et du scaling multitenant pour les grands lacs de données IA, et la promesse d’une accélération RDMA pour le stockage S3-compatible plus tard dans l’année, afin d’augmenter significativement le débit pour les datasets d’entraînement volumineux.

En parallèle, Nutanix Data Lens 2.0 (la solution d’analyse, de protection et d’optimisation des données non structurées de Nutanix) est disponible en GA, avec une exécution entièrement on-prem, y compris en environnement air gap. Data Lens 2.0 apporte de l’analytique ransomware mais aussi l’audit et la gouvernance des données sur les déploiements distribués qui ne peuvent pas s’appuyer sur une solution SaaS.

Même la brique base de données doit se moderniser à l’ère de l’IA. Nutanix a annoncé une intégration certifiée entre Nutanix Database Service (NDB) et MongoDB Ops Manager, construite sur le modèle d’intégration de sauvegarde tierce de MongoDB. Pour les équipes qui opèrent des bases documentaires MongoDB sur infrastructure Nutanix, c’est une simplification opérationnelle concrète.

Là encore, Nutanix cherche moins à empiler des briques qu’à rendre son socle plus complet et plus difficile à contourner. Plus largement, cela confirme l’ambition de Nutanix d’ajouter à sa plateforme les services de données dont les applications modernes et les pipelines IA ont besoin.

De la souveraineté opérationnelle

La souveraineté opérationnelle a traversé l’ensemble des annonces. Nutanix Cloud Manager 2.0 est désormais disponible avec une nouvelle architecture pensée pour piloter de nombreux clusters à l’échelle, à travers plusieurs instances de Prism Central. Il unifie gestion multisite et multidomaine, et rapatrie « on prem » la fonction de visibilité budgétaire « Cost Governance » pour conserver les données de mesure, de showback et de budget dans l’infrastructure du client. Ce n’est pas un détail. C’est ce qui permet à Nutanix d’adosser son discours sur la souveraineté à quelque chose de concret : un modèle de gouvernance et de pilotage qui reste chez le client.

Une façon de rappeler que la plateforme Nutanix peut fonctionner entièrement dans le périmètre du client, sans dépendance extérieure critique tout en dessinant un argumentaire cohérent à même de séduire les organisations soumises à NIS2, DORA ou aux exigences SecNumCloud.

Au final, on retiendra que Nutanix se repositionne désormais en plan de contrôle commun d’un SI désormais éclaté entre VM, conteneurs, clouds, données et IA, animé par une plateforme unifiée capable à la fois d’absorber le grand replatforming post-VMware et de fournir un socle crédible à l’industrialisation des projets IA et à l’IA agentique. L’éditeur ne veut pas seulement aider les DSI à sortir de leur dépendance VMware, il veut leur proposer l’architecture sur laquelle reconstruire la suite. Et pour cela, Nutanix ne joue plus uniquement la carte de l’alternative technique. L’éditeur veut s’imposer comme une couche de cohérence stratégique, capable de réconcilier infrastructure (y compris existante), exploitation, données, Kubernetes et services IA dans un même cadre opérationnel. La promesse est ambitieuse, la feuille de route chargée, et la concurrence (VMware by Broadcom, Red Hat, les hyperscalers eux-mêmes) ne restera pas immobile. Mais le pari est clair : dans un monde IA où l’infrastructure se fragmente de nouveau, celui qui unifie le plan de contrôle unifie le pouvoir de décision. Nutanix veut être celui-là.

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