Le Quantum Act peut-il faire de l’Europe une puissance quantique ?

Gouvernance

« Un pour tous, tous pour un » … sauf en Europe

Par La rédaction, publié le 04 août 2026

L’Europe a les chercheurs, les start-up et les milliards. Elle ambitionne même un Quantum Act afin de transformer son excellence scientifique en puissance industrielle. Mais il faut agir avant que la fenêtre ne se referme. Sans Quantum Act rapide et ambitieux, elle risque sinon de laisser les États-Unis et la Chine fixer seules les règles du jeu quantique.


De Simon Fried, VP communication chez Classiq Technologies


L’Europe ne manque ni de chercheurs, ni d’entreprises innovantes, ni même d’ambition en matière de technologies quantiques. Ce qui lui manque aujourd’hui, c’est la capacité à transformer son excellence scientifique en acteurs industriels capables d’imposer leurs technologies et leurs standards. Dans une course mondiale qui s’accélère, le risque est que l’Europe reste spectatrice au moment où se définissent les futurs standards, les plateformes logicielles et les chaînes de valeur qui structureront le marché de demain.

Pendant que les États-Unis et la Chine accélèrent leurs investissements, l’Union européenne a franchi une étape importante avec l’adoption, le 2 juillet 2025, de sa Quantum Europe Strategy, qui affiche l’aspiration de faire de l’Europe un leader mondial du quantique d’ici 2030. Cette ambition est désormais clairement affichée ; il reste à lui donner les moyens de produire des résultats.

Or le calendrier soulève déjà une question ; initialement attendu au deuxième trimestre 2026, le Quantum Act, destiné à traduire cette stratégie en mesures concrètes, est désormais annoncé pour le troisième trimestre 2027 ; mais un tel décalage risque de peser sur la dynamique européenne. Dans un secteur où les cycles technologiques se comptent en mois plutôt qu’en années, chaque report retarde la capacité de l’Europe à créer un véritable marché intégré.

Une ambition européenne, des trajectoires nationales

L’Europe part pourtant avec de solides arguments. La France a fait le choix d’une continuité entre recherche publique et industrialisation. Lancé en 2024, le programme PROQCIMA, doté initialement de 500 millions d’euros, soutient cinq approches technologiques complémentaires. En mai 2026, un milliard d’euros supplémentaire a été annoncé dans le cadre de France 2030, portant l’investissement public à 1,7 milliard d’euros et l’effort public-privé à plus de 3 milliards d’euros d’ici 2030. L’Allemagne a mobilisé près de 3 milliards d’euros dans le cadre de son plan de relance. Le Royaume-Uni, bien qu’en dehors de l’Union, poursuit également une stratégie ambitieuse avec 2,5 milliards de livres consacrés à son programme quantique national.

Ces investissements démontrent que l’Europe dispose déjà d’un écosystème d’excellence, mais celui-ci reste fragmenté. L’enjeu n’est plus seulement de financer l’innovation, mais de permettre aux entreprises de changer d’échelle au sein d’un marché européen cohérent. C’est précisément l’ambition que devrait porter le Quantum Act, en fédérant les stratégies nationales autour d’une véritable politique industrielle européenne.

Le défi de l’intégration européenne

Le débat sur le quantique concerne désormais directement la compétitivité, la souveraineté numérique et la sécurité économique. Lors du Forum européen sur les technologies électroniques et quantiques organisé au CEA, Emmanuel Macron a rappelé que le quantique, les semi-conducteurs, le cloud, l’intelligence artificielle et le calcul haute performance constituent désormais un ensemble stratégique, estimant que les dix-huit à vingt-quatre prochains mois seraient « absolument décisifs ». Cette échéance est aussi celle de la coordination européenne ; les infrastructures, les standards logiciels, les architectures cloud et les protocoles de sécurité qui émergent aujourd’hui structureront durablement le marché mondial. Plus ces choix seront arrêtés de manière fragmentée, plus il sera difficile pour l’Europe de construire un écosystème réellement intégré.

La France illustre déjà ce potentiel industriel ; plusieurs ordinateurs quantiques sont en cours de déploiement au Très Grand Centre de Calcul du CEA, des composants quantiques français sont intégrés dans une ligne industrielle de production de semi-conducteurs, tandis qu’une offre de cloud quantique souverain se structure progressivement. Ce sont des avancées majeures, mais leur pleine valeur dépendra de leur capacité à s’inscrire dans un écosystème européen interopérable

Faire du Quantum Act un accélérateur, pas un simple texte réglementaire

Le Quantum Act sera le véritable test de la stratégie européenne. Son objectif ne peut pas se limiter à coordonner des financements ou à harmoniser des initiatives existantes, il doit désormais créer les conditions d’un marché suffisamment intégré pour permettre aux entreprises européennes de changer d’échelle, d’attirer les capitaux privés et, surtout, de définir elles-mêmes les standards technologiques qui structureront le quantique de demain.

L’Europe dispose encore d’une fenêtre d’opportunité unique, mais cette fenêtre se referme rapidement. Le Quantum Act aura-t-il permis de faire émerger un véritable marché européen du quantique, capable de transformer les avancées scientifiques en puissance économique, industrielle et stratégique ? Car, dans cette révolution technologique, les leaders seront qui auront créé les conditions permettant à leurs entreprises d’innover, de croître et d’imposer leurs standards au reste du monde. L’Europe possède les talents, les technologies et les financements, mais ce qu’il lui manque désormais, c’est une volonté politique capable de transformer cette somme d’initiatives nationales en une véritable puissance industrielle commune.

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