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Câbles sous-marins : l’Europe veut tracer sa propre route numérique dans l’Arctique
Par Guillaume Perissat, publié le 02 novembre 2026
Face aux tensions géopolitiques avec Washington et aux risques de sabotage des câbles sous-marins aussi bien dans la Baltique qu’en mer Rouge, l’Union européenne entend renforcer son autonomie en matière de connectivité. La Commission européenne place le Groenland au cœur de son plan, avec un câble reliant l’île au continent et l’ambition de prolonger cette nouvelle route jusqu’en Asie en passant par le Canada.
Les câbles sous-marins sont des actifs éminemment stratégiques. Ils l’ont toujours été mais leur rôle et surtout leur fragilité se sont retrouvés sous le feu des projecteurs ces dernières années. Entre accidents, sabotages et contexte géopolitique pour le moins tendu, c’est bien l’Internet mondial qui se trouve régulièrement menacé. En effet, plus de 99 % du trafic de données intercontinental emprunte les fibres sous-marines.
Alors, quand les « incidents » se multiplient en mer Baltique et en mer Rouge, l’Europe se cherche de nouvelles routes. Recherche également motivée par une volonté de réduire les dépendances aux infrastructures d’une Amérique trumpiste. C’est dans ce contexte que l’Union européenne entend soutenir le déploiement d’une liaison sous-marine directe entre le Groenland et l’Europe.
Les câbles sous-marins prennent la voie du Nord
Baptisé Pan-Arctic Cable, le projet vise à ouvrir une nouvelle route de connectivité dans l’Atlantique Nord. À terme, celle-ci pourrait être prolongée via le Canada jusqu’au Japon et à la Corée du Sud. L’Europe disposerait alors d’un itinéraire alternatif vers l’Asie, sans dépendre des grands axes de transit actuels.
« Ces nouvelles liaisons par câble sous-marin amélioreront l’accès des communautés arctiques, tout en renforçant la résilience et la redondance de la connectivité numérique de l’Europe », expliquent les institutions européennes dans un communiqué commun. Cette initiative s’inscrit dans la nouvelle stratégie européenne pour l’Arctique, présentée le 20 octobre par la Commission européenne.
Car le Groenland représente, comme les fibres sous-marines, un enjeu de premier ordre pour le Vieux Continent. « L’autonomie stratégique de l’Europe est indissociable de l’Arctique », écrit la Commission européenne. Dans cette région convoitée par les États-Unis, la Russie ou encore la Chine, Bruxelles veut muscler sa posture. Or ce projet Pan-Arctic Cable « constitue une condition préalable à de futurs investissements, essentiels tant pour la compétitivité et l’inclusion que pour la préparation et la défense ».
Contourner les USA
Le projet Pan-Arctic Cable n’est pas né de la dernière annonce européenne. Plusieurs entreprises et organismes de recherche européens se sont associés dès 2025 à l’opérateur de télécommunications historique et public du Groenland, Tusass, pour en étudier le développement. Il bénéficie désormais du soutien de l’Union européenne, qui indique avoir déjà mobilisé 107 millions d’euros « afin de favoriser une connectivité sécurisée et souveraine pour le Groenland et de concrétiser la vision du Pan-Arctic Cable ».
Par la suite, l’extension de cette infrastructure « jusqu’au Japon » reste conditionnée à son financement (à ce stade, aucune enveloppe supplémentaire n’est annoncée), ainsi qu’aux discussions avec « des partenaires partageant les mêmes valeurs, tels que le Canada ». Si les différents documents des institutions européennes ne mentionnent pas les États-Unis, on peut clairement lire entre les lignes l’ambition de contourner le pays de l’Oncle Sam.
Un système de surveillance et de protection
L’Arctique pourrait ainsi devenir une voie de « diversification ». D’autant qu’il ne s’agit pas du seul projet en préparation. En septembre dernier, l’entreprise Bulk Infrastructure Group a commencé à rechercher un partenaire canadien pour prendre une participation majoritaire dans un nouveau câble transatlantique reliant directement l’Europe au Canada, selon Bloomberg. Un projet baptisé « Leif Erikson », du nom du premier Européen à avoir atteint l’Amérique du Nord.
En outre, Bruxelles prévoit de compléter ses projets de connectivité par un dispositif de surveillance et de protection. Cet « Arctic Cable Hub », associant les États membres de l’UE, la Norvège et l’Islande, devrait permettre de « surveiller et protéger les câbles sous-marins dans la zone Atlantique Nord-Arctique, et faciliter leur réparation ». Enfin, « l’UE investira également dans des technologies intelligentes intégrées aux câbles, qui serviront de systèmes d’alerte précoce face à des menaces potentielles », promet la Commission. Sans toutefois préciser le montant de ces investissements.
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