Les géants de la Tech face au ralentissement économique... Les GAFAM n'échappent plus au monde réel et à ses logiques...

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Des géants de la Tech au point mort ?

Par Laurent Delattre, publié le 28 octobre 2022

Les géants de la Tech ont tous publié cette semaine leur résultat pour le 3ème trimestre 2022. Bien qu’ils soient dans l’ensemble plutôt bons, leurs valeurs boursières ont été très malmenées. Car les perspectives avancées pour le prochain trimestre sont assez noires…

Pour les GAFAM aussi c’est la fin de l’abondance… Si la crise pandémique a plutôt gonflé leur dynamique, les tensions géopolitiques actuelles, des taux d’échange défavorables et la crise économique désormais bien installée ont en revanche fini par les atteindre. Tous avaient déjà annoncé cet été une mise en pause des embauches et tous ont plus ou moins commencé des vagues réduites de licenciements pour mieux se focaliser sur les projets les plus prometteurs et porteurs. Mais ce sont surtout les perspectives du prochain trimestre qui affolent quelque peu les marchés financiers. Les seules prévisions de Microsoft et Google avaient suffi hier à faire perdre 2% au Nasdaq. Et ce n’est pas les annonces tardives hier soir des résultats d’Apple et Meta qui vont améliorer la situation. Loin de là…

Petit tour d’horizon des résultats et des prévisions pour le prochain trimestre…

Microsoft : en faire plus avec moins

Chez Microsoft, l’inquiétude n’est pas vraiment de mise. Sur le papier, les résultats restent toujours excellents et supérieurs aux attentes du marché. L’éditeur annonce pour le troisième trimestre calendaire (son premier trimestre fiscal 2023) un chiffre d’affaires de 50,1 milliards de dollars de Chiffre d’affaires et 17,6 milliards de dollars de bénéfices.

Un joli score porté par d’autres bonnes nouvelles : pour la première fois, l’ensemble des activités cloud du groupe (Azure, Microsoft 365, Dynamics 365, LinkedIn, GitHub) représente plus de 50% des revenus du groupe soit 26,7 milliards de dollars de CA sur ce trimestre. Et pour la première fois, GitHub devient un business aux revenus dépassant le milliard de dollars annuel pour le groupe (avec 90 millions d’utilisateurs).

Mais un certain nombre d’autres perspectives inquiètent les investisseurs et le groupe. En premier lieu, le chiffre d’affaires de Microsoft ce trimestre affiche une croissance de 16% « seulement », c’est le plus faible taux de croissance depuis mars 2017 pour le groupe !

Autre inquiétude, le marché du PC qui a pris le bouillon au troisième trimestre et impacte fortement les résultats de la division Windows, avec des revenus trimestriels de 13,3 milliards de dollars en baisse de 15% ! La division Surface est étrangement moins affectée et affiche même une croissance de 2%.

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Dernière inquiétude, celle qui a le plus focalisé les investisseurs, la dynamique du Cloud. Les revenus d’Azure ont augmenté de 42% ce trimestre mais le groupe a annoncé que ce chiffre était « gonflé » par des accords exceptionnels avec de nouveaux clients et que les perspectives de  croissance pour le trimestre prochain étaient plutôt de l’ordre de 37%. Moins de 40% c’est du jamais vu pour Azure.
Mais ce chiffre révèle aussi un changement de stratégie. Alors que Microsoft a prôné le « Do More With Less » durant toute sa conférence Ignite la semaine dernière, l’éditeur se rend bien compte que la crise économique va freiner les investissements dans le cloud et encourager les entreprises à dépenser moins ou plus utilement. Aujourd’hui, il est, pour Microsoft, plus important de fidéliser ses clients Azure que d’en conquérir de nouveaux. Satya Nadella, en présentant les résultats du Q3 2022 d’Azure, a ainsi expliqué : « Nous allons optimiser la fidélisation des clients en les aidant à optimiser leurs dépenses. La priorité numéro un de nos équipes de Customer Success est de les aider de manière proactive à l’optimisation du cloud ».

Amazon / AWS : la concurrence sur le cloud se fait sentir

Le cloud est aussi l’une des préoccupations soulevées par les investisseurs après l’annonce des résultats du groupe. Pourtant, ses problèmes sont plutôt ailleurs.
Car la crise économique impacte le budget des foyers et leurs dépenses. Et l’inquiétude du groupe est de voir ces dépenses encore se contracter davantage au prochain trimestre. Sur ce troisième trimestre, le Chiffre d’Affaires est pourtant assez pharaonique : 127,1 milliards de dollars. Le groupe a dégagé un bénéfice de 2,9 milliards de dollars, entièrement porté par AWS.

Mais ce résultat qui fait plus que sauver les meubles est aussi le fruit d’une astuce : Amazon a réalisé deux Prime Days au lieu d’un en Juillet et en Septembre. « Nous disposons d’un ensemble d’initiatives que nous mettons en œuvre méthodiquement et qui, selon nous, permettront de renforcer la structure de coûts de l’entreprise à l’avenir. Il y a évidemment beaucoup de choses qui se passent dans l’environnement macroéconomique, et nous équilibrerons nos investissements pour être plus rationalisés sans compromettre nos paris stratégiques clés à long terme. Ce qui ne changera pas, c’est l’attention maniaque que nous portons à l’expérience client » explique Andy Jassy, CEO du groupe. Sans pour autant cacher qu’Amazon s’attend à ne pas être rentable au dernier trimestre malgré un chiffre d’affaires qui devrait s’afficher entre 140 et 148 milliards de dollars.

Ceci dit, ce sont d’autres chiffres qui inquiètent le plus les investisseurs, et ils concernent directement AWS. Le cloud d’Amazon affiche un chiffre d’affaires de 20,5 milliards de dollars. Non seulement ce chiffre est inférieur aux attentes des analystes qui tablaient sur 21,1 milliards de dollars mais il ne représente qu’une croissance de 27,5 %, le plus faible taux de croissance jamais enregistré par la division. AWS contribue à hauteur de 16% sur l’ensemble du CA du groupe. Le bénéfice de la division s’élève à 5 ;4 milliards de dollars, moins que les 6,37 milliards attendus par les analystes.

Et le discours du directeur financier, Brian Olsavsky, n’est pas très éloigné de celui du CEO de Microsoft : « Les incertitudes macroéconomiques actuelles ont les clients AWS se focaliser un peu plus sur le contrôle des coûts. Nous travaillons de manière proactive pour aider les clients à optimiser leurs coûts, tout comme nous l’avons fait tout au long de notre histoire, en particulier dans les périodes d’incertitude économique ». Mais il note aussi que l’augmentation des tarifs de l’énergie ont joué sur les bénéfices du groupe : « nous nous battons aussi contre cette situation qui est nouvelle pour AWS ».

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Alphabet / Google : Touché par la pub mais pas coulé

Chez Alphabet, la maison mère de Google, le Cloud n’est pas la principale préoccupation. Google représente 90% du chiffre d’affaires d’Alphabet. Et la publicité représente près de 90% du chiffre d’affaires de Google. Or quand le climat économique va mal, les investissements publicitaires sont souvent les premiers impactés.

Résultat, les bénéfices du groupe ont chuté de 27% (pas de panique, il s’élève encore à 13,9 milliards de dollars sur le trimestre !) et la croissance de CA n’est que de 6% : les revenus d’Alphabet s’élèvent à 69 milliards de dollars alors que les marchés financiers tablaient sur 70,6 milliards !

« Nous nous focalisons sur un ensemble clair de produits et Business, autour de la recherche et du cloud dopés à l’IA et de nouvelles façons de monétiser les courts métrages YouTube », explique Sundar Pichai, PDG de Google. « Nous nous attachons à la fois à investir de manière responsable sur le long terme et à être réactifs à l’environnement économique… Il est essentiel de continuer de réaligner nos ressources pour investir dans nos plus grandes opportunités de croissance ». Preuve en est, Google a gelé les embauches et fermé l’un de ses grands services, son offre de cloud gaming Stadia. L’avenir pour Google est moins dans le jeu vidéo que dans la cybersécurité, puisque parallèlement le groupe s’est offert Mandiant pour 5,4 milliards de dollars.

Quant à Google Cloud, la division affiche une croissance de 38% ce qui est plus qu’AWS mais moins qu’Azure. Son chiffre d’affaires atteint désormais les 6,9 milliards de dollars (soit 10% du CA d’Alaphabet) mais la division reste déficitaire. Son efficacité opérationnelle progresse néanmoins, puisque les pertes trimestrielles se montent à 699 millions de dollars (contre 858 en Q2 et 931 en Q1). Le groupe n’a pas fourni de prévisions pour le prochain trimestre.

Apple : toujours dans un autre monde…

Même chez Apple, ce troisième trimestre 2022 parait moins « stellaire » que les 7 derniers. Pourtant, il reste un trimestre record parmi les « troisièmes trimestres » du groupe : 90,1 milliards de dollars de chiffre d’affaires pour un bénéfice de 20,7 milliards de dollars. La machine est clairement toujours bien huilée.

L’iPhone représente toujours la principale division du groupe (47,3% des revenus) mais les services sont désormais bien ancrés à la seconde place (avec un CA de 19,2 milliards de dollars en croissance de 5%).

Pourtant, à bien y regarder, le CA du groupe ne croit “que” de 8,1%. Les revenus d’iPhone n’augmentent “que” de 9,4%. C’est le Mac qui finalement contribue le plus à la croissance. Alors que le marché du PC s’est pris un gadin de près de 20% ce trimestre, les ventes des Mac ont, elles, augmenté de 25,4%. La division Mac représente ainsi des revenus de 11,5 milliards de dollars sur ce trimestre.

Mais le groupe prévient déjà que ces résultats sont liés aux performances de l’an dernier et aux lancements de l’an dernier. Les recettes Mac devraient ainsi « substantiellement » diminuer au quatrième trimestre, précise Apple.
Et le groupe a confirmé son intention de ralentir les embauches.
Reste à voir comment la baisse de la consommation impactera le quatrième trimestre… et les ventes d’iPhone !

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Meta / Facebook : Le métavers ne paye vraiment pas… pas encore?

Le groupe qui semble aller le plus mal n’est autre que Meta. 52% de décroissance… Les bénéfices du groupe au troisième trimestre 2022 ont chuté de 52% par rapport à l’an dernier à la même époque. Et pour la deuxième fois depuis son introduction en bourse, Meta voit son chiffre d’affaires baisser (la première fois, c’était au second trimestre 2022) : 27,7 milliards de dollars en repli de 4% par rapport à Q3 2021. Les bénéfices se réduisent à 4,4 milliards de dollars.

Comme Google, le groupe est impacté par la baisse des revenus publicitaires. Mais le plus gros problème de Meta reste ses investissements pharaoniques sur le Métavers. Ses dépenses ont augmenté de 19%. Le groupe continue de parier son avenir sur le métavers. Pourtant, des voix sceptiques se font de plus en plus entendre alors que la réalité virtuelle a bien du mal à se démocratiser. Au point qu’aujourd’hui, les investisseurs n’y croient plus. Le métavers est-il en train de traverser la fameuse courbe « Hype Cycle » du Gartner à la vitesse de la lumière ? La phase euphorique du « Hype » est déjà passée et navigue désormais dans la phase des désillusions.

Après les annonces des résultats, Meta est sorti du Top 20 des valeurs boursières américaines. Le titre de l’entreprise a perdu plus de 60% de sa valeur et retrouve son niveau de 2015 !
Le problème, c’est que l’on voit mal comment la tempête pourrait se calmer dans un proche avenir.

Des résultats qui démontrent, au final, qu’aussi numériques soient-ils, aussi virtuels et versés dans le métavers soient-ils, les GAFAMs non plus ne peuvent échapper aux difficultés du monde réel…

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