A l'occasion d'AWS Summit Paris, Devoteam décrypte les leviers de l'industrialisation de l'IA

Cloud

« Il n’y a pas d’IA sans Cloud » : Devoteam décrypte les leviers de l’industrialisation de l’IA

Par Jade Berre, publié le 09 avril 2026

Nommé AWS Consulting Partner of the Year 2025 en France, Devoteam Cloud revendique une approche pragmatique de l’IA en entreprise. Rencontrés à l’occasion de la session parisienne de l’AWS Summit, Nicolas Bouffard, Directeur Général, et Nicolas Lu, Program Director, détaillent leur vision : FinOps, souveraineté, sécurité des pipelines IA… et surtout, montée en compétences des équipes.

50 millions de dollars économisés par an chez un constructeur automobile mondial grâce au FinOps. Des agents IA injectés dans des chaînes d’assemblage pour libérer du temps humain. Et 1 000 collaborateurs en cours de certification IA. Ces chiffres n’émergent pas de slides des keynotes, mais des retours terrain.
À l’occasion de l’AWS Summit Paris, qui se tenait la semaine au Palais des Congrès de Paris, Nicolas Bouffard et Nicolas Lu, respectivement Directeur Général et Program Director de Devoteam Cloud, nous ont accordé un entretien exclusif déchiffrant les enjeux d’une naissante mais inévitable industrialisation de l’IA.

Avec en point de départ une constatation faite par tous les DSI : entre expérimentation et industrialisation de l’IA, le fossé reste large. Les points de friction sont connus et tournent encore et toujours autour de la maîtrise du Cloud, de la sécurité de l’IA et de la gouvernance des données. Autant d’écueils qui continuent de nourrir les interrogations des DSI.  Quelles technologies privilégier ? Comment sécuriser la valeur générée ? Sur quelles infrastructures s’appuyer ?

Pour éclairer ces questions et y apporter des éléments de réponse, Nicolas Bouffard et Nicolas Lu reviennent sur l’approche de leur organisation autour du triptyque : Cloud, IA et valorisation des données, dans une logique centrée sur l’humain et la sécurité. Avec, chez le partenaire phare d’AWS, un mantra : « Il n’y a pas d’IA sans data, il n’y a pas non plus d’IA sans Cloud » comme le rappelle Nicolas Bouffard.

Entre pression sur les coûts, optimisation de l’inférence et montée des SLM, les DSI disent mieux piloter la vitesse du cloud que sa facture. Où se cache aujourd’hui le vrai gaspillage ?

Nicolas Lu : « S’il faut citer « un gaspillage » récurrent, c’est sans doute du côté de la donnée qu’il faut chercher. C’est généralement elle qui pèse le plus lourd sur la facture AWS. Aujourd’hui, le DSI maîtrise davantage la partie infrastructure, autrement dit l’utilisation des instances et des différents services un peu transverses que l’on peut avoir sur AWS. Le vrai chantier reste néanmoins la structuration de la data : comment la rendre à la fois résiliente et partageable à l’échelle de l’organisation. »

L’approche FinOps promet de structurer et gérer la donnée pour maîtriser les coûts et maximiser la valeur. Mais la promesse est-elle vraiment tenue ?

Nicolas Bouffard : « J’ai une anecdote parlante : je viens d’échanger avec un de nos consultants qui travaillent chez un des plus grands constructeurs automobiles mondiaux en tant qu’expert FinOps depuis deux ans. La mise en œuvre d’une approche FinOps leur a permis d’économiser 50 millions de dollars par an. À cette échelle, le FinOps n’est plus une promesse, il devient un levier de création de valeur massif. »

Les entreprises veulent désormais un ROI concret de l’IA. Dans l’écosystème AWS, entre Bedrock, les agents IA et Model Manager, quels outils créent aujourd’hui de la valeur mesurable à court terme ?

Nicolas Lu : « Sur le ROI, il existe encore des incompréhensions dans la façon de calculer le gain. Beaucoup de nos clients pilotent la valeur au nombre de cas d’usages, ce qui n’est pas le plus optimal. Le vrai ROI consiste à quantifier le gain de productivité, la réduction du time to market ou l’optimisation de la supply chain. Un CTO d’un fabricant automobile me le disait récemment : en injectant des agents dans l’ensemble de sa chaîne d’assemblage, il a non seulement accéléré la production, mais cela lui a permis de faire gagner du temps à ses équipes pour se concentrer sur les réparations à valeur ajoutée. »

Vous avez été élu « AWS Partner of the Year 2025 ». Au-delà du titre, qu’est-ce qui fait concrètement la différence chez un client ?

Nicolas Bouffard : « La reconnaissance de Partner of the Year repose sur nos compétences éprouvées en matière de migration, data, IA, serverless et cybersécurité. Mais ce qui nous distingue vraiment, c’est la densité de certifications par consultant, qui permet un accompagnement sur mesure quel que soit le niveau de maturité du client. Au-delà de la technologie, il y a un facteur décisif : les compétences humaines. Pour que l’IA ne reste pas un vernis, il faut investir massivement dans la conduite du changement. Nous accompagnons déjà de nombreux clients sur des projets de Gen AI centrés sur le ‘salarié augmenté’. C’est souvent là que se joue, ou se perd, le succès d’une transformation. »

Nicolas Lu : « Concrètement, sur 2025-2026, nous certifions plus de 1 000 collaborateurs à l’utilisation des outils IA, pour former des développeurs augmentés, des DevOps augmentés. Et, cela va bien au-delà du cas d’usage ou de la brique technologique… Il s’agit au final de transformer l’ensemble de l’organisation, du board aux équipes opérationnelles. L’IA ne s’industrialise que si elle est portée au plus haut niveau. C’est la condition sine qua non. »

La « dépendance », c’est le thème IT de l’année. Un DSI vous dit : « Je refuse de m’enfermer chez un seul hyperscaler. » Que lui répondez-vous ?

Nicolas Lu : « Pour moi, il faut renverser la perspective. Le réflexe de multiplier les hyperscalers pour éviter la dépendance est compréhensible, mais il produit souvent l’effet inverse : la complexification du SI et de sa maîtrise. La bonne réponse, c’est de miser dès le départ sur des architectures cloud natives et ouvertes, conçues pour autoriser un retour arrière ou une migration vers un autre provider si le besoin se présente. »

Nicolas Bouffard : « C’est tout l’enjeu de la conteneurisation et des applications cloud natives : atteindre une vraie agnosticité vis-à-vis de l’hyperscaler. En France plus qu’ailleurs, nos clients veulent pouvoir changer de provider rapidement. Force est de reconnaître que dans le contexte géopolitique instable actuel, ce n’est clairement plus un luxe mais un impératif. »

Dans ce contexte, quel type de workloads ou de données déconseillez-vous de migrer sur du cloud public ?

Nicolas Lu : « Je pense qu’il faut faire preuve de pragmatisme. Les données souveraines et régaliennes, comme les données de la défense, de santé, ou d’identité, doivent rester dans des environnements maîtrisés, typiquement des clouds français intégrant du chiffrement de bout en bout. Mais ces données restent minoritaires. Pour tout le reste, 95 % des services AWS permettent aux entreprises françaises de déployer leurs architectures sereinement, simplement et sans compromis ».

Pour terminer, voyez-vous émerger une dette de sécurité liée aux pipelines IA et aux couches d’orchestration ?

Nicolas Lu : « L’effort de sécurité doit se concentrer en priorité sur l’intégration de l’IA et plus précisément sur la couche LLM. C’est là que se nichent les risques les plus critiques : injection de prompts malveillants, fuite de données sensibles, perte de contrôle sur les flux, etc. C’est pourquoi nous orientons désormais nos audits de sécurité sur ces points précis. Et avec la montée en puissance de l’IA agentique, l’un des fils rouges de cet AWS Summit, l’enjeu ne fait évidemment que croître. Notre prochaine étape consiste à renforcer la coordination entre agents via un orchestrateur central. Cela nous permettra de cartographier plus finement les nouveaux risques induits et d’accompagner nos clients vers une industrialisation maîtrisée et sécurisée de l’IA agentique. »

À LIRE AUSSI :

À LIRE AUSSI :

Dans l'actualité

Verified by MonsterInsights