À moins de deux mois du scrutin suprême, les associations professionnelles de l’IT sont encore en mode veille ! Peu de contributions à la campagne, si ce n’est via une plateforme Convergences Numériques 2022 qui ne fera pas date par l’originalité et la force de ses propositions. Dommage, il y aurait beaucoup à dire pour l’avenir de la start-up nation et de sa transition numérique.

« Il convient de… » ; « Les efforts doivent être poursuivis… » ; « Il est nécessaire de travailler de concert avec les acteurs… ».
Ce n’est certes pas la virulence du propos qui frappe à la lecture de Convergences Numériques, le manifeste publié par onze associations du numérique (disponible sur le site du Cigref). Parmi elles, on retrouve les grandes entreprises utilisatrices via le Cigref et beaucoup de fournisseurs (Numeum, AFNUM, Cinov Numérique, SELL, Systematic, France Digitale, France Datacenter, Fevad, SNJV, Talents du Numérique). Une tribune a également été publiée dans le journal Le Monde.

Il est certes réjouissant de les voir se mobiliser alors que le thème du numérique est jusqu’à présent absent de la campagne. Les candidats déclarés lui font une place congrue, loin de son importance réelle pour l’avenir d’un pays engagé dans une transition majeure, tant au niveau de ses entreprises que de ses individus.

Difficile aussi de ne pas acquiescer à ce constat : « Depuis maintenant plusieurs décennies, trop de retards ont été pris, en France et en Europe, par absence de vision, par déficit de compréhension, par défaut de courage, ou encore ‒ et trop souvent ! ‒ par de simples mais coupables atermoiements », écrivent en effet les signataires de la tribune. Mais leur manifeste, qui balaie six grands chapitres ‒ l’inclusion numérique, l’éducation et la formation, la transition écologique, la transformation de l’économie, la cybersécurité et l’autonomie stratégique – en reste aux généralités, voire aux banalités.

Il y aurait pourtant beaucoup à dire –  et à proposer concrètement – concernant le cloud souverain par exemple (voir encadré), l’open source et sa place dans l’administration, les libertés du citoyen au temps du numérique ou encore les bilans environnementaux à améliorer drastiquement. Il reste encore quelques semaines aux candidats comme aux professionnels de l’IT pour porter le débat sur la place publique.
Mais avec une campagne raccourcie par la Guerre en Ukraine et les inquiétudes qu’elle fait peser sur notre avenir, le numérique – et notre cybersécurité – n’auront probablement pas beaucoup de place dans l’agenda politique de la course à l’Elysée.

LE CLOUD « SOUVERAIN », SYMBOLE DE L’IMPUISSANCE EUROPÉENNE ?

« Gaia-X n’a jamais eu la moindre chance de devenir le cloud souverain de l’Europe… ». Le cabinet Forrester ne pratique pas la langue de bois et les faits lui donnent raison.
L’initiative européenne peine à proposer une alternative crédible aux hyperscalers américains, qui ont efficacement torpillé la démarche dans les couloirs de Bruxelles au point de provoquer le départ courroucé d’acteurs européens comme Scaleway. Surtout, l’émergence du cloud « de confiance », qui permet par exemple aux acteurs américains en collaboration avec des entreprises françaises de s’inviter dans les données des administrations publiques, se confirme en France, pays qui avait posé les fondations de Gaia-X avec l’Allemagne. Les initiatives Bleu (Cap Gemini-Orange-Microsoft) ou entre Thales et Google se mettent en place rapidement, pendant que les responsables de Gaia-X parlent de la mi-2022 pour déployer leurs premiers espaces de données de confiance, en l’occurrence pour le secteur automobile avec Catena.
Un rythme bien trop lent pour lever les ambiguïtés ? Sans doute. À la rédaction d’IT for Business, nous recevons des annonces de cloud « souverain » porté par un intégrateur certes français, mais déployé par des structures situées au Luxembourg et au Royaume-Uni (hors Union Européenne donc), et avec des technologies d’origine américaine. Flou y es-tu ?

 

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