Durant ces dernières années, l’agile a transformé la méthodologie projet des DSI. Pour « agiliser » son organisation, chaque entreprise a investi dans le coaching de ses équipes, dans des refontes d’organisation ou dans l’outillage projet. On peut dire que ces leviers ont été éprouvés, mais il en reste un qui est parfois oublié : l’optimisation de l’architecture IT.

Par Sébastien Lemaire, Architecte chez TNP
et Nicolas Linsart, Ingénieur logiciel chez Software AG

En effet, n’oublions pas que l’architecture IT est l’environnement du développeur, elle constitue sa boîte à outils avec des contraintes et des atouts propres à chaque architecture, qui vont favoriser ou non l’agilité.

L’ARCHITECTE PROJET ACCÉLÈRE L’AUTONOMIE DES SQUADS

Le rôle principal de l’architecte est de guider la transformation de son architecture en se basant sur des principes d’optimisation.
Sa cible ? Une architecture simple, robuste, évolutive, scalable et modulaire.
Ses principes ? Des styles d’architecture tels que SOA (Service-Oriented Architecture) et REST (Representational State Transfer), inventés dans les années 2000.

SOA, par exemple, est un style d’architecture qui promeut la création de modules applicatifs indépendants entre eux, reliés par des services. Dans un style d’architecture SOA abouti, il en sort un grand gagnant : le développeur agile. En effet, celui-ci va pouvoir se servir du catalogue de services sans être dépendant des autres équipes pour faire évoluer son module en toute autonomie. C’est aussi une aubaine pour le scrum master ou pour le product owner qui ne doit plus piloter les dépendances avec les autres squads.

À l’inverse, les architectures comportant un legacy important et peu ouvert pénalisent la vélocité et donc le « time to market ». Le legacy peut ainsi devenir un frein annulant les efforts d’agilisation des équipes et des organisations. Dans ces cas-là, la transformation d’architecture est inévitable pour espérer gagner en agilité. Ainsi, grâce à l’architecte et à ses travaux, le couplage entre les applications s’assouplit, les monolithes applicatifs se brisent, et cela contribue à la diminution de la taille des applications et donc à la taille des squads. Cette évolution est un excellent « enabler » de l’agilité.

UN ARCHITECTE D’ENTREPRISE POUR PASSER À L’ÉCHELLE

Avec l’arrivé de l’agile à l’échelle, les organisations s’agilisent à tous les niveaux.
Cependant, quel architecte impliquer pour suivre ce cap d’architecture global ? L’architecte d’entreprise semble le mieux placé par sa position de pilote global du patrimoine applicatif, data et technique. Il conseille les équipes agiles pour prendre de la hauteur sur leur produit. Il est garant de l’optimisation de la valeur métier sur l’ensemble de l’écosystème applicatif.
Grâce à sa vision globale, il insuffle la stratégie aux product owners et favorise un déploiement de l’agile à l’échelle dans l’ensemble de l’architecture.

UN OUTILLAGE POUR POSITIONNER LE BUSINESS AU CENTRE DE LA DSI

L’architecte 2.0 est nécessairement augmenté : il pilote, analyse et contrôle son portefeuille applicatif en s’appuyant sur des outils intuitifs et facilitant l’accès à l’information.
Ces outils deviennent la référence d’architecture, portent les workflows de validation, et fournissent des indicateurs métiers sur le patrimoine SI.
Ces équipes d’architecture augmentées sont focalisées sur un rôle de conseil auprès du PO, dont l’enjeu principal est l’optimisation de sa roadmap produit. Nicolas Linsart précise : « Réconcilier le métier et l’IT autour d’une vision commune est un facteur de succès pour rendre les organisations agiles. L’outillage est primordial dans cette collaboration ».

ATTENTION À L’EFFET GOULET D’ÉTRANGLEMENT

Les architectures applicative, produit et d’entreprise contribuent au renforcement de l’agilité. Mais pour mettre en place une architecture agile dans son organisation, il est essentiel de s’accompagner des services d’un architecte autour de l’urbanisation d’entreprise.

Cet expert du SI sera le mieux armé pour répondre aux problématiques agiles de l’entreprise et accéder à une vision globale de son organisation. Il sera là non seulement pour poser des principes d’architecture, mais aussi pour guider les développeurs, pour définir la cible SI et être force de proposition vis-à-vis des métiers.

Attention toutefois à l’effet goulet d’étranglement. En effet, la charge de l’architecte peut devenir le goulet de la production projet de la DSI. Cela s’explique par le fait qu’il a parfois la casquette d’expert interne et est rapidement à la croisée des chemins de validation de chaque projet.

Néanmoins, bien dimensionnée, l’équipe architecture amorcera un cercle vertueux vers l’agilité en ciblant plus particulièrement les trois objectifs suivants : soustraire au legacy de demain l’évolution d’aujourd’hui ; baigner le développeur dans une architecture modulaire privilégiant l’autonomie et la simplicité ; enfin, conseiller les PO dans la standardisation et l’orientation de leur produit pour optimiser la création de valeur métier.

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